Je suis allemand…


ou Anglais. Peut être américain, ou espagnol (hé, Juan !). Parfois Japonais. Il m’arrive même de me sentir Palestinien. Ou Israélien.

La célébration du 70ème anniversaire de l’appel du 18 juin 1940 a voulu raviver la France éternelle. Je comprends l’honneur d’un pays, ou son déshonneur. Qui a lu les mémoires de Gaulle sur cette période troublée de 1940 à 1941 ? Je l’ai fait. J’ai été troublé. De Gaulle ne parle jamais – je répète : jamais – du statut des Juifs imposé par Pétain dès octobre 1940.

Vendredi, Nicolas Sarkozy a parlé de la capitulation allemande. Ne pouvait-il pas évoquer plutôt la capitulation nazie ? Combien d’Allemands, juifs, homosexuels, socialistes ou simplement opposants, ont été persécutés depuis l’accession au pouvoir, par les urnes, d’Adolf Hitler en 1933 ? « Nationaliser » les conflits a quelque chose de vrai mais d’exaspérant.

Vendredi, le discours de Sarkozy avait des phrases douteuses, comme celle-ci:

« Qu’importe qu’en juin 1940 il n’y ait eu à Londres que quelques centaines de volontaires et en France quelques milliers seulement de Français cherchant désespérément à résister« .

C’est faux. Il est important de savoir qu’en juin 1940 les Français libres n’étaient qu’une poignée. La majorité silencieuse suivait le vieux maréchal, son antisémitisme nauséabond. En juin 1940, de Gaulle a sauvé les apparences, par son courage personnel. Il n’a pas sauvé l’honneur du pays.

En 1940, j’aimerai être gaulliste. Evidemment. Facile à dire avec 70 ans de recul. Mais si je projette mes idées d’aujourd’hui dans cette période troublée – un exercice intellectuel, partial, et peut-être vain – , j’imagine que de Gaulle était le seul salut possible. La gauche communiste, en 1940, était coincée par l’entente soviéto-nazie.

Pourquoi a-t-on besoin de brandir les actes glorieux du passé à l’unique bénéfice d’un patriotisme mal placé ?

Il y a 30 ans, pour un autre anniversaire de cet appel du 18 juin, je me souviens de cette chanson de Renaud.

Hexagone.

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2 réflexions sur “ Je suis allemand… ”

  1. Tant sur l’emploi du mot « allemand » que sur la facilité à se dire « résistant » 70 ans après, je plussoie ce billet.

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