La Corrida. Et Juan
La Catalogne espagnole vient d’interdire la pratique de la corrida. J’applaudis, des deux mains. Il est certaines traditions que la Tradition n’excuse pas. La liste est longue, même si elle se rétrécit. Les supporters de la corrida argumenteront que cette interdiction est la mise à mort d’un fondement culturel local. On aimerait répondre qu’ils peuvent bien pratiquer leur spectacle favori. Sauf que, le dit spectacle consiste à embrocher un taureau lors d’un tête-à-tête machiste et dangereux où l’animal, s’il ne parvient pas à embrocher lui-même le type en costumes à paillette qui le nargue avec son drapeau rouge, doit supporter une mise à mort qui dure des plombes.
Sans vouloir défendre des “droits de l’animal” identiques à ceux de l’Homme (sic !), on peut s’interroger sur le plaisir d’une telle pratique.
J’ai toujours détesté la corrida.
@juan : idem ! Mais que la fête continue ! #GdeCatalan
Ping : Taureau ascendant taureau « humeurs de gauche
On est à peu près d’accord (voir mon billet trash de ce matin). A ceci près que je ne suis pas contre, je m’en fous.
Par contre, tu as raison, on ne peut pas tout justifier au nom de la tradition. Dans mon billet, je rappelle que l’excision est pratiquée au nom de la tradition…
Libre à toi de détester la corrida mais n’en dégoûte pas les autres. La Catalogne a posé un interdit mais cela lui était facile car la corrida n’a jamais été très prisée par les catalans. Que savez-vous de la corrida ? Vous parlez de tradition, savez-vous ce qu’est l’art tauromachique ? Demain on interdira les courses de taureaux dans les rues parce que chaque année il y a des blessés à Pampelune, à Bayonne ou dans l’une de ces villes du sud qui maintiennent des traditions que dans certains cercles parisiens on voudrait voir disparaître parce que le spectacle du peuple se donnant corps et âme à la fête au mépris parfois du danger ça effraie la Haute société qui ne vois que la violence des bousculades et des coups de cornes qu’un jeu barbare consistant à rendre folles de pauvres bêtes. On voudrait uniformiser le monde, balayer les traditions régionales, que le peuple s’amuse oui mais aux seuls jeux qu’ils lui seront autorisés. Il y a d’autres corridas plus mortelles et plus cruelles que celles des arènes mais celles là, les guerres, les ventes d’armes, les déluges de plomb qui s’abattent sur des villages en Irak ou en Afghanistan et j’en passe – il y a tellement de scènes dans le monde qui mériteraient plus d’indignation et qui soulèvent moins d’écoeurement. Tous ces bobos carnivores qui se satisfont de l’état du monde – combien d’enfants meurent de faim chaque minute ? – et qui mettent toute leur énergie à sauver des taureaux qui de toutes façons finiront dans leur assiette me font chier.
je vous invite tous à lire cet excellent papier qui, mieux que je n’ai su le faire, donne un point de vue différent sur cette interdiction :
http://laplumedaliocha.wordpress.com/2010/07/29/dune-barbarie-lautre/
Ce billet est d’une faiblesse insigne, indigne de “Sarkofrance” (il est vrai que là c’est les coulisses). Les “anti-corridas” affichés sont à côté de la plaque premièrement en ceci qu’ils ne connaissent pas ce dont ils parlent : c’est un peu embêtant (les clichés à 2 balles style “le type en costumes à paillette” ne devraient même pas figurer dans “les WC de Sarkofrance”)
On peut dire “je n’aime pas la corrida”, comme telle chanteuse de flamenco (qui allait néanmoins chanter dans les ferias taurines sans faire de chichis), et ne pas en faire tout un plat.
Ou alors il y a Nicolas plus haut qui dit “je ne suis pas contre, je m’en fous” : c’est le pur bon sens. D’autres : “je ne connais pas, je ne peux donc que fermer ma gueule”. D’autres encore : “j’ai tels amis férus de corrida, or ces gens sont authentiquement cultivés et fins : il est donc possible voire probable que malgré les apparences, il y ait quelque chose d’intéressant dans cette corrida.”
