Cet été, Marianne2 nous dévoile son “dictionnaire des mots interdits“, ces idées “politiquement incorrectes” qu’on ne saurait défendre, des tabous qui disqualifieraient ceux qui s’en réclament. Philippe Cohen s’est essayé à nous convaincre que le protectionnisme régional (ie en Europe, en Asie, en Afrique ou en Amérique) serait une bonne chose pour la bonne marche du monde. Le sujet est complexe car la réalité l’est. En matière de protectionnisme,  on peut glisser toutes sortes d’idées, les pires et les meilleures.

1. Le protectionnisme restreint les échanges. A ce titre, Philippe Cohen note justement qu’un frein aux transports de fret serait favorable à la lutte contre le réchauffement climatique.On pourrait rétorquer qu’il existe une autre voie pour lutter contre ses échanges polluant: d’ici une petite vingtaine d’années, le transport sera cher, parce que les énergies non renouvelables seront tout simplement épuisées ou en passe de l’être. Le transport aérien sera réservé à deux catégories d’utilisateurs bien identifiés : les très riches, et l’armée. Depuis moins d’un siècle, la croissance exponentielle des échanges a été subventionnée par la planète. Il va bientôt être temps, réchauffement climatique ou pas, de passer à la caisse. Les spécialistes notent d’ailleurs que chaque crise économique des économies capitalistes est précédée d’une flambée des prix de l’énergie. La récession qui nous frappe aujourd’hui est la plus brutale, la plus profonde, la plus destructive depuis 70 ans.

2. Le protectionnisme permet de lutter contre le dumping social. C’est l’argument le plus fort.  Il est évident que l’accès à des produits de grande consommation fabriqués à bas coûts par une main d’oeuvre sous-payée et surexploitée est l’un des pires méfaits du libéralisme des échanges. Si les classes dirigeantes des pays capitalistes aiment tant défendre la disparition des frontières économiques

3. Le protectionnisme existe déjà : partout dans le monde, il frappe les hommes. Ceux-là même qui nous présentent la libre circulation des biens et des services défendent avec ardeur la fermeture des frontières à l’immigration, les rafles à la sortie des écoles, la construction de barbelés, les tests de langues ou d’ADN. On aime le textile chinois ou le café sud-américain mais on nous explique que la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde. Acheter oui, développer non.

4. Il faut aider les “pays émergents”. La défense d’un commerce “équitable” passe sans doute par la fermeture relative des frontièrde nos économies. Pour éviter les délocalisations, rien de mieux que de renchérir le coût des importations. Le besoin de croissance des entreprises occidentales les conduira à exporter leurs usines, mais elles ne le feront pas pour mieux refourguer ensuite aux consommateurs occidentaux incrédules des biens et services sous-payés.

5. Les consommateurs doivent être éduqués. Les associations de consommateurs se trompent parfois de combat dans leur lutte contre la vie chère. Elles participent aux délocalisations. Un exemple récent est frappant: les “hot-lines” téléphoniques. Qui n’a pas entendu les UFC dénoncer les appels surtaxés des hot-lines de FAI & Co ? Conséquence : la Loi sur la Modernisation de l’Economie adoptée en 2008 a prévu une disposition fatidique: “Le numéro de téléphone destiné à recueillir l’appel d’un consommateur en vue d’obtenir la bonne exécution d’un contrat, conclu avec un professionnel ou le traitement d’une réclamation, ne peut pas être surtaxé.” Conclusion, les centres d’appel vont être délocalisés dans des pays à bas coût, plutôt que de rester en France, pour ceux qui l’étaient encore. Arroseur… arrosé.