“Je mène une lutte politique, et j’analyse comme des adversaires ceux qui se sont opposés à moi”. C’était l’une des phrases d’introduction prononcées par Jean-Luc Mélenchon au CFJ, la semaine dernière. Je n’ai pas commenté, comme d’autres, la saillie de l’élu francilien contre un apprenti-journaliste qui a tant buzzé sur Internet voici trois semaines.
J’attendais en fait cette explication. “Méluch” avait par ailleurs publié un très long billet expliquant son altercation. Cette phrase révèle le personnage, et, pour ma part, correspond assez bien à ce que signifie le combat politique. Sans doute Jean-Luc Mélenchon a-t-il une vision très clivée des rapports de forces. Mais la société n’est-elle pas traversée par des classes qui s’affrontent ? Sans doute devrait-on tenter de réconcilier les groupes sociaux entre eux ? Mais l’espoir d’un homme (ou d’une femme) providentielle qui parviendrait à dépasser les clivages socio-politiques est avant tout une utopie bonaparto-gaulliste que personne, à gauche ou chez les écologistes, ne peut endosser.
“Je mène une lutte politique, et j’analyse comme des adversaires ceux qui se sont opposés à moi.”
Ceux qui s’opposent à nous sont nombreux et se cachent partout. Ils aiment la diversion. Déplacer le débat sur des sujets connexes est une tactique connue. Le combat politique consiste d’abord à maîtriser l’objet du débat avant même de chercher à convaincre. Et inutile de relire Gramsci et son propos sur l’hégémonie culturelle pour en être convaincu.
Nombreux sont ceux qui mélangent le fonds et la forme, la stratégie et la surface des choses. Les journalistes s’évertuent souvent à demander aux opposants à Nicolas Sarkozy s’ils ne peuvent pas avouer tel ou tel point d’accord (taxe carbone, avant qu’elle ne disparaisse; plan de relance au plus fort de la crise), si tel ministre comme Martin Hirsch n’a pas eu finalement raison de s’entêter avec son RSA. Il ne faut tomber dans ce petit jeu de la soit-disante objectivité.
Ceux qui sont en face sont des adversaires, et nul compromis provisoire ne saurait être acceptable. Méluch, au moins, est de ceux qui clarifient le débat. Et dans la bonne direction.
“Pousser à la déconsidération de l’autorité que représente N. Sarkozy, mais surtout des larbins qui l’entourent relève de l’hygiène intellectuelle.”
Volgelsong, 31 janvier 2010.
