Nous fûmes mitraillés, assommés, submergés de sondages qui, en cascade ou escadrille, nous assènent des "tendances-polaroïd" de l’état de l’opinion. Il faudrait regarder, pour chacun, la notice de bas de page en fin d’article. Et comprendre à combien se chiffre l’abstention, si l’électorat est volatile, si les décisions sont sûres. Il faudrait analyser les mouvements, les contradictions, etc.
Prenez les sondages pour ce qu’ils sont: la photographie grossière et floue des intentions de vote de ceux qui ont l’intention d’aller voter au moment où on leur dit d’aller voter.
Mais le jour venu, ce dimanche où il faudra se rendre dans l’isoloir, certains de ces "intentionnés" seront peut-être à la pêche, faute de motivation. D’autres, initialement peu motivés, se rendront dans les urnes. En approchant de l’isoloir, chacun sera peut-être sensible à la file d’attente, ou à l’absence de file d’attente. Dimanche, il fera peut-être trop ensoleillé pour qu’on ait envie de sacrifier un weekend de vacances pour une élection démotivée. Dimanche, il y aura beaucoup de procurations. Les mandataires suivront-ils l’avis des mandats ? A-t-on fait un sondage sur les votes par procuration ? Les sympathisants de gauche ont-ils davantage donné de procuration que ceux de droite ? Et les autres.
Les sondages, quand ils sont si massifs, si fréquents, sont d’abord un outil de démobilisation.
L’électorat, lui, reste volatile. Nos accroches partisanes se sont délités depuis 30 ans. Les journalistes politiques ont pris l’habitude de nous présenter l’offre politique comme on présenterait des lessives ou des shampoings. La frange des "non-engagés" est devenue majoritaire.
Donc pour ce dimanche 22 avril, rien n’est acquis, rien n’est gagné.
Rien.
