Plan de relance socialiste : encore un effort, Martine !


Voici un joli document de 46 pages, illustrées de quelques graphiques (5). Le titre de ce « contre-plan de relance » du Parti Socialiste est prometteur « Agir vraiment contre la crise. »

Ce plan répond aux insuffisances du plan Sarkozy.

La tâche n’était pas si difficile que cela: le plan Sarkozy est minimaliste dans son impact immédiat, puisqu’il repose principalement sur des grands travaux déjà prévus, un vrai avantage de trésorerie provisoirement accordé aux entreprises et environ 5 milliards saupoudrés pour la consommation des ménages.  Le Parti Socialiste double la note. Bien vu ! En ciblant de vraies mesures pour les plus fragiles, le PS s’affiche avec des mesures de gauche.

Mais ce plan tape quand même à côté.

Pourrait-on suggérer aux socialistes que le seul enjeu qui vaille pour nos concitoyens aujourd’hui est leur précarité ? Tous les sondages montrent depuis août dernier que les Français flippent pour leur emploi, et que le pouvoir d’achat n’est plus leur première préoccupation. Les termes « précaires », « précarité » ou « précariser » n’apparaissent que … 8 fois en 46 pages !
Les filets sociaux ont été affaiblis des années, dégradés par Sarkozy depuis 18 mois. La précarité est un concept simple à comprendre, que le Parti Socialiste valorise peu dans son plan de relance. Lutter contre la précarité est un combat qui fédère tout le monde : chômeurs, retraités, actifs, employés, entrepreneurs, et même les fonctionnaires souvent confrontés, de l’école à l’hôpital et aux commissariats à ses manifestations les plus violentes.
Le document contient bien un chapitre sur « la lutte contre l’emploi précaire. » D’autres mesures participent aussi de la lutte contre la précarité, comme l’interdiction des licenciements boursiers, le renforcement des durées et des niveaux d’indemnisation du chômage partiel, l’abrogation de la circulaire de juillet 2008 sur les carrières longues (« qui a allongé de plusieurs mois la durée d’activité nécessaire pour partir en retraite à taux plein avant 60 ans« ). Mais pourquoi n’est-ce pas la colone vertébrale du contre-plan socialiste ? Pourquoi une telle myopie ?

Le second handicap du plan socialiste est qu’il n’abroge pas clairement le paquet fiscal. Dans sa communication, le parti socialiste dit le contraire. Mais le paquet fiscal de l’été 2007 est un ensemble composite de mesures. Il rappelle avec justesse le « fiasco de la défiscalisation des heures supplémentaires« , une mesure anachronique qui a planté l’intérim et les CDD dès le début de l’année 2008. Bizarrement, le plan ne dit pas explicitement qu’il annulera cette mesure. Il en propose d’autres (un oubli ? Faut-il lire entre les lignes d’un texte souvent précis ?). Autres mesures non abrogées explicitement dans le document, le bouclier fiscal et les exonérations de droits de succession (qui ne profitent qu’aux plus riches).

Troisième critique, les socialistes ne nous ont pas épargné quelques slogans démagogiques, comme « davantage imposer les stock-options » : le problème des stock-options n’est pas leur imposition (41% !) mais le non-encadrement de leur distribution (que le plan mentionne par ailleurs).
Ou le soutien à la « voiture verte« . D’un point de vue environnemental, je préfèrerai que Renault et PSA construisent des bus que des voitures individuelles ! Pire, le document rappelle (page 35) que l’inconvénient de la prime à la casse est qu’elle favorise notamment les « petits gabarits ». Les socialistes préfèrent-ils la construction de grosses berlines ?
Ou encore « la suppression de l’ensemble des indemnités de départ et des bonus des dirigeants ayant conduit leurs entreprises dans l’impasse. » Un pur slogan sarkozyste ! Qui qualifie les responsabilités ? L’idée est séduisante, mais le vrai problème est ailleurs, dans l’inégalité des salaires. C’est la disproportion du parachutes des uns vis-à-vis de la précarité des autres qui est en cause. pas l’existence même de parachutes ou d’indemnité de départ.
Les socialistes se permettent même de suggérer que « le coût de la crise devra être mis en partie à la charge des secteurs qui en ont été à l’origine, à savoir le secteur financier et bancaire, dès lors que la situation sera stabilisée à moyen terme.. » Belle idée ! On commence par quoi ? Plomber le secteur bancaire une année de plus ?

Quatrième critique, l’Europe. Deux pages à peine, sur 46, pour lui faire un sort. Et pas un mot sur l’Europe politique. La relance européenne n’a pas existé autrement que par des plans disparates car nationaux. Et pour cause ! L’Europe politique est (provisoirement ?) morte un certain jour de juin 2005.

Au total, ce plan est prometteur et décevant.

Soyons solidaires, mais l’espace est grand, à gauche, pour proposer mieux.

3 réflexions sur « Plan de relance socialiste : encore un effort, Martine ! »

  1. Tout compris. On est plus dans une logique du « plus » mais bien du « mieux ». Alors les socialistes ? Pour quand le changement de paradigme ?

  2. Il semble que les socialistes ne veuillent plus changer la vie mais se contentent d’accompagner la misère !
    Il y a du bon dans ce plan notamment dans le rééquilibrage offre/demande qu’a oublié Sarkozy mais il y a surtout une simple volonté d’accompagner encore un système corrompu qui nous a mené ici…
    Manque de vision !!!
    :-))

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