Blog politique : anonyme donc libre


Je profite d’une série d’articles posant la question de l’anonymat du blogueur pour rebondir. Sylvain Lapoix a exposé l’impossible « degooglisation » de nos traces sur Internet. Aliocha a ouvert le débat du moment, en évoquant ses raisons d’anonymat, pour répondre à Philippe Bilger qui se déclarait troublé par les billets anonymes de certains magistrat et avocat. Comme Autheuil, et quelques autres, je soutiens largement la démarche anonyme dans la blogosphère politique. Elle frustre peut-être le journaliste (« mais qui êtes-vous donc, Juan ? »).

Voici 4 conseils d’anonymats, souvent « évidents » mais que je ne suis pas toujours. A vous de juger.

1. Eviter de se montrer …

J’ai commis l’erreur, passé les 6 premiers mois depuis la création de Sarkofrance, de « sortir du bois« . L’anonymat est une précaution professionnelle. L’excellent Narvic la justifie plutôt par un besoin d’expérimentation. La rencontre de confrères, à la République des Blogs ou au Café des Blogs, fut un vrai plaisir mais un vrai risque. Ma dernière République des Blogs, qui fêtait ses 2 ans, était carrément un show médiatique, avec photographes et émission de radio en prime. Une vraie gageure. Participer à d’autres manifestations est également difficile, mais tentant.

2. Eviter de se dévoiler…

Le blog personnel est souvent un exercice narcissique ou de type confessionnal. Lever le voile un peu plus chaque jour permet de créer des liens, d’engager sa sincérité. Certain(e)s blogueurs et blogueuses m’ont dit préférer LES COULISSES, exercice plus personnel, au blog principal Sarkofrance, plus impersonnel.

3. Eviter d’avouer…

Suivant votre métier, avouer à ses proches ou collègues que vous bloguer est un exercice périlleux. La famille Sarkofrance est devenue un exercice quasi-familial. Ce qui n’est pas sans danger. Ma fille de 10 ans enrage de ne pouvoir avouer à ses copines l’existence des PTITES RACAILLES. Je la soupçonne d’être passée outre mes conseils de précaution. Mais ne pas avouer cette pratique (souvent nocturne) peut vous mettre en porte-à-faux. Pour ma part, je me suis fixé comme règle de ne jamais parler de sujets trop proches de celles de mes proches (famille, collègues, etc), ni d’utiliser la confidence d’un jour pour publier des scoops. J’attends éventuellement que le sujet perce pour approfondir. D’autres comme LE CHAFOUIN ne se cachent pas à leurs proches. Question de dosage.

Rassurez-vous, je ne travaille pas à l’Elysée ni au Figaro.

4. Eviter de franchir la ligne jaune…

Il m’est arrivé une fois de recevoir la protestation officielle d’un avocat. Le lecteur fidèle s’en souviendra. Le blog anonyme suppose de ne jamais franchir la ligne jaune, même si la tentation est grande; censurer les commentaires odieux est aussi un impératif, car le blogueur est responsable de ces publications.

Finalement, en me relisant, je me rends compte que je respecte assez peu ses conseils…

Sur Internet, il ne faut pas exister pour survivre.

« Je blogue, donc je ne suis pas. »

11 réflexions sur « Blog politique : anonyme donc libre »

  1. Je « cache » mon blogage à mes collègues car il « m’arrive » de bloguer pendant les heures de travail et à google au cas où je doive changer de boulot, pour le reste, je m’en fous un peu : tous mes proches savent que je blogue (il m’arrive d’imprimer les billets pour le Vieux Jacques quand je me fous de sa gueule car je ne veux pas le faire dans son dos !).

    Il ne faut pas être parano : l’audience des blogs est dérisoire. Sur PMA, et depuis que je suis premier au classement W, je fais 4 ou 500 visites par jour. La probabilité pour être reconnu est nulle !

  2. @mrs clooney: thanks (du coup, j’ai rajoutée ta référence).
    @Nicolas J : je conserve une simple parano professionnelle, vu les expériences de Wildo et Dagrouik. Mais tu as raison sur le fonds.

  3. Bonjour,
    à la lecture de votre très chouette article, je pense que ma petite mésaventure (qui commence à faire grand bruit à Orléans) ne vous laissera pas totalement indifférent…

    c’est à lire là :
    http://www.lesamisdefansolo.com/2008/10/laffaire-dorlan.html

    Mais aussi là :
    http://antoinebardet.rsfblog.org

    Et la saga est à suive notamment ici : http://www.monorleans.com
    ou là : http://fansolo.info

    Est-ce trop tard pour vous proposer de passer à notre rendez-vous « web citoyen » demain après midi à Orléans ?

    Cordialement,

    Antoine Bardet dit Fansolo

  4. Hello Juan. 100% d’accord avec toi. Et il y a une autre raison : garder sa rigueur intellectuelle. A force de vouloir complaire aux RDH de tous poils et « avoir l’air sérieux », la gauche ne sait plus où elle habite. Il vaut mieux écrire ce que l’on pense qu’écrire ce qui nous sert.

    Alors, continue !

  5. Je suis tellement saturée de sarko que je ne parviens plus à lire sarkofrance comme avant. Je sais pas comment vous faites pour tenir ce blog aussi brillamment avec des articles aussi complets. Ca reste un mystère pour moi. Alors du coup, depuis qq temps, j’ai aussi une préférence pour les coulisses.
    En tous les cas, vous faites un gros travail sur sarkofrance. Toutes mes féloches ! 🙂

  6. Hello

    Je suis le plus anonyme possible sur internet, aussi. Parce que j’ai des élèves qui me « googlelisent » sans doute pour voir, de temps en temps…Et parce que j’ai déjà eu le malheur de me faire repérer par un chef, il y a quelques années…Et que pour l’instant, l’éducation nationale n’est pas encore prête à avoir des fonctionnaires blogueurs…

    Pour vivre heureux…
    😉
    CC

  7. Ca te donnera le plaisir d’outer ton nom, le jour où l’autre ne sera plus sur le trône!

    Sinon, la question de l’anonymat n’est pas si importante que ça. Ce qui compte, c’est ce qu’on écrit. Qu’importe, pour un gars qui ne m’a jamais vu de savoir que je m’appelle Eric Mainville ou Boris Stephanski (le pseudo de mon premier blog)?

    Bien sûr, il y a le problème des employeurs qui découvrent ce qu’on a publié. Mais je connais autant de témoignages de gens qui disent que le blog les a aidés dans leur recherche d’emploi que de gens qui disent que ça les a pénalisés.

    Bref, nous apprécions tous ton goût du secret. Il renforce l’intérêt de ton blog.

    (Note: Narvic a dévoilé son nom sur un site professionnel).

  8. C’est vrai que l’aspect narcissique du blog est ce qui rend l’anonymat plus difficile : il y a la tentation permanente d’en dire trop. Avec le temps, on développe le réflexe de se taire au bon moment, de laisser faire ou laisser parler les autres.

    Quant à ceux qui sont « troublés » par les blogueurs anonymes… tant pis pour eux. A vrai dire, mon vrai nom aurait encore moins de signification que mon pseudo. Les journalistes ont tendance à parler et à penser en termes de « faits », comme s’il s’agissait sans cesse de témoignages et de crédibilité. Si un blogueur anonyme n’est pas intéressant, n’est pas pertinent, il faut lire un autre blog tout simplement. Ce n’est pas la peine d’aller au domicile du blogueur pour se plaindre.

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