Le privilégié Mathieu a lancé la réflexion: êtes-vous pour ou contre le redoublement scolaire ? Papa de deux Racailles, je ne me suis pas posé la question. Lianne et Tarzan sont paraît-il surdoués, à en croire une psy qui est venue nous expliquer leurs excellents résultats scolaires. Ceci étant posé, le redoublement a quelques vertues désagréables et ambivalentes.
Mathieu rappelle que le redoublement au collège exige l’accord des parents, à l’exception du passage au lycée. Cette formule me semble stupide. L’enseignement vise à porter une classe à un certain niveau de connaissances. Les parcours individuels sont disparates. Les cultures familiales également. La reproduction des élites bat toujours son plein. Né bourgeois, j’ai pu apporter à mes propres enfants un soutien que d’autres familles plus modestes n’ont jamais pu apporter à leurs propres enfants.
Le redoublement est vécu comme un échec. Il suffirait pourtant de peu pour expliquer qu’à 40 ans, on se soucie peu de savoir si on a redoublé ou pas une classe de collège. Notre société gère mal l’échec. Pourtant, l’échec devrait être le meilleur apprentissage de la vie. On apprend mieux quand on trébuche, à condition que l’échec soit positivé et décrypté.
Le redoublement est une menace qui peut stimuler. Mes enfants ont toujours craints, comme leurs parents, cette sanction. Etudiant besogneux, je me souviens de stress à répétition. Les matières littéraires étaient mon point faible. Il fallait s’armer de patience.
Politiquement, je n’accorde aucune importance aux propos présidentiels suivant lesquels le redoublement devrait être une exception. Facialement, on pourrait être surpris que cette recommandation émane d’un président d’une droite si apte à louer le mérite. En fait, la démarche est bien facile. C’est une façon d’affaiblir la valeur de l’enseignement scolaire. Chers professeurs, vous n’avez faire votre job, semble nous dire le Monarque élyséen. Accepter le redoublement signifierait qu’on reconnait l’enseignement pour ce qu’il devrait être : apporter à chaque enfant/adolescent le niveau de connaissances nécessaires pour une vie épanouie.






4 comments
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14 novembre 2009 à 12:51
le bateleur
Sur ce sujet je crois qu’il est difficile de voir l’ensemble des enjeux et flux en position de parent.
De l’intérieur du bidule, je constate : le redoublement est un échec pour 90% des élèves qui redoublent.
Avec un cycle à peu près constant :
(si l’élève est bien disposé) premier trimestre : plus que convenable, mais fin en baisse
second : en net fléchissement
troisième : grosses fragilités voire pire.
Une des raisons est qu’il est très difficile pour un élève de revoir la même chose dans toutes les matières pendant une année complète.
Au début il est content de la facilité nouvelle qu’il éprouve, il s’y fait piéger (le savoir n’aide ni les profs, ni les parents à accompagner cela)
Tout cela est largement renforcé par la nouvelle manière de fonctionner de l’école.
Dans un soucis d’efficacité (lire “critique de l’efficacité” comme antidote http://bit.ly/1m2K1h) les enseignements visent de plus en plus directement les résultats, les parcours sont alors de plus en plus secs et construit en rapport avec les situations d’évaluation (évaluation par compétences – calquées sur ce qui se fait dans la formation professionnelle des adultes !)
Il est donc de plus en plus pénible de refaire une année.
Pour toutes ces raisons, l’élève qui redouble actuellement perd le plus souvent une années, voire parfois plus.
J’ai connu des élèves de troisième redoublant pour obtenir l’orientation qu’ils souhaitaient, faire une seconde troisième pire que la première.
Les intelligences actives de l’état (conseillers divers) ont mis un certain temps à accepter cette réalité.
En fait il ne l’ont fait que pour des raisons qui n’ont rien à voir avec l’intérêt des “petits d’hommes”
Tout cela, comme le reste, n’est dicté que par des préoccupations économiques :
Actuellement, un étudiant en fac coûte moitié moins cher qu’un élève de collège (trois fois moins qu’un élève de lycée professionnel – on comprend pourquoi le bac pro se passe à présent surtout en 2ans contre 4ans par le passé, après un BEP)
Le rôle de grand parking à jeune est donc dévolu à la fac vers lequel les professeurs principaux responsables de l’orientation des élèves sont sommés d’orienter de plus en plus d’élèves. (Le point clé étant l’orientation du collège vers … le lycée, avec des cotas à suivre pour que l’établissement soit dans la ligne.)
Avant d’envisager le recours au redoublement, il s’agit de revoir totalement la prise en charge de ces élèves.
Comme par exemple un regroupement sur un certain nombre d’heures de ces élèves qui suivraient un parcours spécifique visant à valoriser cette seconde année et à éviter les effets que j’ai évoqué précédemment.
En bilan on pourrait dire que tout a été mis en oeuvre pour que le gouvernement ait raison lorsqu’il affirme que le redoublement est contreproductif.
