You are currently browsing the category archive for the 'Chroniques éco' category.
Quelques semaines avant l’élection présidentielle de 2007, un groupe anonyme de conseillers et hauts fonctionnaires proches des gouvernements socialistes précédents s’était exprimé en faveur d’un rapprochement assumé entre Ségolène Royal et François Bayrou. Deux ans plus tard, ils sont de retour. Entre-temps, les Gracques ont tenté d’exister, comme l’un de ces “think tank” qui pullulent parfois. Quelques colloques, quelques conférences, rien de concret. Sur le terrain de la réflexion politique en profondeur, la Fondation Terra Nova les a largement grillé.
Mais la tribune que les Gracques publient dans l’Express du 8 au 16 août est néanmoins plus qu’intéressante: “L’Emprunt pour rien” est un titre prometteur. Les Gracques démontent, comme d’autres avant eux, la tartufferie du “Grand Emprunt” voulue et annoncée par Nicolas Sarkozy le 23 juin dernier: l’Etat emprunte déjà 20 milliards d’euros par an, les Français sont déjà de larges prêteurs (via leurs contrats d’assurance vie notamment); la France affiche l’un des pires scores européens en matière d’endettement (8% du PIB) et de prélèvements obligatoires (45%).
Le plus interessant est ailleurs:
1. Les Gracques se désolidarisent de l’un de leurs maîtres à penser. Michel Rocard, vieux crouton socialiste, ancienne icone de la gauche moderne (votre serviteur fut rocardien), a été nommé par Sarko 1er pour animer les “débats” sur son “Grand Emprunt Russe”. Rocard appréciera d’être ainsi désavoué, ridiculisé, bafoué.
2. Les Gracques résument avec brio l’échec fiscal de la droite au pouvoir. On croyait l’inverse. On nous explique que la droite est devenue “moderne” et “réaliste”, face à une gauche “angélique” et “dépensière”. Je cite : “Qu’en est il des tombereaux d’argent public dépensés et empruntés depuis 3 décennies ? Des 15 milliards qui, chaque année, financent le paquet fiscal ? De ceux qui financeront la baisse de la TVA sur la restauration ?” La droite sarkozyenne est incompétente. Qu’on se le dise et se le répète.
3. Les Gracques proposent : il faudrait, selon eux, rendre cet emprunt obligatoire et progressif. Retenez le terme, chers sarkozystes travailleurs. P-R-O-G-R-E-S-S-I-F. Plus tu es riche, plus tu dois emprunter. Voici une belle proposition. Le système fiscal français est devenu, depuis des décennies, injuste. La progressivité de l’impôt, joli principe, ne concerne que l’impôt sur le revenu, à peine de quoi rembourser les intérêts annuels de la dette publique. Ce “Grand Emprunt” est comme un nouvel impôt. Autant qu’il soit progressif et obligatoire.
Mardi, les eurodéputés Verts français Alain Lipietz et Hélène Flautre se sont indignés contre l’échec des négociations entre le Conseil européen et le Parlement sur l’adoption de la Directive “TEMPS DE TRAVAIL“.
A tous ceux qui désignent le Parlement comme un bouc-émissaire facile des difficultés nationales, que l’affaire serve de leçon: ce sont les Etats qui bloquent à Bruxelles les lois sociales.
La majorité parlementaire défendait un plafond de 48 heures hebdomadaires. Le Conseil de l’Union, qui représente les gouvernements de l’UE a refusé d’abandonner “l’opt out”, qui permet dans certains de déroger à ce plafond. Les parlementaires avaient tout tenté, comme par exemple de calculer les 48 hebdomadaires en moyenne sur 12 mois. Qu’importe ! Les gouvernements des Etats sont restés inflexibles. Beurk !
L’été dernier, l’Espagne, la Belgique, la Grèce, la Hongrie et Chypre s’étaient rangées aux côtés du Parlement. La France de Nicolas Sarkozy était restée timide, acceptant de conserver à un plafond à 60 ou 65 heures. En décembre dernier, les parlementaires avaient rejeté ce dernier “compromis”, revenant à 48 heures. L’Europe sociale se fera-t-elle contre les Etats ?
Il est parfois intéressant d’analyser les positions des uns et des autres sur le plan de relance de l’économie avec le prisme des classes sociales.
1. Priorité à la consommation ?
L’opposition de gauche privilégie souvent la relance par la consommation. Le Parti Socialiste tente un équilibre entre consommation et investissement, l’extrême gauche est par définition plus radicale. Sous ce terme pseudo-technique se cache la volonté de défendre les classes modestes. En termes concrets, la relance par la consommation signifie augmentation des minima sociaux ou baisse des impôts directs. a noter qu’aux Etats Unis, Barack Obama a proposé des réductions d’impôts sur le revenu pour 95% des ménages. En France, la proportion de foyers exonérés d’impôt sur le revenu est de 50%, ce qui n’est pas le cas outre-atlantique.
2. Priorité à l’investissement ?
Le patronat répond souvent qu’il faut au contraire soutenir l’offre, c’est-à-dire alléger la pression fiscale des entreprises (impôt sur le bénéfice, taxe professionnelle) et accroître la flexibilité du travail,? c’est notamment le discours tenu par le secteur automobile mardi dernier. Le patronat voit aussi les subventions diverses et variées qu’il reçoit comme l’allégement nécessaire (et ciblé) des contraintes que lui impose le modèle français. A qui profite (principalement) le crime ? Les grandes entreprises.
Le débat est malheureusement vicié. La gauche tente de retenir des arguments économico-technique, théories ou expériences à l’appui, et évite d’axer son combat sur la lutte contre la précarité. Ce faisant, elle se place sur un terrain de droite. La crise accroît la précarité de chacun. Pourquoi ne pas assumer qu’il faut la juguler ?
La droite s’abtrite elle par d’autres théories, les expériences de relance par la demande n’ayant jamais fonctionné (1974-75; 1981-82). Pourtant, in fine, le combat est une lutte de classes. Ces dernières ne sont plus depuis longtemps celle du portofolio marxiste du début du siècle. Les précaires sont multiples et protéiformes.
La crise devrait être également une occasion de valoriser les atouts du système français. Que 50% des revenus des adultes (retraités, fonctionnaires) soient davantage protégés que chez nos voisins est un formidable parachute social et économique pour les entreprises françaises.






Commentaires récents