Un prophète malgré tout


Ne vous laissez pas énerver par la presse unanime. Allez voir Un Prophète de Jacques Audiard. Le film prend aux tripes, lentement. Jacques Audiard est un forcené du cinéma dans toutes ses dimensions: esthétiques, scenaristiques, scéniques, photographiques. Fadela Amara, tout en louant le film, s’est inquiétée du « modèle » négatif que le film pouvait donner à la « jeunesse des banlieues ». Un critique cette semaine a expliqué le contraire. Ce film serait »bourgeois ». Son auteur l’est, les critiques « téléramesques » également. Aucune chance, selon lui, que les jeunes banlieusards s’y précipitent spontanément avec gourmandise.

Ces débats sur l’exemplarité du cinéma, ou des jeux vidéo, m’ont toujours paru d’une vacuité rare. Certains mêlent leurs convictions à leurs appréciations culturelles, voient des « messages au premier degré » partout, s’inquiètent du « mauvais exemples » que certaines oeuvres donneraient à la jeunesse. Il faut au contraire laisser les cinéastes assumer le regard adulte, réussi ou pas, qu’ils entendent donner à leur oeuvre. Il faut aussi, et surtout, faire oeuvre de pédagogie, d’explication. Asceptiser le discours quand la réalité reste dure est simplement idiot. La question est aussi contextuelle: combien de films de cette nature sortent donc chaque semaine sur nos écrans ?

Un Prophète présente l’histoire d’un jeune, analphabète, qui retourne la violence de la prison à son avantage. Où est le modèle ? 

Quoiqu’il en soit, je vous laisserai juges.

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Une réflexion sur « Un prophète malgré tout »

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