Quiconque compare Sego à Sarko attire mon attention. A force d’écrire sur le Monarque, je scrute avec intérêt les jugements de confrères blogueurs ou journalistes politiques sur le personnage. Et plutôt sensible aux thèses segolistes, les commentaires sur l’ex-candidate m’amusent ou m’agacent. Il y a quelques jours, Marianne2 a publié un court billet d’Elie Arié au titre prometteur : “Pourquoi Sarko et Ségo se ressemblent“. L’auteur lance une charge violente, et force le trait pour trouver des points de comparaison favorable à sa thèse. Pourquoi donc tant de haine ? C’est une question rituelle que nous posons ici ou là.
Elie Arie considère ainsi que tous deux méprisent leurs supporteurs, préfèrent leur charisme à leurs programmes, improvisent leurs prises de position sans cohérence idéologique, ont “l’art de se mettre dans des situations ridicules”, ont une ambition démesurée, méprisent les médias,
Reprenons dans l’ordre.
Si Royal improvise parfois ses prises de position, ses références idéologiques sont en revanche toujours bien présentes. Ségolène reste arrimée à certains thèmes (les territoires, la vie chère, l’identité nationale, l’émancipation des femmes, etc). A gauche, certains archaïques reprochent à Sego, au contraire, une sérieuse constance politique, “trop à droite”. Côté Sarko, le va-et-vient politique est une constance. Sarko cherche à cliver le débat autour de lui. Ségolène cherche à faire bouger les lignes de son camp. Au sein d’une gauche complexée, Royal donne des éléments de ripostes contre la droite. Qu’on soit d’accord avec elle, ou pas, sa constance est généralement reconnue.
Ségolène Royal reste constante dans ses idées. C’est même un reproche qui lui est, comme à d’autres, régulièrement dressé. L’ex-candidate creuse ses idées, multiplie les échanges et les réunions. Elie Arié peut lui reproché d’avoir mal défendu toutes les facettes du programme socialiste. la bizarrerie socialiste est que ce parti ne s’était pas résolu, jusqu’à son projet de primaire, de jouer le jeu présidentiel de la Vème République : il votait un programme d’abord, puis choisissait son candidat ensuite, quitte à devoir gérer, ici ou là, des contradictions inévitables. Mais reprocher à Sego de ne pas croire en son propre programme, cela reste assez gonflé et intellectuellement malhonnête.
Que Ségolène Royal, comme une bonne quarantaine de dirigeants socialistes d’ailleurs, ait une ambition démesurée pour conquérir le pouvoir est une évidence. Pour encaisser autant de coups, il faut en avoir (de l’ambition, précisons…). C’est un point commun de bien des hommes et femmes politiques, à gauche, au centre ou à droite.
Sarkozy déteste le ridicule, mais il n’y échappe pas. Il fait préparer chacun de ses interventions, soigne leur mise en scène. Ségo se fiche du ridicule. Là encore, voici deux attitudes bien différentes.
Sarkozy ne méprise pas les médias, il les utilise. Ségolène a du mal avec les médias, elle les subit. Où commence leur convergence ?
La critique politique est un exercice qui exige de la qualité et de l’honnêteté.
