Les bienfaits du choc

En voyant la couverture du magazine Choc, figurant Ilan Halimi, ce jeune juif kidnappé, torturé puis assassiné par une bande de demeurés, j’ai eu une réaction naturelle de dégoût. Une photo du jeune homme, le visage caché par du gros scotch, un pistolet sur la tempe. Le magazine Choc n’en est pas à son coup d’essai. Son titre est sa promesse.

J’apprécie généralement qu’on bouscule l’ordre établi, les tabous, les codes, les esprits. Quite à les valider ensuite. On s’interroge sur leurs fondements, sur notre attachement à leur encontre. La photo est un véhicule d’émotion. Les premières images des survivants de la Shoah nous ont marquées. On a vu l’horreur. On a compris l’incompréhensible. Le cinéma joue aussi ce rôle d’éveil de la conscience que la raison maîtrise ou ignore. L’image est magique. Elle imprime le cerveau plus fortement, plus rapidement qu’une description. Encore faut-il qu’elle porte cette noble ambition de nous éveiller, de nous réveiller.

Choquer pour choquer est une autre démarche. C’est une posture facile. Fallait-il montrer cette photo d’Ilan Halimi au moment du procès de ces bourreaux ? Evidemment non. Elle n’ajoute rien à ce que l’on sait déjà. Le rédacteur en chef du magazine explique que “ce n’est pas une photo pour une photo“. Vraiment ? C’est une photo pour faire vendre. Il y a peut être quelques racailles ici ou là pour penser qu’Ilan Halimi méritait son sort, celui d’être juif “donc riche”, comme le dit la légende des antisémites de tous poils.

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