Je ne veux pas être un pirate


L’examen de la loi Création et Internet démarre aujourd’hui, vers 17 heures à l’Assemblée Nationale. Le réseau des pirates s’enorgueillit d’avoir récolté quelques 8 000 signatures. La quasi-totalité de mes estimés confrères blogueurs ont déclaré leur foi anti-Hadopi. Mon (second) hebdomadaire préféré (*) a pris parti contre Hadopi.

Lors de la dernière République des Blogs, mon ami Dagrouik m’a dit qu’il comprenait qu’un film, même petit, était cher à produire. On peut refuser les règles marchandes, qu’une oeuvre soit

On peut s’alarmer du caractère supposé liberticide d’Hadopi. Pourquoi alors tout mélanger ?

Hadopi est pour moi un code de la route. Il y a un moment où la règle s’impose. Certains divagueront sur  des considérations jurridiques  relatives au droit d’auteur. Mais quand j’entends des producteurs, des réalisateurs, des auteurs, des actrices et acteurs m’expliquer que le piratage de leur travail n’a aucune légitimité, j’écoute. Quand j’entends certains me dire qu’une place de cinéma, c’est trop cher (Merci Marianne :-(), je bondis: et alors ? ça justifie le vol ?

Quand j’entends que le peer-to-peer est nécessaire pour ces oeuvres rares qu’on ne trouve pas dans le commerce, je rigole. Hadopi vise le piratage des oeuvres récentes.

Amis anti-Hadopi, je vous propose la chose suivante : créons un vrai site de partage. Un site où celui qui prête n’a plus la jouissance de l’oeuvre prêtée pendant la durée du prêt. Un vrai retour aux sources (auquel je suis favorable). Une démarche véritablement généreuse.

(*) Le premier reste Marianne.

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13 réflexions sur « Je ne veux pas être un pirate »

  1. Moi je veux bien un code de la route mais fait par les internautes, les FAI, les artistes et les labels, une vraie concertation … or c’est toujours les mêmes qui décident pour les autres – en ayant en plus, par dessus le marché, aucune connaissance d’internet et de la réelle distribution des droits d’auteur. Sur un CD vendu 20e en dur à la Fnac l’artiste touche que qq centimes – il en touche encore moins quand c’est vendu en ligne – parfois même rien du tout si son contrat signé il y a 40 ans n’avait pas prévu ce support. Alors qu’on arrête de nous bassiner avec les droits d’auteur et le respect des artistes, c’est du pipeau … De la même façon un forfait de 5e par mois ira grossir les poches des producteurs et les dirigeants des plateformes bien avant l’ artiste.
    Sur internet nous servons à plusieurs choses : remplir l’espace et créer du contenu gratuitement, laisser le plus de traces possibles pour qu’on nous renifle et qu’on vende nos traces à des sociétés tierces et en plus de tout ce travail non rémunéré on doit payer double facture sur notre abonnement FAI (et oui on paie à chaque bout c’est double bonus, on est pas chez FT) et comme si ça suffisait pas il faut encore qu’on achète là ou on nous dira de le faire, et pas autrement et pas ailleurs … mais c’est dément tout ça !!!!
    Internet est devenu un gros minitel – et on se fait complètement rincer à tous les étages. Moi ce qui me scie c’est de constater a quel point on se laisse tondre depuis 20 ans …

  2. La culture a pour vocation à être gratuite.

    Notre monde évolue vers vers un univers où quelques créateurs millionnaires côtoient une majorité d’inconnus sans ressource mais pas sans talent. Le système « fabrique » des vedettes qui sont des produits marketing ciblés. Le talent n’a rien à voir dans l’affaire.

    Tant que les majors controleront la distribution et la promotion de ces artistes, il n’y a pas de raison que ça change. Je ne vois pas pourquoi un chanteur de variété devrait gagner plus qu’un pompier ou qu’un médecin de campagne. D’un point de vue moral, je trouve ça étrange.
    Bien entendu, le piratage ne nuit qu’a celui qui a deja fait de sa carrière un big business. Au contraire, l’artiste inconnu peut se faire une renommée grâce à l’échange de fichier et au buzz. (La chanson du dimanche est un exemple).
    La vrai vocation d’un artiste c’est de faire de la scène, et le « produit » dupliqué en grand nombre est un phénomène plutôt récent. Je ne te redonne pas la théorie de Paul Krugman, le prix nobel d’économie, qui se fonde sur l’experience des grateful dead pour démontrer cela (j’espère que tu as lu mon billet sur le sujet : http://rimbusblog.blogspot.com/2008/10/paul-krugman-est-un-grateful-dead.html)

    Ce fantasme de faire fortune est un vice de notre société. Le rêve de chaque artiste est-il de se payer des Rolex, des porsches et des kilos de coke, ou de partager son art avec le plus grand nombre ?
    Un blogueur qui investi son temps pour partager gratuitement ses pensées, ses créations, ne trouve-t-il pas sa justification dans cet échange ?

