Les chiens contre Dray

Je reviendrai plus tard sur une réunion d’échanges que certains blogueurs, dont votre serviteur, ont eu avec Julien Dray dans les locaux de Vendredi. Je ne connaissais pas Julien Dray, je n’ai jamais voté pour lui. Je ne suis même pas d’accord avec toutes ses positions.

A la lecture de la presse du jour, hier, quelques heures après la communication à certains journalistes, et, accessoirement, aux avocats, de quelques milliers de pages d’enquête sur sa vie privée, je suis pris d’une envie de vomir.

Le plus beau des articles émane sans doute du Monde. Gérard Davet, qui le signe, avait déjà été ce journaliste visiblement bien informé (par l’Elysée ?) qui, un vendredi matin quelques minutes avant une perquisition au domicile de Julien Dray, avait pu divulguer l’information de cette perquisition sur Le Monde.fr .

Vendredi 23 juillet, Gérard Davet sévit encore: « Les mauvais comptes de Julien Dray ». Lisons donc.

1. Julien Dray a dépensé 2 millions d’euros alors qu’il n’avait que 1,6 millions de revenus, le tout sur 4 années.  Quelle affaire ! A peine un bonus annuel de dirigeant de banque en faillite…

2. Julien Dray a aussi emprunté de l’argent: « Les policiers ont pu établir que cinq associations, souvent en difficulté financière, ont contribué à alimenter les comptes de l’élu, huit particuliers lui ont consenti des prêts, sans pour autant rééquilibrer ses finances. » Chère lectrice, cher lecteur, n’emprunte jamais d’argent à des amis, ni à des associations. C’est visiblement une « malversation ». Ces amis sont « fortunés » et « généreux« , c’est visiblement également une malversation en soi. Car, le journaliste est obligé de rappeler que « Selon les policiers, ils n’ont obtenu aucune contrepartie, telle que l’éventuel octroi de marchés publics dans le département« . Mince alors !

3. Notre « Tintin des trottoirs » continue: de telles sommes empruntées suscitent des « soupçons« . Et tant qu’à faire, pas des moindres. On peut tout mettre: fraude au fisc, abus de confiance, etc.

4. Au détour d’une phrase, le journaliste glisse une explication. Ces prêts auraient été « destinés à soutenir l’élu dans sa campagne pour prendre la tête du Parti socialiste. »

5. Le journaliste est très prolixe sur les versements par des membres de diverses associations à Julien Dray. Ces associations étaient en difficultés et pourtant, certains de leurs permanents ont filé de l’argent. Le plus surprenant est que tous ces échanges ont été aisément tracés: pas de mallettes de billet, comme dans le récent scandale de l’UIMM, mais des chèques ou des virements bancaires, c’est-à-dire ce qu’il y a de plus transparent.

Après 6 mois d’enquêtes quasi-publiques, j’attendais des preuves, des liens établis de cause à effet, des traces de mensonges, ou que sais-je. Je n’ai rien eu. Juste le sentiment que les chiens étaient lâchés.

Après 6 mois d’enquêtes, j’attendais qu’on m’explique pourquoi autant d’énergie dépensée sur un homme politique d’opposition, même pas ministre, même pas aux commandes; pourquoi cette enquête qui implique la FIDL a été déclenchée en pleine contestation lycéenne et étudiante, en décembre dernier.

… Quand tant d’enquêtes manques de moyens, d’énergie, voire de volonté. Le Karachigate est une affaire à plusieurs centaines de millions d’euros de commissions occultes, dans laquelle les noms d’un ancien premier ministre et candidat à l’élection présidentielle à l’époque des faits et du président actuel ont été cité.

Je ne sais pas de quoi Dray est coupable. mais Gérard Davet a réussi a écrire deux pages à charge sur un rapport de 4 000 pages, également à charge.

Bienvenue en Sarkofrance.

Publicités

Se farcir la caravane de l’UMP

Cette photo est curieuse: avez-vous récemment croisé une jeune fille, ou un jeune homme, ou même un(e) simple citoyen(ne) arborant tout sourire un panneau en forme de coeur avec « Sarko » écrit en gros au milieu ?

Partie de Saint-Quentin, ville protégée de Xavier Bertrand, la caravane de l’UMP se promène dans l’Ouest et le Nord (Touquet, Dieppe, Havre, Dunkerque) depuis le début du mois de juillet. Le site de l’UMP se garde bien de nous indiquer les prochaines étapes. On serait capable de les attendre pour débattre.

Les comptes-rendus des caravaniers sont éloquents :

« Au fil de la journée, plusieurs personnes viennent discuter avec nous comme ce chef d’une entreprise d’e-commerce ravi de la suppression de la Taxe Professionnelle et qui est venu adhérer à l’UMP pour « apporter sa voix au débat ». Les Dunkerquois nous parlent aussi des sujets d’actualité bien sûr mais également d’handicap ou d’immigration.

La journée passe vite, sous le soleil, et nous devons déjà repartir vers une autre étape, Le Touquet, où nous attend Pierre-Emmanuel GIBSON. Après un bon repas dans un restaurant de la ville, nous admirons le feu d’artifice : magnifique ! »

La caravane de l’UMP est évidemment une opération publicitaire. Comme ses voitures à l’effigie du « Red Bull » ou ses aéronefs qui sillonnent les plages en traînant des banderoles. Il faut montrer qu’à l’UMP, certains sourient encore; certains y croient encore.
La caravane de l’UMP ne viendra pas dans mon quartier, dans le 18ème arrondissement de Paris. Elle n’ira pas non plus à Montfermeil, à Aubervilliers, à Clichy-sous-Bois ou à la Courneuve.
La caravane de l’UMP n’ira pas non plus à Gandrange, ni dans les quartiers Nord de Marseille.

