Dimanche dernier, le président du Conseil National de Transition libyen a proclamé la libération du pays… et l’instauration immédiate de la charia. Il aussi promis l’organisation d’élections dans les 8 mois.
Dimanche dernier, les Tunisiens votaient réellement démocratiquement pour la première fois de leur vie pour nombre d’entre eux. Deux jours après, le parti Ennahda, qualifié d’islamiste modéré, était donné gagnant.
En Egypte et au Maroc, on attend avec une relative fébrilité le résultat des prochaines élections. Frères Musulmans ici, islamistes là-bas, l’inquiétude est la même.
La charia serait-elle l’inévitable aboutissement du printemps arabe ?
Cette conclusion est bien injuste, et bien rapide.
Bien injuste, car le premier responsable de la victoire des islamistes en Tunisie est Ben Ali. A justifier des dictatures prétendument laïques, on a décrédibilisé nombre de causes légitimes comme la laïcité. Il ne faut pas regretter le printemps arabe au motif que le résultat des élections démocratiques qui suivent peuvent donner lieu à une victoire des partis islamistes. Les dictatures de toutes natures doivent craindre pour leur survie. Pendant des décennies, la France a offert à certaines d’entre elles les pires des excuses.
Bien rapide aussi, car il est trop tôt pour juger définitivement de la suite. En Libye, l’intervention occidentale (“nécessaire” avons-nous écrit sur ce blog) a permis de se débarrasser d’un dictateur fou. Mais l’attitude française a été brouillonne et obscène. On a légitimé et porté aux nues des personnes peu recommandables, sans rien exiger en contrepartie. Sarkozy voulait sa victoire en Irak sans le bourbier.
En Tunisie, Ennadha peut avoir le bénéfice du doute, et ne pas être caricaturé immédiatement comme une succursale des fondamentalistes iraniens. De surcroît, le parti sera contraint à la coalition.
Alors que faire ?
Rester vigilant, encore et toujours.
