Coupat et le compromis historique

La lecture du long entretien de Julien Coupat dans Le Monde daté du 26 mai dernier a marqué certain(e)s d’entre nous. Pour ma part, Julien Coupat a confirmé certaines analyses de l’essoufflement généralisé de notre système occidental.

1. Coupat juge que le compromis historique, né au lendemain de la guerre, entre la droite et la gauche est arrivé à son terme. Nicolas Sarkozy a choisi de lui porter de le coup de grâce avec ses multiples « ruptures« , terme neutre et poli pour désigner les casses sociales en tous genres dont le président nous a gratifié la première année de son mandat. Jusque-là, la droite taisait les vélléités libérales en économie et autoritaires en politique qui germent régulièrement en son sein; et la gauche a fait de même avec ses revendications sociales et égalitaires. Coupat a sans doute raison sur la responsabilité du chef de l’Etat. Il a ouvert une boîte de Pandore dont la crise a achevé la destruction. La radicalisation de l’opposition, qu’elle soit sociale ou politique, est à la mesure de la casse voulue par Nicolas Sarkozy.

2. Coupat articule également un constat évident, celui des dérives de la lutte anti-terroriste. La France apparaît presque anachronique . Les Etats Unis sont engagés par Barack Obama à faire le bilan, partiel ou pas, dans la douleur, des abus de la lutte contre le terrorisme depuis le 11 septembre 2001. La France n’a pas encore son Guantanamo, ni son Patriot Act, mais elle s’en approche. La paranoïa gouvernementale, alliée à un besoin électoraliste de manipuler l’opinion par la peur plutôt que la confiance et l’adhésion, génère des abus en tous genres. la détention de Coupat 6 mois durant sans preuves ni aveu en est exemple. Dénoncer froidement la brutalité de l’interpellation des forces de l’ordre à Tarnac en novembre dernier est une nécessité. Mais le constat doit s’arrêter là.

3. Coupat semble se placer hors de nos frontières démocratiques. Ce n’est pas mon choix. La radicalité peut s’exprimer autrement. Il faut en permanence débusquer la violence d’Etat, les dérives totalitaires, les atteintes aux libertés publiques et individuelles. La violence attire la violence. Quand Frédéric Lefebvre dérape, la réponse peut déraper. Nicolas Sarkozy bouscule avec gourmandise nos frontières. Il cherche à nous pousser à la faute. Imaginer l’aube d’un grand soir, d’une guerre civile généralisée est cependant une démarche inacceptable. Elle n’est pas plus légitime que la violence ou l’arbitraire d’Etat que l’on dénonce. Que nous restera-t-il ?

4. Le compromis historique est effectivement mort. La droite gaulliste ou démocrate-chrétienne est affaiblie. Elle aimait à penser qu’un peu de paternalisme social calmerait les ardeurs du plus grand nombre. La gauche socialiste lui a emboité le pas. Aujourd’hui, l’ennemi s’appelle la droite du Fouquet’s, un camp numériquement minoritaire, qui fonde ses adhésions sur les peurs qu’elle instrumentalise, et son pouvoir sur les récompenses à quelques-uns. Face à elle, l’opposition devrait être plus radicale. Coincé entre le NPA, le Front de Gauche et le Modem, le Parti Socialiste de Martine Aubry n’a pas encore trouvé son équilibre radical. Il se trouve toujours un socialiste pour jouer sa carte personnelle en approuvant telle ou telle mesure du Monarque de l’Elysée. Quelle erreur !

Répétons-le, l’antisarkozysme n’est certes pas une politique, mais c’est une résistance. Et la résistance ne tolère aucun compromis. Coupat pense qu’il faut se préparer à « l’insurrection qui vient ». Pourtant, il s’agit davantage de penser au « vivre ensemble« , de reconstruire un compromis national, une adhésion collective.

Sur le fonds, les forces politiques de ce pays devraient moins s’inquiéter de Julien Coupat que du découragement croissant d’une part majeure de la population. Et nul besoin d’être ouvrier licencié pour se sentir écoeuré.

La gauche institutionnelle et la droite classique auraient tort de considérer qu’une quelconque solidarité de classe ou fidélité politique conduiront leurs électeurs comme un troupeau à voter en leur faveur. Nous sommes devenus volatiles car écoeurés.

Publicités