Michel Rocard, aveugle, sincère, tétu et « fonctionnaire »

Mercredi 22 juillet, Michel Rocard était l’invité de Pierre Weil sur France Inter entre 8h20 et 9H. L’homme a toujours fait polémique dans un certain microcosme politique. Encore aujourd’hui, son ralliement à des missions sarkozyennes fait grincer des dents (y comprises celle de votre serviteur).

1. Michel Rocard se voit tel « un fonctionnaire« 
Ce sont ses mots. Interrogé sur le sens à donner à diverses missions initiées (opérations de communication devrait on dire), telle la défense de l’antartique, la taxe carbone, ou la réflexion sur les priorités du « Grand Emprunt », Rocard a sincère : il se voit comme un « fonctionnaire », citant comme exemple le 1,5 million de fonctionnaires d’Etat qui ne soucient pas de l’obédience politique de leur ministre de tutelle dans l’exercice de la fonction. Rocard se voit servir le bien public, sans référence partisane. On objectera qu’à bientôt 80 balais, Rocard a depuis longtemps passé l’âge de la retraite. Il accepte ces missions de façon volontaire, et c’est toute la différence.

2. Rocard est sincère mais aveugle.
A l’écouter, on ne peut lui nier une véritable sincérité. Rocard ne cherche plus à être président. En 2007, il y croyait encore, autiste jusqu’au bout, pour proposer à Segolène d’abandonner sa candidature à quelques semaines du premier tour. Il défend sa vision de la régulation du marché; explique avec une naïvité irresponsable que Sarkozy sera sans doute convaincu de la justesse du modèle social-démocrate. Michel Rocard ne croit plus aux rapports de forces. Tout hostile qu’il est envers « l’économie administrée« , il refuse visiblement de considérer que les rapports de forces existent. Aveugle, il ne voit pas que le camp sarkozyen mène une politique de classe comme jamais la droite n’en a mené depuis des lustres. Rocard ne voit pas la bande du Fouquet’s, et cet aveuglement est tout simplement incroyable.

3. Rocard est autiste.
Quand Pierre Weil lui demande s’il partage avec les dirigeants du Parti Socialiste, Martine Aubry en tête, ses réflexions, il répond qu’il n’y a pas de moyens d’échanges et de communication réguliers et organisés au sein du PS pour discuter. Et qu’il profite de l’invitation de France Inter pour faire passer ses messages et ses idées. Rocard rejoue le rôle qu’il a tenu pendant des décennies. Celui du social-démocrate éclairé que personne à gauche ne veut entendre. Point de discipline de parti pour lui. il ne cherche plus à convaincre, il déclame. Orgueil suprême.

Cet interview fut un choc, et une confirmation.

Pourquoi tire-t-on à vue sur le Parti Socialiste ?

C’est un peu comme si une période s’achevait. Il a fallu attendre quelques semaines après l’échec des élections européennes pour que la crise éclate. Paradoxalement, on peut légitimement considérer que Martine Aubry a elle-même déclencher cette salve de tirs à vue contre le Parti Socialiste. En attaquant Manuel Valls, elle a ouvert une jolie boîte de Pandore, celle d’une solidarité partisane inexistante depuis 2002.

1. La mémoire courte.

En 2007, Ségolène Royal avait dû subir les affronts permanents des caciques du Parti, jusqu’à l’incroyable demande, publique, de Michel Rocard qu’elle se retire de la course à quelques semaines du scrutin.

2. La mémoire partielle.

Certains reprocheront aux critiques de « laver le linge sale » en public. On peut tacler Manuel Valls sur son impatience négative permanente. Mais on devrait s’interroger sur les raisons de cette impatience.Le linge sale n’est tout simplement pas lavé au sein du PS. Un exemple parmi d’autres, Arnaud Montebourg, au lendemain de l’échec aux élections européennes : « C’est une claque méritée. Nos électeurs n’en peuvent plus d’attendre l’évolution et la transformation en profondeur du Parti socialiste, englué dans ses querelles, son immobilisme et son enfermement sur lui-même. » Montebourg n’a reçu aucune lettre de Martine Aubry.

3. La mémoire creuse.

Le PS est-il une maison morte, comme le déclarait BHL ? Je ne suis pas (encore) socialiste. Je peux comprendre que les propos soient sévère. Le PS regorge de militants, d’élus locaux et d’histoire.  Mais le PS ne donne pas envie. Sa mémoire est vide. Le PS ne sait plus sur qui ni sur quoi rebondir.

Reset

Ils ne se soucient pas de nous

Quand j’étais encore jeune, ce clip de Mickael Jackson m’a marqué. Ecoutez, puis lisez.

MJ était donc dans une favelas. Un taudis de l’humanité parfaitement décrit par le film ultra-violent « Tropa de Elite » que je vous conseille évidemment. J’ai quelques attaches au Brésil. Nous avons tous quelques attaches au Brésil.

Etre de droite, la chaîne de gauche

Romain Blachier m’a soufflé l’idée: amis blogueurs de gauche, mettez vous à la place d’un électeur de droite et répondez donc à deux questions :

1. En ces temps de crise généralisée des valeurs et du « système« , quels seraient vos points d’ancrage idéologiques à droite ?

2. Etant à droite, que soutiendriez vous plus que tout dans l’action du président Sarkozy ?

J’ai tenté de répondre à ces deux questions, même si l’ami Authueil m’a trouvé décevant. D’autres s’y sont essayés, avec davantage de succès.

Je passe la main à Nicolas J, Marc Vasseur, Romain Blachier, Hypos, CeeCee, Slovar, Dagrouik, Sauce, une Pire Racaille, Polluxe, la femme de George(s), un privilégié, Peuples , Vogelsong , Agnès du Monolecte, Eric Mainville, et JeandelaXR.