Faire payer l’information sur le Web

La récente décision de Ruppert Murdoch de rendre payant l’accès aux sites de presse de son groupe fait jaser. Pour l’internaute, le sujet mérite qu’on s’y attarde.

1. Comment nous informerons-nous demain si l’information online devient payante ? Murdoch possède notamment le Wall Street Journal, le Times, le Sun ou news of The World.  Jeff Jarvis, auteur d’un blog reconnu sur les médias, a critiqué la démarche dans les colonnes des Echos:

“Pour la majorité des sites d’information, cette stratégie est vouée à l’échec. En ligne, il n’y a pas de limite à la concurrence. Une telle stratégie ouvre un boulevard aux compétiteurs gratuits et impose des coûts de marketing et de recrutement d’abonnés élevés. Plus généralement, cette approche va à l’encontre de ce qu’est la réalité d’Internet. Une étudiante parlait récemment ainsi de son rapport à l’information : « Si c’est si important que cela, cela parviendra jusqu’à moi. » Le Web a inversé la relation aux journaux. La priorité absolue pour les fournisseurs de contenus, c’est d’aller vers les Internautes. Or, en faisant payer, ils s’isolent du trafic du Web en érigeant une barrière payante à l’entrée de leur domaine. Ils renoncent donc aux revenus de monétisation d’audience, la vraie valeur d’Internet.”

2. Comment la presse peut elle survivre ? La presse en ligne a mal à ses finances. Sur le Web, nombre de contraintes du monde physique (logistique, impression, papier, etc) sont allégées voire n’existent plus. Les barrières à l’entrée dans le secteur de l’information sont faibles. De surcroît, la concurrence est mondiale. L’internaute peut se tourner vers un site suisse ou belge avec une aisance déconcertante si l’info gauloise lui déplaît. En d’autres termes, les sources gratuites d’information sont légions sur le Web.

3. La remarque semble de bon sens: on ne fait payer que ce qui (1) a de valeur, et (2) n’est pas facilement substituable. Le Wall Street Journal propose des informations exclusives et utiles. En France, Mediapart s’essaye au modèle payant en misant sur (1) son indépendance et (2) des scoops. La voie est fragile. Les scoops sont vite relayés par les confrères, et une foule de médias online gratuits peuvent revendiquer également la même indépendance (Rue89, Marianne). L’indépendance peut se revendiquer différemment, par un ton, un angle. Angler ses informations est une vraie gageure. Mediapart, Bakchich, Rue89, ou Marianne2, pour ne citer que 4 exemples, l’ont presque tous trouvé. Est-ce suffisant pour convaincre le lecteur de payer quelques subsides ? Pas si sûr.

2 commentaires
  1. Je pense qu’on peut faire payer l’info sur le web. Mais qu’il faut trouver la bonne méthode.
    Le micropaiement à l’article est sans doute une piste. La contribution volontaire également.

  2. Dr. Morisset a dit:

    Si un jour internet devient payant, je repenserai à moi gambadant dans les champs du web, le vent donnant du relief à ma chevelure fournie… avec la nostalgie des soldats de 14.

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