Julien Dray, des blogueurs, la gauche.


Jeudi, Julien Dray a pris le temps de discuter avec une poignée de blogueurs, (Vogelsong, Guy Birenbaum, Dagrouik d‘intox2007, votre serviteur, Fabrice Epelboin, BlogiboulgaSlovar, et Jacques Rosselin, initiateur de cette rencontre). La gente féminine était une fois de plus sous-représentée, mais dignement défendue par Hypos. Jeudi, donc, quelques heures avant de lire le rapport d’enquête sur son compte, Julien Dray parlait politique sans n’avoir plus rien à perdre.

Il est plaisant de discuter avec un responsable politique socialiste qui ne se voit pas Président en 2012. L’homme est calme, posé, à l’écoute. Il sait convaincre. C’est son métier. J’ai été convaincu, non pas de voter pour lui, mais par quelques prises de position, quelques explications.

Contre la présidentialisation du régime: Dray défend que la gauche doit porter une rupture fondamentale, la suppression de l’élection du président de la République au suffrage universel. Il a raison. Ce scrutin est une plaie. Le mythe de l’homme providentiel nous a historiquement davantage amené autant de Pétain et Napoléon III que de De Gaulle. Je défends l’idée que la gauche doit malheureusement jouer le jeu de ces institutions pour les conquérir. Sinon, what else ?

Dray a également soulevé la question de l‘héritage socialiste de 1981. Cette période pèse encore lourd 28 ans après. Les socialistes de toutes obédiences qualifient le « tournant de la rigueur » de 1982-83 comme d’une « parenthèse ». « En 1981, on invente l’idée de la parenthèse. » Or, 1981 est un mythe. La gauche socialiste, à ce moment là, s’interdit pour des décennies de critiquer l’héritage.

Sur l’alliance avec le Modem: Dray défend la nécessité d’un compromis historique. Plus les réformes sont importantes, plus il faut convaincre. l’alliance avec le Modem, « ce n’est pas un problème en soi » si l’on veille à ne pas se couper de ses racines. Hypos lui a rétorqué que Bayrou serait davantage un souci politique, compte tenu de ses ambitions. Selon Dray, il faut bien parler au Modem si on veut parler à ses électeurs d’un jour.

Je lui ai demandé pourquoi le Parti Socialiste était resté si indulgent avec les débauchés de l’ouverture. Il aurait fallu, selon moi, exclure ceux qui ont accepté ici ou là une mission ou un strapontin. Dray en appelle à l’indulgence sur les individus : Sarkozy a soigneusement visé des marginaux à gauche. Mais oui, l’ouverture aurait dû être sanctionnée. Sarkozy souhaite non pas abolir mais transformé la politique. Casser les clivages pour conforter son pouvoir. Pourtant, la confrontation sociale existe bel et bien. La gauche devrait pouvoir s’en saisir, l’incarner, la défendre. Enfin, les dirigeants socialistes partagent une histoire commune qui leur interdit de rompre avec les leurs. Valls ou Dray n’en font pas partie. Mais Lang, Aubry, Fabius, DSK, Rocard & Co sont une génération solidaire.

Confrontation, compromis, présidentialisme. Il y a du pain sur la planche.

J’ai écrit, à chaud, deux billets contre l’Halali médiatique contre Julien Dray. Deux billets qui ne visaient pas à jouer les avocats de Dray sur une affaire que je ne connais pas, mais contre une démarche judiciaire et médiatique incompréhensible.

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13 réflexions sur « Julien Dray, des blogueurs, la gauche. »

  1. bon va falloir que je relise mes notes et fasse mon billet qui va etre simple et se limiter au message politique. Pour l’affaire, je n’en sais rien, je n’ai pas le dossier, donc je ne peux juger que le vif interet médiatique.

  2. L' »ancêtre » que je suis a vécu pleinement 1981.
    Il faut ressituer cela dans son contexte. Nous sortions enfin de très longues années de frustration à perdre élection après élection (tiens cela me fait penser à quelque chose!).
    Ce fut une bouffée d’oxygène.
    Alors oui il y a eu 82-83 mais franchement je vous (nous) souhaite de vivre encore ce bonheur du 10 mai, à la Bastille ou ailleurs.
    Et il y a eu tout de même des choix fondamentaux qui ont été faits dans les années Mitterrand et que Naboléon s’efforce de casser.
    Pourquoi ne se souvenir que du moins bon?
    En ce qui concerne Julien Dray, je suis comme vous allergique par principe au tsunami médiatique. Je ne sais pas plus que vous ce qu’il y a dans le dossier mais la présomption d’innocence ça existe.
    Et je trouve par principe suspect l’acharnement de certains.

  3. Rejoignant le précédent commentaire, « et c’est tout? »
    La météo aussi c’est un sujet passionnant.

    ça semble cool comme entretien, pas de quoi fouetter un chat. On espère qu’il y avait d’autres questions, parce que là…ça semble aussi complaisant qu’un entretien de Catherine Nay avec un élu UMP.

  4. Régime présidentiel :

    Je ne vois pas comment la gauche pourra changer le régime si elle n’est pas au commande et pour l’heure elle ne l’est pas et elle risque de ne jamais l’être s’il y a une confusion entre ce qui est possible et ce qui le l’est pas .

    La gauche a vraiment un problème si elle n’admet pas les fatis.

    Le désir est une chose et la réalité en est une autre.
    Le raisonnement ne tient pas la route puisque c’est un fait établi et qu’il faut faire avec.

    En fait c’est tout la le problème du PS, comme ils ne veulent pas désigner de leader, tout le monde veut être le calife à la place du calife et ce qui risque d’arriver encore une fois, c’est une bagarre de chiffonniers qui va faire perdre la gauche à la prochaine présidentielle.

  5. Moi aussi, je suis déçue de l’entretien et Juan, je n’ai pas compris sur quoi, il vous avait convaincu…Sur l’élection présidentielle ??? Mais c’est un argument qui ne veut rien dire puisque la Gauche ne peut rien changer si elle ne revient pas au pouvoir ?

    Lorsque Julien Dray a fait la campagne de 2007 pour Ségolène Royal, il y a eu un entretien avec Ferrugia qui m’a laissé vraiment perplexe.

    Après j’ai douté, beaucoup douté et pour soutenir un leader politique il faut avoir confiance, sinon c’est trop dur.

    C’est pour cela que je n’ai aucune pitié pour les « égarés de la gamelle » . Il faut avoir du respect pour les militants qui donnent de leur temps « bénévolement ».

  6. « Dray en appelle à l’indulgence sur les individus : Sarkozy a soigneusement visé des marginaux à gauche.  »

    De qui se moque t on ? … Aucun de ceux partis à la gamelle sont des marginaux mais de grosses pointures du PS …

  7. « Alors oui il y a eu 82-83 mais franchement je vous (nous) souhaite de vivre encore ce bonheur du 10 mai, à la Bastille ou ailleurs.
    Et il y a eu tout de même des choix fondamentaux qui ont été faits dans les années Mitterrand et que Naboléon s’efforce de casser. »

    J’y étais ! c’était un truc de fou ! énorme, magnifique …
    Qu’est ce qu’on se fait chier depuis …

  8. Est ce parce que la droite est bien accrochée au pouvoir que l’on souhaite supprimer l’élection du président au suffrage direct ? Pourquoi vouloir supprimer la seule élection qui passionne réellement les français avec celles des municipales ? Si nous avions gagné en 2007 je ne pense pas que nous dirions celà.

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