Une chronique littéraire du Monde, rédigée par Véronique Maurus, traitait récemment d’un ouvrage de Jean-Paul Jody, La Route de Gakona. Ce dernier colporte avec plaisir et paranoïa une thèse complotiste bien connue : les cataclysmes naturels, comme le récent tremblement de terre, sont l’oeuvre délibérée de l’armée américaine à des fins politiques.
La journaliste du Monde flingue l’intérêt littéraire de l’ouvrage en prétendant qu’il est pour l’essentiel pompé d’un rapport du Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP), sur un programme de recherche américain dénommé HAARP (pour High Frequency Active Auroral Research Program“) et la station à Gakona.
Ce “Web thriller” n’est sans doute pas le premier ni malheureusement le dernier. Pour les éditeurs et les auteurs pressés, Internet est un vivier tentant de “prêt-à-écrire”. C’est aussi une illusion : il faut très bien connaître un sujet pour y puiser une solide base documentaire. A fortiori s’agissant d’un”buzz”. Mais qui décèlera l’artifice ?
Il est effectivement amusant et inquiétant de voir surgir des oeuvres à prétention littéraire et politique qui ne sont en fait que des dérivés de Wikipedia. Les thèses complotistes font toujours fureur. Il serait peine perdue de tenter de convaincre du mal-fondé de ces thèses. D’ailleurs, je n’aurais aucun argument. Il faut plutôt s’interroger sur leurs objectifs. S’agit-il d’expliquer que l’armée américaine est le “Grand Satan” ? Que les militaires du Pentagone fassent des recherches sur le climat et comment le contrôler semble une évidence. Qu’ils puissent provoquer des tsunamis, tremblements de terre et autres catastrophes “naturelles” est une autre paire de manches.
La théorie du complot profite rarement aux démocrates. Elle est l’outil des dictatures et apprentis-dictateurs. Complots impérialistes, sionistes, “judeo-maçonniques”, ces accusations pullulent depuis la nuit des temps modernes. Le Web a ceci de formidable qu’il permet à chacun de se faire une idée très vite.
