La jeunesse n’existe pas


Confidence personnelle, j’espère vieillir depuis que je suis jeune. Une chanson de Renaud (« Cent Ans« ), très tôt, m’a marquée: « J’ai cent ans et j’ suis bien content. J’ suis assis sur un banc. Et je regarde les contemporains. » Traverser le siècle sans encombre. Chaque année passée, je me dis qu’une année est gagnée. J’attends, j’espère avoir 100 ans et toutes mes dents.

En attendant, il faut préparer notre jeunesse.

La jeunesse doit combattre. La vieillesse ne le peut plus. Quand on est vieux, on a des acquis, une famille ou un emploi à défendre. Une famille, un emploi. On pense à soi. Quand on est jeune, on devrait casser les murs, rebondir sur le combat de ses parents, défendre des libertés qu’on a perdu.

La jeunesse est l’espoir. Chaque parent devrait projeter dans ses enfants l’espoir d’une réussite plus grande, plus vaste, plus large, plus généreuse. Les parents projettent souvent leur stress avant toute chose.

La jeunesse peut être une énigme. Celle qui se dit de droite, par exemple. Entendre des jeunes défendre l’ordre établi quand ils n’en connaîssent pas les excès, les injustices ni les écarts est une surprise, une incompréhension. Celle qui casse par défoulement, par rage. Voir des jeunes détruire sans mesurer les conséquences, sans respecter l’expérience est aussi une incompréhension.

La jeunesse est une souffrance. On a peur de ne pas être à la hauteur. Des vieux vous font chier avec leurs conseils. On s’inquiète de l’avenir. Mes grands-parents ont été jeunes pendant la montée du nazisme. Qui n’a pas été jeune pendant une crise ? On enrage parfois d’incompréhension.

La jeunesse devrait se soumettre. Les vieux confondent apprentissage et soumission. Elle doit conquérir son bonheur au prix d’une soumission aux règles établies. On lui apprend que la loi libère, que l’ordre est indispensable à la bonne société. A mon premier emploi, je me suis demandé pourquoi je devais obéir. C’est vrai, pourquoi ?

Pour un vieux comme moi, la jeunesse est mon avenir. D’elle peut venir l’embrasement, la révolte, la colère. Les vieux ont appris le compromis. En Sarkofrance, la jeunesse a tout pour crier. Le chômage frappe d’abord les jeunes. Un jeune sur 5 est sans emploi. Depuis 7 ans, elle subit. On parle de « jeunes délinquants« , on lui interdit l’alcool, la drogue, le sexe, le permis de conduire.

En vieillissant, je n’ai appris qu’une chose : la jeunesse n’existe pas, sauf chez ceux qui sont nés vieux.

(Merci aux Femmes engagées de m’avoir invité cette semaine !)

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