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Mercredi, Olii Rehn, le Commissaire européen chargé de l’élargissement, a rendu son rapport le 14 octobre dernier sur les avancées démocratiques de la Turquie, préalable à son entrée éventuelle dans l’Union Européenne. Autant vous prévenir, je suis, sur le fonds, pour l’élargissement de l’Europe à la Turquie. Mais il paraît évident que ce n’est pas pour demain.

La Turquie n’est pas prête. Olli Rehn est sévère: “des préoccupations demeurent dans un certain nombre de domaines comme la liberté d’expression, la liberté de la presse, la liberté de religion, les droits syndicaux, le contrôle civil sur l’armée, les droits des femmes et l’égalité des sexes.” Fichtre ! Mais que reste-il ? La Turquie a fait des progrès: une chaîne de télévision kurde, des lois interdisant la torture ou les poursuites contre les journalistes. Mais visiblement, il y a encore du chemin à parcourir.

Les débats s’échauffent sur de mauvaises querelles. On se trompe de combat. L’intégration turque fait débat sur des mauvais sujets. De Sarko à de Villiers, on  crie contre la Turquie au nom de la culture, la géographie et la religion. Les 3 obstacles avancés ne sont pas les bons, et emprunts de xénophobie ou d’ignorance de l’histoire européenne. Le premier véritable obstacle à l’intégration turque dans l’UE est le non-respect des libertés démocratiques. C’est une évidence. Le second pourrait être la dillution de l’organisation politique européenne. Que les Etats-Unis aient été de tous temps faborables à cette intégration n’est pas anodin. Le troisième obstacle pourrait être le dumping social. Mais la menace de délocalisation d’usines vers la Turquie a-t-elle besoin de l’adhésion turque pour être réelle ? Non.

arton967L’Etat sarkozyen le premier s’appliquera à lever les barrières économiques entre la Turquie et la France.

J’ai entendu ici ou là que certains propos blogosphériques étaient trop radicaux, trop violents, trop faciles. Fustiger l’adversaire politique comme un ennemi, dénoncer ceux qui succombent aux sirènes de l’ouverture comme des collabos seraient trop dur, et historiquement douteux.

Pourtant, comment répliquer, répondre, réfuter les arguments d’un Monarque qui cherche davantage à cliver qu’à rassembler ? Nicolas Sarkozy s’est fait élire sur la “rupture” avec le passé, et son cortège de nouveaux bouc-émissaires désignés chaque mois à la vindicte populaire et médiatique.

C’est son droit. Ce fut même son succès.

Qu’on nous laisse répondre avec les armes du moment. Nicolas Sarkozy est un bouc-émissaire en puissance. Ses propos contre les jeunes, les fraudeurs, les patrons, les banquiers, les cheminots, les enseignants, les grévistes, les sans-papiers, les chercheurs, les socialistes, les centristes, l’extrême gauche, les fous, les manifestants, les fonctionnaires, etc, ont été autant d’attaques violentes et sans concession qui justifient la force de nos réponses.

Nous sommes dans un combat, politique certes, mais dans lequel l’ennemi ne s’interdit aucun coup bas, aucun Coupat. Nicolas Sarkozy ne cherche pas à concerter, débattre, amender, discuter. Pourquoi lui faire la faveur d’une ouverture qu’il ne mérite pas ?

La radicalité des propos ne signifie pas l’absence de dialogue et d’ouverture. Paradoxalement, Nicolas Sarkozy a réussi à mobiliser contre lui, à défaut de fédérer,  environ 75% de l’opinion. Profitons-en pour discuter de notre France d’après. Les récents échanges entre des blogueurs à gauche et la présidente d’Alternative Libérale, retranscrits dans l’édition du 29 mai de l’hebdo VENDREDI sont de ce point de vue instructifs et constructifs.

La ligne de partage entre ennemi et adversaire est de plus en plus claire à dessiner. Il y a le camp du Fouquet’s d’un côté, et tous les autres de l’autre. On peut caricaturer le débat politique en une opposition entre bourgeoisie et prolétariat, entre actionnaires et salariés. La droite du Fouquet’s ne défend que l’intérêt de ses membres, pris nominativement, et la consolidation d’une monocratie complaisante.

Adversaire ou ennemi ?

Barack Obama et Nicolas Sarkozy se sont opposés dimanche à Prgaue sur le sujet de l’adhésion de la Turquie en Europe. Personnellement, l’intégration de la Turquie serait l’une des plus belles nouvelles de ce siècle vieillissant.

1. Les délimitations géographiques d’une union politique n’ont aucune pertinence. La Russie a longtemps été partie prenante d’alliances européennes sans que l’on lui nie une accroche européenne forte…

2. La Turquie est un pays musulman. Et alors ? Pour un Français laïc, la question est hors propos. Au contraire, mieux vaut le rapprochement des cultures.

3. La Turquie ne ferait pas partie de la culture judeo-chrétienne européenne. Et alors ? Avec cet argument, on devrait faire adhérer les Etats-Unis à l’Union Européenne…

4. La Turquie ne respecte pas les droits de l’Homme. C’est sans doute le seul point qui vaille. J’aimerai aussi qu’on ferme nos centres de rétentions pour immigrés en France.

Imaginer que l’Europe puisse devenir une forteresse chrétienne et capitaliste n’est pas chose aisée. Vivement que les Turcs nous rejoignent.

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