Le blogueur politique a-t-il remplacé l’éditorialiste ?
13 avril 2008 — sarkofranceMarianne a un jour publié l’une de mes chroniques de Sarkofrance. Marc Vasseur en fait le point de départ d’un billet : les blogs politiques sont devenus des “sources d’opinion” pour une certaine presse. Ils se retrouvent, échangent, partagent, se relayent. Ils développent une opinion, des analyses. Certain(e)s résument l’actualité d’une phrase ou d’un dessin, mieux qu’un Plantu.
Marc a raison. Les blogueurs politiques sont en passe de damer le pion aux éditorialistes d’antan : Alain Duhamel (Europe 1, Libération), Catherine Ney (Fig Mag, Europe 1, Jean-Marc Sylvestre (Le Figaro, France inter), Jacques Julliard (Nouvel Obs, LCI), Jean-Michel Apathie (RTL, CANAL+) sont remplacés peu à peu par Marc, Nicolas, Luc, Raphaël, Donatien, Ronald, Peuple, Eric, o16o, Julien, Damien, ou votre serviteur. Ces derniers éditorialisent la réalité, et parfois avec des spécialités. Ils peuvent être de droite ou de gauche. Ils peuvent être militants .. ou pas.
Les blogueurs politiques produisent une analyse plus fréquentée, plus visible, plus travaillée sur le Web. Un classement comme Wikio en atteste.
Les éditorialistes ont encore deux avantages compétitifs : la vieille garde a le privilège audiovisuel : ce sont des visages que les médias nationaux, radio et télévisions, se disputent pour crédibiliser leur discours depuis 40 ans. De plus, ces éditorialistes ont les “connexions.” Ce ne sont pas des blogueurs anonymes. Ils fréquentent les cercles du pouvoir. Ils sont invités aux avant-premières. Ils dînent avec le milieu politique.
Bref, les éditorialistes sont “de mèche.” Mais les blogueurs politiques sont la mèche.
Un excellent confrère a la meilleure maxime du moment : “S’il fallait connaître quelque chose en politique pour en parler, ça limiterait l’intérêt de la démocratie et les recettes des bistros.” Elle résume notre ambition, sans prétention.

13 avril 2008 à 8:54
Oui, j’aime bien ta formule “les éditorialistes sont “de mèche.” Mais les blogueurs politiques sont la mèche.”
Je la critiquerai toutefois: personne n’est indépendant à 100%.
Les blogueurs sont souvent militants d’un parti. Et quand ils ne le sont pas, ils ont des convictions qu’ils expriment.
Cela dit, c’est peut-être plus clair de s’exprimer en toute subjectivité que de faire croire (et Jean-Michel Apathie est le moins au clair sur ce plan là: se rappeler de son dialogue avec Jean-François Kahn, où il a refusé de reconnaître qu’il avait des convictions libérales) qu’on parle sans parti pris.
13 avril 2008 à 10:05
Eric, moi aussi j’aime ça “les éditorialistes sont “de mèche.” Mais les blogueurs politiques sont la mèche”. J’aimerai apporter un bémol au militantisme des blogeurs .
Personnellement, je suis militant PS , je critique mon propre parti et son comportement. Il me semble aussi que c’est pratiquement le cas de 90% des blogeurs PS. Nous sommes donc plutôt indépendants de notre “secte”, voire même complètement. Il m’est arrivé d’entendre des “conseils” sur le contenu de mon blog, je n’en ai pas tenu compte au contraire.
13 avril 2008 à 10:44
Le principe de l’éditorial, c’est justement que l’on part de nos propres convictions, préjugés, etc. L’éditorialiste, même blogueur (et même anonyme) signe avec sa propre personne : “voilà ce que je pense, moi”. L’indépendance totale n’est même pas souhaitable dans ce domaine.
En revanche, là où les blogueurs ont un avantage incontestable sur les éditorialistes des médias, c’est leur liberté d’opinion totale. J’en ai fait l’expérience : c’est vertigineux. On peut dire vraiment ce que l’on veut : si demain je décide de me consacrer uniquement à des réflexions sur les publicités pour le parfum, je ne serai pas “viré”. Jean-Marc Sylvestre ne peut pas dire autant…
13 avril 2008 à 11:07
Excellent confrère, seulement ?
14 avril 2008 à 1:08
C’est pas totalement faux. C’est vrai que je vais souvent sur les sites d’info plus classique pour voir ce qu’il se passe, mais ensuite je vais plutôt sur les blogs pour avoir plus de profondeur de l’analyse qui en découle.
14 avril 2008 à 9:20
excellente analyse cher confrère
15 avril 2008 à 12:52
[...] Le blogueur politique a-t-il remplacé l’éditorialiste ? [...]
10 mai 2008 à 7:15
Ouais, je suis bien d’accord avec toi.
Mais j’irai plus loin. Aujourd’hui, le fait de ne pas être connu est un avantage comparatif. Les Duhamel, Apathie, Ney, Sylvestre, Morandini, Elkabach sont là depuis que je suis né et vont mourir avec tous les papy boomer et seront remplacés par nous.