L’excellent Narvic publie un billet sur les subventions que l’Elysée a décidé de verser à quelques médias en ligne. Depuis un an, le pouvoir a engagé quelques 600 millions d’euros de soutien à la presse. Même les pages de Libération ont été inondées de publicités gouvernementales vantant les mérites du plan de relance que le quotidien s’efforçait de critiquer dans les colonnes voisines.
Le 11 novembre dernier, un décret créait le fonds d’aide au développement des services de presse en ligne (fonds SPEL). Doté de 20 millions d’euros par an pour les années 2009 à 2011, ce dernier a depuis décidé d’attribuer 249 000 euros à Rue89, 200 000 euros à Mediapart, 199 000 euros à Slate.fr. Le nouveau syndicat de la presse en ligne expliquait les modalités de ces aides, en novembre dernier:
“Il est prévu d’allouer 80% de cette enveloppe aux services de presse en ligne d’information politique et générale, spécialisée et sportive. Deux types d’aides sont proposés, subvention et avance remboursable, en fonction de la demande de l’entreprise et de sa situation économique. Les avances remboursables devront représenter au moins 20% de l’enveloppe globale.
Le taux de la subvention est de 40% du budget prévu pour le projet, il est porté à 60% pour les sites d’information politique et générale (IPG), reconnus comme tels par la CPPAP.
Le taux de l’avance remboursable est de 50% du budget, il est porté à 70% pour les sites IPG.
Les aides sont limitées à 1,5 million d’euros par an et par entreprise.”
Arrêt Sur Image fut l’un des rares à refuser cette manne présidentielle:
“Après mûre réflexion, j’ai décidé que notre site, votre site, ne solliciterait aucune forme de subvention publique.
Cette décision a été très difficile à prendre. Beaucoup plus difficile que notre refus fondateur de la pub, il y a deux ans, lors de la création du site. L’argent de l’Etat n’est pas un argent qui dégoûte a priori. C’est l’argent du contribuable.”
Ce débat est sans fin, et parfois illusoire.
1. Il est évident que cette aide à la presse, et aux sites d’information en particulier, est un coup politique qui sert la cause du Monarque élyséen.
2. Il n’est pas prouvé que l’octroi de subventions publiques ait une influence directe sur le contenu des articles. Reconnaissons, s’il vous plaît, que les journalistes des dits sites, appliquent majoritaire l’éthique professionnelle qui est la leur.
3. Il est évident que les patrons de journaux soutenus par le pouvoir seront moins offensifs, plus prudents, plus “compréhensifs” dans leurs attaques. L’indépendance d’un média ne se juge pas sur quelques articles bien sentis, ni sur quelques grandes déclarations d’intention. Elle se juge sur la durée. Nous verrons à l’usage.
4. Cette affaire est peut être une bonne nouvelle pour les blogueurs politiques. Il faut rester lucide cependant. Les blogueuses et blogueurs commentent. Les journalistes produisent. Les un(e)s sont dépendant(e)s des autres.
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