Mais ici comme ailleurs on a d’abord coupé les pattes du chien pour en venir à constater qu’il est grabataire.
Il y aurait un véritable travail à faire sur la différenciation des rythmes scolaires des élèves en rapport avec leur profil d’apprentissage.
Mais cela n’intéresse pas grand monde.
Depuis que l’Europe a adopté la stratégie de Lisbonne (orientation tous les efforts vers les Nouvelles Technologies “de l’intelligence”) on a bien compris que seule une petite minorité de têtes en accord avec l’époque intéressent les décideurs de notre avenir.
La destination des sommes alouées au Grand Emprunt National confirme ceci, rien de ne concerne des savoirs faire basiques existant, la plupart des crédits devrait être consacré au seul avenir que nos politiques sont capables de nous envisager : des hautes technologies en intraveineuse.
Alors le petit gars en difficulté qui aurait besoin d’un coup de pouce pour faire de la menuiserie … vous pensez donc !
Luc Comeau-Montasse
du fagot des Nombreux
(enseignant, ex responsable de centre de formation, ex conseiller en formation d’adulte… apprenti humain)
14 novembre 2009 à 4:23
la fourmi rouge
tu écris Juan :
” Il suffirait pourtant de peu pour expliquer qu’à 40 ans, on se soucie peu de savoir si on a redoublé ou pas une classe de collège. Notre société gère mal l’échec. Pourtant, l’échec devrait être le meilleur apprentissage de la vie. On apprend mieux quand on trébuche, à condition que l’échec soit positivé et décrypté.”
Comme je trouve cela juste.
Et quand tu dis 40 ans, on pourrait raccourcir à 22 ans par exemple, en fin d’un BTS ou autre, au moment de rentrer dans la vie active !
La notion d’échec dure vraiment jusqu’à fin septembre de l’année scolaire rédoublée.
Personnement je suis :
le redoublement est à présenter, expliquer comme une grande chance!
- Soit pour démarrer dans de bonnes conditions le lycée par exemple, et pouvoir réussir dans la filière de son choix.
- Soit pour de nombreux cas, parce qu’une année essentielle dans le cursus scolaire ne peut suffire ( lenteur dans le travail écrit, ou méthodologie et gestion du temps de travail non appropriées, manque de maturité, fragilité de ses bases…etc).
- Soit parce que les enseignants mesurent le potentiel de l’élève pour les études (niveau bac au moins), sans quoi est préconisée ” une autre orientation “(courte, pour rentrer dans la vie active rapidement).
Bref :
si l’équipe pédagogique ” conseille ” (il y a la loi) le redoublement, c’est tout de même parce qu’elle estime un meilleur parcours ultérieur, à partir de critères sérieux.
Mais tout est affaire de discussion, de débat avec l’enfant et les parents pour que les enjeux soient bien perçus; et donc qu’il y ait choix sans contraintes.
Mais comme écrit Luc :
” il s’agit de revoir totalement la prise en charge de ces élèves “.
- la prise en charge avec “les moyens”, ça d’accord;
- mais aussi une pratique pédagogique qui oblige les enseignants à s’arracher à un ronron, ou des consignes d’IPR et de textes de BOEN bien souvent !
exemple :
” …’il est très difficile pour un élève de revoir la même chose dans toutes les matières pendant une année complète..” :
mais ça c’est l’affaire de l’équipe qui suit l’élève, pour qu’il ne “fasse pas la même chose” !
non ?
15 novembre 2009 à 11:48
le bateleur
[ ” …’il est très difficile pour un élève de revoir la même chose dans toutes les matières pendant une année complète..” :
mais ça c’est l’affaire de l’équipe qui suit l’élève, pour qu’il ne “fasse pas la même chose” !
non ? ]
Tu parles d’or lorsque tu dis cela la fourmi rouge
mais précisément, l’industrialisation de l’éducation (via la montée en puissance de la “pourtant raisonnable sur le papier évaluation par compétences” et des Normes en matière d’enseignement et de certification des résultats – de plus en plus finement critériés) va totalement à l’encontre de ce que tu proposes.
La marge de manoeuvre de l’enseignant est de plus en plus étroite lorsqu’il doit, sur le modèle de ce qu’on a introduit au primaire et au collège pour évaluer les compétences informatiques (B2i), valider une liste étendue de savoir faire ou savoir être (ex: thèorème de Pythagore, connaissances en génétique, décrire le test de reconnaissance de l’eau par le sulfate de cuivre anhydre (incontournable !)
La seule place qui reste à l’enseignant pour vivre un peu se situe comme pour l’élève dans la marge, (voir l’évaluation proposée ici http://www.phychim.ac-versailles.fr/…/Evaluation_par_competence_clg_J_Vilar_Grigny_1_-3.pdf -
)
Peccato !
14 novembre 2009 à 4:24
la fourmi rouge
lire
personnellement je suis “pour”