François Hollande a donc gagné. Il devra donc rassembler, encore davantage. Un million et quelques de suffrages pour cette primaire, c’est toujours mieux que les dizaines de milliers de fans sarkozystes qui votèrent pour leur futur Monarque en janvier 2007.
Mais bon, pour celles et ceux qui pensent qu’Hollande n’est pas assez à gauche, réfléchissez à la tactique. Chez les Trotskystes, on appelait cela de l’entrisme. Entrer pour orienter, plutôt que rester sur côté de la route et regarder passer les cortèges.
Fixez vous donc un objectif, par exemple celui de déplacer le curseur politique du gouvernement de la France plus à gauche et davantage écologiste qu’il ne le sera si Hollande ou Aubry sont élus en mai prochain.
Observez ce qu’il s’est passé depuis une trentaine d’années. Malgré un gouvernement de gauche plurielle très honorable entre 1997-2002, nous vivons depuis 10 ans sous la férule de gouvernements réactionnaires. On peut réécrire l’histoire, considérer que le gouvernement Jospin nétait pas assez à gauche, ni assez écolo (c’est vrai). Il n’empêche. On a tout perdu depuis 2002, sauf une cascade d’élections intermédiaires qui nous ont fabriqué des légions de notables provinciaux.
Il y a donc deux positions possibles.
On peut contenir de soutenir que la gauche doit être la gauche, qu’il faut rester ferme dans ses convictions, flinguer tout compromis, dénoncer les “sociaux-traîtres” qui voudraient élargir la coalition. On peut ainsi vouloir rester pur, mais seul, seul et pur, droit dans ses bottes mais seul dans son salon. On peut se donner bonne conscience d’avoir toujours voté par conviction.
Ce n’est pas ma position.
Je n’aime pas vivre le pire en espérant un improbable meilleur.
Aux Etats-Unis, la “gauche” américaine a perdu toutes les élections à chaque fois qu’elle se radicalisait. En France, la dispersion nous a valu un 21 avril 2002, et un échec à 47% en 2007. L’opposition n’adapte jamais sa stratégie électorale au mode de scrutin, et c’est bien crétin: l’élection présidentielle n’est pas une compétition d’équipes mais une lutte d’égo. Rien ne sert de s’y écharper.Si le premier tour des primaires socialistes avait qualifié deux programmes bien différents, la joute aurait valu la chandelle. Mais il n’y a que l’UMP de Copé pour considérer que Aubry ou Hollande sont otages d’une minorité bolchevik.
Dans un monde idéal j’aimerai un premier tour présidentiel concentré sur un candidat fort de l’opposition, un score à 40% dès le premier dimanche, pour l’emporter à 60% au second.
Imaginons François Hollande, ainsi élu avec une plus que confortable majorité. Le curseur politique aurait été déplacé, de la droite vers la gauche. Une gauche du centre, certes, mais plus à gauche que ce que nous avons vécu depuis des lustres. Ensuite, élections après élections, manif après manif, on aurait fait pression. Dès le lendemain de sa victoire, il aurait fallu rejoindre le Front de gauche, à fusionner avec les Verts, pour créer un pôle de vigilance et de pression à gauche.
Dans l’autre partie de l’électorat, on serait soudé autour de ce gouvernement. On aurait occupé le centre. Empêcher le centre de se coaguler avec la droite, c’est séparer les Modemistes de la Droite Populaire. C’est indispensable.
Pour ce prochain scrutin, Il n’y a pas de rassemblement, il n’y a que des preuves de rassemblement.
Est-ce un rêve ?

