Un matin, je me réveille dans un monde où le matriarcat est la règle, les femmes gouvernent le monde depuis que l’homme est homme. D’ailleurs, on ne dit pas l’Homme, mais l’Humanité, nom féminin plus adéquat pour désigner cette situation historique. Les religions monothéistes placent la Femme au-dessus de tout. Dans le monde musulman, les hommes sont voilés. En Occident, l’homme reste souvent à la maison.
Dans le bus, je lis le journal. Le Président est une femme, comme sa première ministre, et la plupart de ses conseillères. On l’a célébrée l’an dernier, quand elle osé nommé Harry Roselmack à la Culture. Le Garde des Sceaux est Malek Boutih. D’une pierre deux coups. Enfin des hommes, et de surcroît de “minorités visibles”, au sommet de l’Etat.
Dans le bus qui m’amène au bureau, les autres hommes lisent des magazines masculins. On y parle films d’action, vélos et cuisine. Le taux d’activité des hommes a progressé en 20 ans, mais il reste inférieur de 10 points à celui des femmes. Quand ma femme a accouché, j’ai cessé de travailler 2 mois, elle a repris au bout de 5 jours.
Sur les publicités, on voit beaucoup d’hommes dénudés, torse galbre ou fesses rebondies et musclées pour vendre des tondeuses, des bijoux, des voitures ou des vacances. Le “mâle” moderne nous énerve avec ses tablettes de chocolat exhibées à longueur d’affiches. Mon fils de 8 ans m’a dit hier qu’il voulait maigrir. Je lui ai dit qu’il était peut être un peu tôt pour avoir ce genre de préoccupation.
Arrivé au bureau, je discute à la machine à café avec mes collègues masculins, secrétaires comme moi. On parle du nouveau directeur, un homme. On s’est demandé si son absence d’enfants, à 45 ans, n’était pas pour quelque chose dans cette promotion. Un vrai businessman ! On est content. L’entreprise a dit qu’elle pariait sur la parité.
Le soir après le boulot, je file chercher les enfants. Mon épouse ne rentre que plus tard. Je croise beaucoup de papas à la sortie de l’école. Tiens, il y a une maman aujourd’hui. A la maison, mon fils me demande pourquoi il n’y a pas beaucoup d’hommes chez les patrons.
Le week-end dernier, on s’est retrouvé à quelques copains. On veut créer un blog collectif d’Hommes Engagés. Y en a marre d’être catalogué dans les catégories “Techno”, “Cuisine” et “Bricolage”. On a peur des réactions sexistes de nos consoeurs.
Une sonnerie insiste. J’ouvre un oeil. Je me réveille.
Rien n’a changé.
Mais je sais pourquoi je suis féministe.