Extrait du livre “Maestranza” de Jack-Alain Léger (éditions L’Arpenteur, 2000, p. 100) :
***
A la terrasse des Tres Reyes, s’assoit un couple de débraillés nordiques. Danois ? Hollandais ? Hollandais. Des géants. Près de deux mètres l’un et l’autre. (…)
Mais leur tenue ! un dimanche ! en ville ! à une terrasse de la calle Reyes Católicos ! à Séville ! Alors que la chaleur n’est nullement accablante : 24°-25° (…). Je ne demande certes pas qu’on soit aussi habillé que moi – costume de lin noir, chemise jaune vif, cravate rose vif, mouchoir indigo vif, couleurs de la corrida – mais – je ne sais pas -, on peut passer une chemisette, enfiler un pantalon, ne serait-ce qu’un jean délavé propre. Ils sont en bermudas de viscose et marcels en filet antisueur avachis ; sur le pubis, la protubérance obscène d’un sac banane orné d’un adhésif Amnesty International. Elle, a, en outre, mou et rond comme une outre, au dos, un petit sac à dos Wild Fund, qu’elle n’enlève pas, peur qu’on le lui vole, sans doute, ce qui la contraint à se tenir sur le devant du fauteuil. (Un fond de sauvagerie, oui.)
Et aux pieds ! à leurs pieds de géants, l’un comme l’autre, non pas exactement des sandales – la sandale en cuir ou en toile peut avoir du chic -, mais des espèces de tongs sanglées, prothèses en synthétique, synthèse matérialisée de l’esprit sportif et de l’esprit monacal, avec lanières scratchs, velcros, picots masseurs de mousse latex, excroissances à fonction d’amortisseurs, semelles sur coussins d’air – leurs oignons, cors et durillons à l’air.
- “Caballero…”
Le serveur tend la carte des tapas à Nik – il s’appelle Nik. Elle la lui prend des mains, féminisme oblige – niqué, Nik ! et la lit à voix haute. Je les vois calculer mentalement, convertir en florins, hésiter ; je les entends – miracle ! je comprends subitement le néerlandais – déplorer que nous n’en soyons pas encore à pouvoir payer en euros. Finalement, elle demande une ration de burgos (qui est, c’est sans doute dit dans son guide, un fromage assez proche de l’edam doux). Lui, une tortilla.
A boire ?
Elle :
- “Orange juice.”
Lui :
- “Manzanilla.”
Mais le serveur, qui sait son monde, se fait préciser : manzanilla, le xérès ? ou l’infusion ? C’est-à-dire une camomille.
Non, il ne veut pas de ce vin liquoreux, amer et doux, qui rend heureux – la boisson de Falstaff. Il veut une camomille. Le fait est. Je n’hallucine pas.
Il essuie méticuleusement les couverts, qui sont propres, je le jurerais, avec un mouchoir en papier. Elle, il lui échappe une moue inquiète quand elle se voit apporter un grand verre d’oranges frais pressées et non un jus pasteurisé, en bouteille. (…)
Je dois cesser de les observer -,
(…)
Mais je lève les yeux à nouveau, et les regarde à nouveau : la fascination est trop forte.
Ils ont déjà fini de manger. Chacun cherche dans son pochon pubien de quoi payer. Ils partagent l’addition et ne laisseront pas cinq pesetas de pourboire : leur guide indique sans doute que le pourboire est une coutume mais n’a rien d’obligatoire en Espagne. Je suis fou : je leur trouvais je ne sais quoi de bovin, je leur trouve je ne sais quoi de sournois, soudain. De sournois et d’anxieux à la fois… Je suis fou.
Elle se contorsionne pour dégager ses épaules nues des sangles de son sac à dos ; fait glisser le sac sous son siège pour le lui passer subrepticement… Étrange manège. Comme si le sac contenait des explosifs, me dis-je. Je suis fou. Lui l’ouvre à l’aveuglette, sous la table, en tire une liasse de tracts ; une autre, qu’il lui tend ; tous deux se lèvent et les lancent à la volée et s’éloignent en courant. C’était donc ça : je ne suis pas fou.