    Quand un artiste a du talent, il rassemble ses fans dans un super concert dont il touche une grande partie des bénéfices. De tout temps, c’est comme ça que les musiciens ont gagné de l’argent. Et ils gagnent alors bien leur vie. Comme ils ont diffusé largement leur art, il ont rassemblé une large communauté de fans prêts à payer pour aller au concert, à acheter des t-shirts ou autres produits dérivés.

    Quand l’artiste est un produit marketing, il ne tient pas le coup sur scène, et les majors préfèrent diffuser sa musique synthétique et artificielle en grand nombre, en vendant des disque sur lesquels l’artiste ne touche qu’une part infime, tout en contrôlant le merchandising à son désavantage.

    Quant à celui qui ne peut pas se payer une place de ciné ou un DVD, interdire le téléchargement ne va pas accroitre son pouvoir d’achat. S’il ne pouvait se l’acheter avant il ne pourra pas plus après. Le résultat est juste d’interdire un accès à la culture aux plus pauvres. Sur le plan moral, c’est très contestable.

    D’autre part, on peut tout aussi bien emprunter un disque (à un ami, à une médiathèque) et le convertir en mp3 en quelques minutes dans itune. C’est l’argument de Michael Moore, qui est pour le partage, car il estime qu’il gagne suffisament bien sa vie comme ça (ce n’est pas un sarkozyste obsédé par l’argent). J’ai aussi sa vidéo où il explique ça sur un de mes billets anti-hadopi.

    Donc il faut rejeter cette loi débile et donner leur chance à tous les artistes. Tant pis pour Dagrouik et Marianne.

  3. Rimbus a dit l’essentiel de ce que je pense. J’était tout à fait pour la licence globale, adoptée par les députés – tous partis confondus – dans une mémorable séance de nuit et rejetée ensuite par l’UMP. Si elle avait été adopté, nous n’en serions pas là aujourd’hui.

    Parce qu’il faut que les artistes soient rémunérés. Or, dans le prix d’un CD ou d’un DVD qui coûtent très peu cher à produire, la rémunération des artistes tient très peu de place. Ce sont les « major » qui s’en mettent plein les fouilles.

    Je ne pirate pas. D’abord par conviction citoyenne et ensuite, je n’ai pas le son sur mon ordinateur ! Et puis, je n’aurais pas le temps. Tous ceux qui pompent des masses de films ont-ils le temps de les visionner – n’ont-ils pas d’autre intérêt dans la vie ? – ou est-ce une une compulsion névrotique ?

    Je ne vais pas au cinéma, d’abord par manque d’argent (avec 900 € de pension, je préfère assurer toutes mes dépenses et avec le reste, j’achète plutôt un bon bouquin !) et par manque d’intérêt. Pourtant, quand j’étais jeune j’allais beaucoup au cinéma voir les nouveaux films et dans les salles d’art et essai (il y en avait encore au moins 2 à cette époque à Orléans) et les tarifs étaient nettement plus bas qu’aujourd’hui.

    Les salaires de certains artistes – comme de certains sportifs ou pipoles de tout poil sont, de même que ceux des banquiers, traders et grands patrons des multinationales, autant d’insultes tant jetées à la face du vulgum pecus qu’à l’intelligence. Notre civilisation est en pleine décadence. en voie de pourrissement avancé.

  4. Oui mais par contre le tout gratuit est un leurre – tout autant que l’hadopisme la vérité et la sagesse se trouve à mi-chemin …
    Quand à décréter que l’artiste ne se réalise que sur scène c’est idiot – il y a plein de nouvelles formes de diffusion et de divulgation d’une oeuvre … Personnellement je déteste la scène type rock etc – les lieux sont moches – chers – j’aime pas la foule – c’est bruyant … Et puis c’est rempli de contradictions : les gens sont prêts à balancer 10e de boisson et 6 e pour un concert electro par exemple deux fois par semaine et n’achètent pas l’album MP3 à 7e sur le net … Il est là le problème. Si vous voulez vraiment aider les artistes sortez du trip consummiériste : achetez plutôt leurs CD ( en tout cas en indé ) au lieu de vous bourrer la gueule … my two cents

  5. Je l’attendais cette note 😉

    Sur le fond du sujet, tu connais mon avis.
    Mais une précision importante : le meilleur hebdo, c’est Le Canard, nan mais oh !

