L’ami Authueil a eu une riche idée. Se mettre à la place d’un sympathisant de gauche pour l’été: “Je vais essayer, cet été, de jouer au militant de gauche qui veut refonder, en proposant, au fil de billets, des pistes sur la base de ce postulat de départ que j’expose ici, à savoir le refus du ‘néo-libéralisme’“. Il y a du boulot. L’ami Marc Vasseur rappelle que ce n’est pas toujours chose aisée en ces temps d’opposition.

Je me suis dit qu’il faudrait faire de même. S’imaginer dans la peau d’un électeur de droite. Réfléchir à l’actualité politique, imaginer la France d’après la France d’après. Avec un prisme de droite. Seulement voilà, je suis très mauvais à cet exercice. Authueil restreint bien volontier sa démarche au thème du libéralisme. C’est évidemment un peu court.

Similairement, je limiterai la droite à l’un de ses fondements : le respect du mérite et de l’enrichissement personnel. Que mes (rares) lecteurs de droite me pardonnent cette caricature. Personnellement, je suis favorable à ce que le plus flemmard des paresseux ait droit à un revenu minimal d’existence. Je crois penser qu’à droite, on n’aime pas trop cette idée.

En période de crise, la solidarité (ou son absence) est une question centrale. A droite, on pense que l’enrichissement personnel ne doit pas être contraint, et pour deux raisons. Primo, parce qu’il est individuellement juste. Deuxio, parce qu’il est collectivement profitable.Sur ce thème, depuis près d’un an maintenant, nous sommes bien servis. La “main invisible du marché” a été prise dans le pot de confiture des subprimes. Les thurérifaires du “crédit hypothécaire” ont vite avalé leur chemise, Sarko en tête. On a aussi questionné la légitimité de certains patrons à se servir de larges indemnités. On a découvert que le niveau de rémunération patronale avait parfois peu de rapport avec les performances de l’entreprise.

La réponse idéologique à droite fut d’abord de stigmatiser les excès particuliers: ceux des traders, des “patrons-voyous”, des “hedge-funds”. L’explication étant un peu courte devant l’ampleur de la crise, Sarkozy et ses proches sont montés d’un cran : “rien ne sera plus comme avant.” Sans que l’on sache vraiment de quoi il est question. Mais une chose est sûre, la droite s’accroche à ses revenus.

Certains centristes de l’UMP cherchent à “exceptionnellement” lâcher un peu de lest, en abandonnant le bouclier fiscal, ou en rendant le futur emprunt populaire obligatoire pour les plus riches. Il s’agit de sauver le système. Mais le plus grand nombre, à droite, ne veut rien savoir. Le bouclier fiscal est sacré.

Si j’étais à droite, je soutiendrai Sarkozy dans cette obstination. La crise impose certes davantage de solidarité. A droite, on le comprend. Sinon, ce serait la révolution, le système qui flanche, les émeutes dans la rue et tout le toutim. Mais il faut garder un espoir, celui qu’en “travaillant“, on pourra à nouveau “devenir riche“, qu’on pourra transmettre à ses enfants le digne héritage auquel ils ont droit; que le mérite individuel aura toujours gain de cause contre l’assistanat.

Ne désespérons pas Neuilly-sur-Seine !