Le vigile les a regardés agir sans intervenir ni s’émouvoir. En habitué du fait. Une fille des cuisines viendra balayer, ensuite.
Le tract est rédigé en espagnol au recto, en anglais au verso : “Ban bullfights !”
Un appel pour l’interdiction totale et définitive de la corrida en Europe. Que l’Espagne et la France soient mises au ban des nations ! Que Bruxelles condamne sans délai… Que cessent… Etc.
Suit une démonstration du postulat de la princesse Stéphanie de Monaco : que les taureaux sont des humains comme nous.
Le texte en castillan a été composé au moyen d’un clavier Qwerty, sans accents, ni tildes, ni points d’exclamation initiaux renversés. Bizarre effet. De la dernière grossièreté. Et qui ne suscite alentour qu’une orgueilleuse indifférence, apparemment.
“Qui veut faire l’ange fait la bête.” Pascal
***
@Antennerelais : désolé.
@David : désolé aussi.
@Nicolas: tu as peut-être la bonne réponse (j’aime pas et j’m'en fous)
Juan,
Non. La bonne réponse est dans mon blog. Nous avons ici deux gugusses qui défendent la corrida avec des arguments d’un autre siècle, grotesques ! La corrida au nom de l’art !
Je te le disais à l’instant : on trouve toujours des pantins pour défendre l’excision…
Un de ces jours on va se faire traiter de gros beaufs car on ne trouve pas sain que des types aiment ce loisir qui consiste à regarder une andouille massacrer une bestiole.
Le seul argument qu’ils ont : nous sommes des gros beaufs incultes.
Et ils continuent à jouir devant un taureau qui se fait tuer. Il faut casser tous ces arguments, la mort au nom de l’art que ne connaissent pas les détracteurs qui sont donc inviter à fermer leur gueule.
Ils sont grotesques et leur seul argument est le fait que nous ne connaissons pas cet art sublime qui consiste à se déguiser en moule bite et tuer un taureau.
Ils sont grotesques. Ne baissons pas les bras.
Et pourtant, je me répète, je m’en fous. C’est juste que je conchie te tels beaufs qui nous traitent ainsi au nom de leur connaissance de l’art.
Pouf.
Ce billet m’avait échappé. Nicolas me le signale chez lui, dans une réponse à un commentaire maladroit de ma part, aussi hâtif qu’expéditif… J’ai vu une mise à mort dans ma jeunesse, j’en suis resté définitivement horrifié et hostile aussi bien à ce genre de spectacle qu’aux personnes qui l’aiment. La défense de la tradition prête à rire (jaune): combien de traditions ont été abandonnées depuis l’âge des cavernes, depuis les jeux du cirques?
@ Juan
de rien après tout c’était l’occasion de mettre en ligne un extrait marrant d’un bouquin et d’un écrivain qui méritent d’être lus…
PS. Tu pourrais peut-être quand même étudier la création d’un “WC de Sarkofrance”, pour les jours de fatigue ?
@ Nicolas
Tu déraisonnes complètement, en fait c’est plutôt du délire. D’où cette idée du “WC de Sarkofrance”, qui est peut-être à creuser… Ce serait en tous cas le lieu parfait pour un “débat sur la corrida” (régulièrement stupide et inutile, puisque la horde des “anti-corrida” affichés ne connaissent pas ce dont ils causent – d’où des délires dans tous les sens : dont ton com est un bon exemple…). Je ne comprends pas que des gens puissent ne pas prendre une attitude disons circonspecte, à propos de quelque chose qu’ils ne connaissent pas, au lieu de s’élancer dans des propos exaltés (mais véritablement à côté de la plaque, que c’en est une souffrance quelque part de voir ça) – et sans même le moindre mouvement pour éventuellement essayer d’aller voir ou essayer de comprendre qu’est-ce que c’est que cette corrida, comment ça marche, comment se fait-il que certains puissent apprécier etc.. Véritablement ça me dépasse.
Vous dites “J’applaudis, des deux mains” : heureusement.