  6. A moitié d’accord avec Sarkofrance, sur ce coup là.

    Autant Hadopi est une loi merdique, et défendue avec des arguments d’une colossale mauvaise foi par les majors, autant ceux qui s’y opposent, pour une bonne part, le font avec… Ma foi, tout autant de mauvaise foi, et pour de bien mauvaises raisons.
    Bien souvent en fantasmant Internet comme le monde des bisounours – qu’il n’est pas du tout.
    Au hasard, je note dans le commentaire de Rimbus :

    Bien entendu, le piratage ne nuit qu’a celui qui a deja fait de sa carrière un big business. Au contraire, l’artiste inconnu peut se faire une renommée grâce à l’échange de fichier et au buzz. (La chanson du dimanche est un exemple).

    Ben non, c’est même pas loin d’être l’inverse. L’internet « libre et gratuit » en général – la partie piratage en particulier est, contrairement à l’espace de liberté qu’aiment à y voir les bisounours de gauche, avant tout un espace de « liberté pure et parfaite » comme dirait Madelin – à gauche, on dirait « ultralibéral ».

    Le corollaire étant que, comme dans tout environnement ultralibéral, on ne peut s’en sortir qu’avec de l’argent ou des relations. Aucun groupe anonyme ne perce sur Myspace, aucun artiste inconnu ne devient célèbre suite à un buzz spontané d’internautes anonymes touchés par son talent.

    Dans cet espace strictement non régulé qu’est le téléchargement, l’artiste anonyme est face à, d’un côté, les artistes célèbres et piratés, qui intéressent les gens, et de l’autre, des millions d’autres anonymes (qui se partagent, à eux tous, les 5% restants), sans le moindre filtre

  7. @ Florent : tu aurais pu choisir « au hasard » cet extrait :
    « Quand un artiste a du talent, il rassemble ses fans dans un super concert dont il touche une grande partie des bénéfices. De tout temps, c’est comme ça que les musiciens ont gagné de l’argent. Et ils gagnent alors bien leur vie. Comme ils ont diffusé largement leur art, il ont rassemblé une large communauté de fans prêts à payer pour aller au concert, à acheter des t-shirts ou autres produits dérivés. »
    Ou la référence aux grateful dead et a Paul Krugman.

    Pour la bonne bouche :

    Le bisounours de gauche te salue bien.

  8. « Aucun groupe anonyme ne perce sur Myspace, aucun artiste inconnu ne devient célèbre suite à un buzz spontané d’internautes anonymes touchés par son talent. »

    Si absolument – Fred Viola par exemple parmi tant d’autres … Il avait commencé sur EM411 puis ouvert une page myspace, la vidéo de son titre sad song avait fait exploser les serveurs – aujourd’hui il est signé et produit par un label indé Français …

    voilà et il n’est pas le seul …

    Si vous pouviez arrêter de dire des conneries sur ce ton péremptoire ce serait bien …

  9. @Rimbus :

    Qu’un artiste ait du talent ou non, pour qu’il « rassemble ses fans dans un super concert », il faut déjà qu’il soit programmé dans ce « super concert ».
    Qu’il ait les moyens de financer ce « super concert ».

    Maintenant, si tu sais comment un artiste, même incroyablempent talentueux, fait pour avoir les fonds et/ou les soutiens lui permettant de « faire un super concert », je suis preneur.
    J’ai des copains, « artistes émergents » qui, sans préjuger de leur talent, je ne serais pas objectif, sont assez reconnus dans le milieu pour faire plein de « super concerts » (Musilac, Francofolies, Printemps de Bourges…) et être programmés sur des réseaux radios nationaux, et qui sont très, très loin du SMIC, et qui seraient intéressés par le truc.

    Quand au Dead, comment dire, premier album, il y a 40 ans, certifié disque d’or, et produit par une Major – pas vraiment le cas du petit artiste émergent qui a percé grâce au buzz sur le net, donc. Même si, oui, pour un artiste installé, c’est un modèle tout à fait viable.

