Le discours de droite

François Hollande s’exprimait mercredi matin sur France Inter. Un auditeur, récemment retraité, lui demanda pourquoi le Parti Socialiste s’évertuait à défendre la durée courte de la période de référence pour le calcul des pensions des fonctionnaires.

On pourrait simplifier la société française en trois groupes pour mieux comprendre l’argumentaire libéral traditionnel: un vaste ensemble de salariés, artisans et petits entrepreneurs du secteur privé ; les fonctionnaires ; et une minorité ultra-privilégiée. En matière économique, la droite libérale défend les troisièmes, avec l’aide des premiers. Elle joue souvent les premiers contre les seconds pour mieux protéger les troisièmes. La crise aidant, ces artifices finissent par devenir trop voyants. Prenons deux exemples récents.

L’impôt sur les sociétés, sujet caché
A droite, on critique bien volontiers le niveau jugé trop élevé des prélèvements, notamment sur les entreprises. Le MEDEF n’a de cesse de dénoncer notamment l’impôt sur les sociétés, une charge qui nuirait à la compétitivité des entreprises françaises. On omet bien sûr de préciser que les grandes entreprises délocalisent plus facilement leurs revenus, qu’elles ne payent ainsi jamais 33% d’impôt sur leurs bénéfices. Pour les entreprises du CAC40, le taux effectif est plus proche de 8%. Seules les PME et les TPE supportent le taux plein. Mais faire croire que la lutte contre la fiscalité est un combat commun est une démarche politique plus facile à défendre que l’égalité fiscale.

La protection de l’emploi, sujet bâclé
La protection de l’emploi dont bénéficient les fonctionnaires est régulièrement dénoncée. Pourtant, ce serait oublié bien vite les facilités nombreuses que la classe supérieure réserve aux siens : consanguinité des conseils d’administration des grandes entreprises, rémunérations désindexées des performances économiques et sociales, favoritisme relationnel, etc… Les motifs d’indignation sont nombreux.

La réforme des retraites, sujet brûlant.
A droite, on explique qu’il n’y aucune raison que les fonctionnaires bénéficient encore d’un système plus avantageux que leurs collègues du privé, alors que le régime par répartition est menacé. Hier, on critiquait ainsi les écarts de leur durée de cotisation, plus courte pour les fonctionnaires que pour les salariés du privé. Aujourd’hui, on critique toujours les écarts de période de référence pour le calcul des pensions, plus courte pour les uns que pour les autres (6 mois contre 25 ans). Ces arguments peuvent sonner juste à l’oreille des précaires du privé. Le débat sur les retraites-chapeaux de quelques-uns n’est jamais posé. On omet également bien volontiers de se demander s’il est équitable que les retraites, calculées sur les salaires, reproduisent chez nos seniors les mêmes écarts de revenus que parmi les actifs. Dans un récent rapport, l’INSEE soulignait que les écarts de revenus se sont envolés depuis dix ans. Dans quarante ans, constatera-t-on la même évolution sur le niveau des retraite.

Attaquer les acquis des uns, pour mieux protéger les avantages des autres est une constante qu’il faut constamment dénoncer.

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