Dans cette campagne, on entend de tout, vraiment de tout. Comme elle peine à s’ancrer sur les idées – l’un des principaux candidats, Sarkozy, n’en ayant pas – elle s’attarde sur le vide des images et des impressions. Ce n’est pas rien, mais c’est terrible. Voici quatre remarques, parmi d’autres, que j’ai entendu ces dernières heures sur François Hollande.
"Il n’est pas assez à gauche puisqu’il est allé à Londres rencontrer des banquiers." Cette maxime est aussi stupide que de douter de la gauchitude de Jean-Luc Mélenchon quand il sert la main de Serge Dassault.
"Hollande préfère un impôt moral mais inefficace". Cette caricature a été répétée jeudi soir par David Pujadas quand François Hollande détaillait sa proposition de taxer à 75% la part des revenus annuels au-delà d’un million d’euro. Le candidat socialiste expliquait tranquillement que cette mesure n’est pas là pour résoudre les déficits.
"Sur France 2, François Hollande se contente de défendre son programme". C’était le titre du Monde, hier. C’était presque factuel, et dommage en même temps. Le journaliste avait l’air de regretter la chose. Comme Pujadas en séance, qui s’agaça de n’avoir de formules choc de la part du candidat socialiste. Hollande décrivait des mesures et un raisonnement. Il fallait parfois disposer de plus de trois neurones actifs pour les comprendre.
"Hollande est mou". C’est l’argument le plus improbable, le plus infantile. Il est martelé. Si Pierre Mendès-France était encore parmi nous et candidat dans cette élection, il aurait déjà été découpé, haché, oublié, massacré. PMF avait le timbre de la voix un peu plat, il développait ses arguments à une époque pourtant marquée par les tribuns de toutes natures. De nos jours, alors que nous sommes abreuvés d’information, rares sont les commentateurs qui acceptent de prendre le temps de comprendre la complexité du monde et des arguments. Il leur faut des tribuns qui posent leurs couilles sur la table comme vestiges ou témoignages de leur force. C’est débile, stupide, infantile. Cela ne sert à rien, ne garantit rien, ne protège de rien.
Les 22 avril et 6 mai prochain, il n’est pas impossible de voter intelligent.
