Féministe ET écologiste

par sarkofrance

Le féminisme était à l’honneur, sur France Inter, jeudi matin. Elisabeth Badinter était l’invitée de Nicolas Demorand, à l’occasion de son dernier ouvrage Le conflit, la femme et la mère (chez Flammarrion)

Les propos d’Elisabeth Badinter étaient simples : la crise économique a rendu difficile l’accès au travail et ses conditions. Les femmes sont plus nombreuses dans les emplois les plus précaires. La maternité reste un frein aux carrières des femmes en entreprises. Puis, au hasard d’une phrase, la voici qui tacle l’écologie, et même Cécile Duflot. Tout y passe : le bio, l’allaitement, les couches lavables…

« La mère idéale  est sommée d’allaiter son enfant. »

Indépendamment des arguments sanitaires (et ils existent), encourager l’allaitement tardif (jusqu’au deux ans de l’enfant) a une conséquence négative contre l’émancipation économique de la gente féminine. C’est vrai. Je ne répéterais pas mieux les propos de Dedalus sur le besoin du partage des tâches, y compris cette première alimentation.

« La nature est posée comme un critère du bien ».

Poser l’enjeu écologique comme cela est très réducteur. L’argument écolo fondamental est qu’on souffrira tous, et les plus pauvres d’entre nous en premier et plus durement, si l’on ne fait fait rien contre la surconsommation et la dégradation des richesses naturelles qui est son corollaire.

Dans marianne2, Tefy Andriamanana s’insurge contre cette soit-disante réduction caricaturale du combat féministe à la sauvegarde de Pampers et des petits pots Bledina. J’ai aussi du mal à « acheter » un autre argument de Badinter, dérivé de sa saillie contre le « naturalisme » ambiant : la philosophe est allée jusqu’à opposer le combat féminisme et la défense de l’environnement. Qu’on débatte de la stupidité de la taxe anti-couche jetable proposée par NKM quand elle était secrétaire d’Etat à l’Ecologie est une chose. Mais en déduire que la défense de l’environnement a comme dommage collatéral pernicieux la restriction de l’égalité homme-femme en est une autre. Pour ce qui concerne le champ politique français, les Verts ont été de tous les combats pour les libertés publiques, y compris quand, récemment, les subventions accordées chaque année au Planning Familial étaient menacées par le gouvernement Sarkozy.

Le même soir, Elisabeth Badinter était à nouveau sur France Inter, dans l’émission Le Téléphone Sonne. Le temps des réponses aux questions des auditeurs permet d’affiner les arguments, d’expliquer la pensée. Elle est plus convaincante. Non, elle ne défend pas le travail (aliénant), mais le non-accès au travail est encore une menace pour l’émancipation des femmes. Oui, c’est très bien de voir l’homme du foyer laver les couches lavables du petit, mais ce comportement “normal” est minoritaire. 80% des tâches ménagères sont toujours dévolues aux femmes.

Elisabeth Badinter veut opposer un discours de réalité  – précarité, soumission, injustices – aux déclarations de principes. Finalement, tout le monde est sans doute d’accord. L’émancipation des femmes, de ma fille, de ma femme, est un combat qui ne fait que commencer.


http://www.conseildeparis.lesverts.fr/?Soutenir-plus-que-jamais-le

4 Responses à “Féministe ET écologiste”

  1. Tss… Que l’on fasse de l’allaitement à nouveau un métier comme au XVIIIe siècle avec les nourrices ! :-)

  2. J’ai de plus en plus l’impression que le féminisme, c’est la négation de la femme en tant que telle.
    Finalement le féminisme représenté par Badinter c’est l’allié parfait du libéralisme, c’est transformer la femme en productrice et consommatrice et lui faire payer les services (allaitement, garde des enfants, tâches ménagères etc…) qui autrefois étaient non marchands. C’est nier le fait qu’elles donnent la vie et que cela n’est pas forcément compatible avec de grandes carrières à plein temps.
    Si le féminisme c’est être consumériste (jeter les couches, acheter du lait en poudre, travailler plus pour gagner plus, serviettes jetables, lingettes, etc…) alors ça sera sans moi. Badinter est restée bloquée en case “société de consommation”.
    On remarquera au passage, que cet idée que la femme doit se consacrer à sa carrière et sous-traiter les tâches maternelles à des nourrices, est une position qui implique que la mère en question soit payée plus que la nourrice. C’est donc une situation qui ne s’applique pas aux milieux ouvriers. Badinter n’est qu’une bourgeoise capricieuse.
    Bon c’est un petit coup de gueule qui me tenait à cœur de placer à la lecture des bêtises proférées sur France Inter hier. Je pense au contraire d’elle que l’écologie c’est d’abord moins consommer, donc moins avoir besoin de travailler et donc dégager plus de temps libre qui permettent d’éviter de payer pour du jetable et des tâches qu’on peut réaliser seul(e). Ce qui produit un cercle virtueux.
    Et en général les femmes sont plus sensibles à l’écologie, qui conduit à une meilleure qualité de vie, tant sur la santé que sur le temps libre et la manière d’apprécier la vie.

    Oui à l’émancipation des femmes, non au féminisme.

  3. Bonjour,

    le dernier numéro d’alfalfa, un magazine distribué en kiosque dans toute la France, développe un dossier central intitulé : Les femmes sont-elles des Hommes comme les autres ?
    Ou comment réconcilier écologie et féminisme…

    Extrait gratuite du magazine sur le site : http://www.magazinealfalfa.com/wp-content/uploads/2010/02/extrait-alfalfa-4.pdf

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