Avez-vous déjà essayé d’applaudir d’une main ? Ça fait beaucoup de vent pour pas grand chose.
Antennerelais,
Tu es en train de m’expliquer que comme je ne connais pas l’excision, je ne devrais pas être contre.
Voila le niveau intellectuel de ton argument et plus je vois ça, plus je constate que la corrida est un loisir de beaufs.
L’homme occidental devra-t-il abjurer jusqu’à la dernière parcelle de ce qui est constitutif de sa culture, jusqu’au dernier symbole de l’expression de ses valeurs masculines ? Si n’apprécie pourtant pas la corrida, son symbolisme n’en est pas moins évident : parce que le taureau représente la force brute, primitive, la corrida symbolise le combat de l’homme avec sa nature. Elle fait partie des rituels dont la portée inconsciente est civilisatrice : il est l’exutoire des pulsions archaïques, permettant aux hommes de passer symboliquement à l’acte, et donc de n’avoir pas besoin de le faire réellement individuellement. En clair, une thérapie de masse.
En assistant à la mort réelle d’un taureau, les spectateurs réalisent leur désir inavoué de tuer leur bête intérieure. La substitution de la bête sacrifiée au sacrifice intérieur donne l’illusion d’une victoire personnelle. Il faut qu’une victime innocente meure pour que par la médiation du rituel, la violence de l’homme trouve un exutoire.
Bien évidemment, la corrida ne fait sens que dans les sociétés où elle est un une tradition historique et régulière : il n’est pas dans mon propos d’introduire ou généraliser un rituel là où il n’existe pas.
Parce que nos sociétés prohibent toute expression de violence rituelique, parce qu’elles refusent jusqu’à nommer les maux par leur nom, nos contemporains oscillent entre dépression et violence. Encore une fois, je n’ai pas d’attirance fût-ce esthétique pour une corrida, mais voilà pourtant ce qui s’y joue.
Parce que toute expression de violence institutionnelle [donc symbolique] est prohibée, parce que toute souffrance doit avoir un responsable [le diable existe, je l'ai vu, il n'est donc pas en moi], l’homme contemporain se voit dans l’impossibilité de transcender ses pulsions primitives. La castration des pulsions mâles conduit en réalité à deux états : la dépression d’une part, mais aussi l’expression de plus en plus fréquente d’actes individuels violents. Ce n’est pas parce nos contemporains ont oublié ou ne comprennent pas jusqu’au symbolisme de la Croix qu’ils peuvent légitimement requérir sa disparition.
Ne voyez vous pas de proche en proche où ces interdictions nous mènent ? A la négation de l’altérité, à l’uniformisation. Bientôt, le législateur européen des mœurs stigmatisera le nutella parce que trop sucré et trop gras…. Enfin, d’un point de vue purement quantitatif, qu’est-ce que quelques dizaines de taureaux sacrifiés dans un but civilisateur par rapport aux millions d’animaux d’élevage qui vivent et meurent dans des conditions apocalyptiques pour rendre les masses obèses ?
@ Nicolas
Bien sûr que si, tu connais l’excision, comme tout un chacun : il suffit de 2 lignes pour expliquer et comprendre de quoi il s’agit.
Il n’en va pas de même avec la corrida : pour éclairer ta lanterne – c’est à dire comprendre un minimum comment fonctionne la corrida (qui est plus codifiée que la messe en latin), de quoi il s’agit là-dedans -, tu peux éventuellement lire les commentaires de “J. J.” là (ce brave pélerin a apparemment décidé de faire oeuvre pédagogique) :
http://www.marianne2.fr/Petite-lecon-de-corrida_a195822.html?com#last_comment
en particulier les coms :
9.Posté par J. J. le 01/08/2010 15:25
17.Posté par J. J. le 01/08/2010 16:04
57.Posté par J. J. le 01/08/2010 18:56
63.Posté par J. J. le 01/08/2010 19:38
(je précise les dates et heures car la numérotation est fluctuante)
Et ce dernier com, qui renvoie à ce présent fil en un saisissant raccourci :
74.Posté par J. J. le 01/08/2010 20:35
@ bozzonne jean-pierre
)