C’était une fin d’après midi. Il fallut patienter un peu. le Président recevait une corporation en colère. Nous attendîmes dehors, sur le trottoir. Certains fumaient. Puis un policier énergique, agacé par la désinvolture du groupe d’invités, nous ordonna de nous ranger en rang sur le trottoir pour le contrôle des invitations. j’avais la mienne.

Nous traversons la cour de l’Elysée. A gauche, derrière l’escalier qui monte aux appartements présidentiels, certains déposent leur manteau au vestiaire, en échange d’un jeton métallique. Nous repartons à droite de l’entrée, dans un première anti-chambre tapissée, puis une seconde, avant d’arriver une pièce plus large, buffet au fonds. Un ami me charrie sur ma tenue: “le message est clair !“
Un majordome nous demande de nous placer sur un demi-cercle. “Le Président va arriver“.
Derrière un rideau, Nicolas Sarkozy arrive. Il est cerné, fatigué, souriant. Cela fait 9 mois, jour pour jour, que je chronique son action. Le voir là, à 3 mètres, anonyme. C’est surprenant et banal. A force de la voir, je ne suis pas surpris. Ses bons mots sont attendus. Il cherche à séduire son assistance, très simplement.
Michèle Alliot-Marie était là depuis quelques instants. Sarkozy demande spontanément aux deux enfants présents de s’approcher. “Tu veux venir ?” “Allez, viens.”
Puis il fait son discours. Pour l’auteur de ce blog, qui écoute deux à trois discours de Sarkozy chaque semaine, le Président apparaît fidèle à son habitude. Il lit avec application son texte. Certaines expressions sont effarantes, comme celle-ci :
Un lapsus déclenche l’hilarité de la salle : “vous qui n’avez pas jamais été gêné par l’argent.. euh… (rires)… Là, j’entends boum boum… (rires) l’argent…” Il reprend: “vous qui n’avez jamais été gêné par le manque d’argent… C’est mieux là ?“. Et il poursuit.
Une fois le discours terminé, il salut les membres de l’assistance qu’il reconnaît. Je m’écarte assez vite. Il serre les mains comme des trophées qu’on lui tendrait. Il est simple et direct. Je ne souhaite pas en être. Nul besoin de se présenter. Le Président s’éclipse. Je fais durer le plaisir en téléphonant dans la cour de l’Elysée pendant 30 minutes. Seul.
Sarkozy est déjà remonté.
Seul.