    Le Dead, NiN, David Bowie, Radiohead, entre autres et pour prendre des poids lourds, fonctionnent sur des modèles économiques reposant largement sur le soutien de leurs fans et sur la mise à disposition libres de droits de reproduction.

    @Wildo : même chose pour Viola. Chanteur professionnel dès l’adolescence, des connexions avec Massive Attack, Johnathan Demme, mais bon, c’est sûr que c’est plus stimulant de croire que c’est son seul talent (que je ne conteste pas) et le hasard d’une page Myspace qui a amené son succès.

    Il ne manque plus que Lily Allen ou les BB Brunes pour qu’on rigole vraiment…

  10. C’est un débat dans lequel j’ai du mal à rentrer. Désolé, c’est trop technique. Je suis au niveau d’un Jean-Pierre Raffarin (et encore, lui, il maîtrise peut-être le sujet) 🙂

  11. C’est marrant, Wildo, on a l’impression que tu ne lis rien, tout occupé à ton Grand Combat.
    Mon premier commentaire commence par « Hadopi est une loi merdique ».

    C’est une loi merdique, c’est un fait. Délégation de pouvoirs régaliens (la justice, mine de rien) au privé, intrusion dans la vie privée légitimée par du rien, accentuation du mouvement de restiction des droits d’auteurs en faveur d’une vision uniforme de l’exploitation des droits patrimoniaux (et là on pourrait rappeler de DADVSI, qui était bien plus inquiétante qu’Hadopi, soit dit en passant).

    Et en plus, ce sera une loi inefficace, qui va pénaliser le « téléchargeur occasionnel », peu expérimenté et qui donc se fera prendre, du téléchargeur régulier, du « pirate » (qui lui, saura vite comment contourner le système et ne pas se faire prendre).

    Cette loi est une ânerie du début à la fin.

    Pour autant, le délire sur « le tout-gratuit favorise les artistes inconnus », « le téléchargemetn favorise les artistes anonymes », ben c’est au mieux du wishful thinking, et, globalement, c’est surtout une énorme ânerie qui sert à se donner bonne conscience.

    1) Il n’y a pas besoin de cet argument là pour lutter contre Hadopi

    2) Ce serait bien de ne pas trop parler à la place des artistes émergents en expliquant pour eux ce qui est trop génial et qui marche trop bien pour qu’ils vivent de leur art -surtout quand c’est complètement déconnecté de leur quotidien. A un moment donné, oui, parce que des musiciens qui galèrent j’en ai parmi mes amis, ce genre de discours confortable et naïf, c’est insupportable.
    Cela relève un peu de la même sphère que le trip des libéraux sur la création d’entreprises comme solution au chômage…

  12. Flop tu fais des amalgames de ton côté également … et j’ai la même impression que toi : tu ne m’as pas lu entièrement encore moins comprise …
    Le tout gratuit est un leurre je l’ai dit plus haut – en réalité, c’est bien simple il n’existe pas … Que cette loi soit une ânerie on est d’accord aussi … Par contre là où tu manque carrément d’ouverture et d’expérience c’est précisément à l’endroit d’internet … Moi aussi je vis de mon art (son/musique) – et depuis 15 ans tout passe par le net : mon réseau professionnel, le mode de communication, les rencontres, les propositions, la divulgation des oeuvres ou non … c’est simple : sans internet et mes réseaux je ne pourrais plus vivre !
    Pourquoi ? parce que précisémment je n’entre dans aucun business model fixe, rien que le terme c’est d’un pathétique … j’ai crée non pas un « business model » mais un façon de communiquer avec autrui de façon, rapide, fluide, horizontale, en privilégiant au maximum les liens forts, cad les liens par affinités profondes … j’ai fait des hybridations en me servant de tous les outils mis à ma dispo … et ça marche. Alors mon modèle bien evidemment ne donne pas droit à des stocks options encore moisn des parachutes dorés – mais il est tangible et valide. Quand à Fred Viola je le connaissais du temps de EM411 on était linkés … Eh bien quoi ? C’est bien la vérité vraie – sans la publication de sa vidéo sur le net – il n’aurait pas signé aujourd’hui … Quand à Massive la collaboration est venue après la signature avec le label pas avant … etc
    Internet est ce que tu en fais.
    Internet est un support pas un « endroit » précis où alors l’endroit de tous les territoires possibles … si on sait se servir de sa tête et de ses outils.
    Le problème c’est qu’on veut nous forcer la main – et en faire une entreprise globalisée avec des règles à la con … Un minitel géant.
    Et ça j’en veux pas !

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