Comment rencontrer des blogueurs ?

J’ai découvert tardivement qu’il fallait rencontrer ses confrères de la blogosphère politique. Un dilemme pour qui veut rester anonyme. La République des Blogs fut une belle occasion. Elle est devenue très et trop courue. Authueil et Jules, qui l’ont repris depuis le lâche abandon de Versac le fondateur (humour), sont des blogueurs de qualité. Mais la RdB est un objet non identifié où le blogueur anonyme a surtout des coups à prendre.

L’estimé Nicolas a rassemblé ses fans et amis à la Comète un soir du mois d’août. Une très riche expérience. A la Comète, nous étions « entre nous ». C’est sans doute très con d’écrire cela, mais la proximité créé la confiance et génère le plaisir.

D’autres occasions sont venues, de rencontrer celles et ceux que l’on lit avec plaisir. Vendredi a organisé des rencontres-interviews avec des « figures » politico-médiatiques du moment. Marianne2 a invité déjà deux fois ses « blogueurs associés« . Celles et ceux qui respectent l’anonymat de certains blogueurs doivent être remerciés. Parfois, des blogueurs s’invitent à d’autres manifestations. Le Congrès de Reims en fut une.

Le contact « physique » (on se comprend) entre blogueurs est crucial et bancal. Anonyme, on ne dévoile pas tout, et pour cause. On brûle d’enrichir l’échange, de partager davantage. On s’excuse tout seul, on culpabilise. On pense à plus tard, quand ces fumeuses précautions seront vaines.

Une journaliste m’a dit un jour: « ne t’inquiète pas, je ne cherche pas à savoir qui tu es, tu me le diras toi-même un jour. » C’est une preuve de confiance, ou de lucidité.

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The Cove, un film incroyable

Je ne saurais trop vous conseiller d’aller voir The Cove, de Louie Psihoyos. Le film est incroyable. Construit comme un thriller, ce documentaire serait la version écolo d’une tribune de Michaël Moore. Il s’attarde sur Richar O’ Barry, le dresseur des 4 dauphins qui « jouèrent » Flipper dans la série éponyme des années 1970. Depuis, O’Barry délivre des dauphins, partout où il les trouve emprisonnés, et lutte contre leur extermination. Depuis 35 ans, ilse sent coupable. Flipper a donné naissance à un business de plusieurs milliards de dollars, l’exploitation de Dauphinauriums aux quatre coins de la planète.

Cette histoire de rédemption serait déjà un bon sujet. Mais le doc est autrement plus riche. O’Barry est à Taiji, une petite bourgade japonaise où une trentaine de pêcheurs massacrent quelques 23 000 dauphins chaque année. Scandale écolo (cf. le massacre des baleines), polémique sanitaire (la viande de Dauphine est impropre à la consommation pour cause de mercure), gros enjeux économiques (le Japon bloque la régulation internationale de la pêche des cétacés), The Cove traite toutes ces histoires avec brio et émotion.

Athé donc coupable

Si Benoît XVI n’existait pas, il faudrait l’inventer. En arrivant à Prague samedi dernier, le pape des catholiques s’est exclamé : « La société actuelle porte encore les blessures causées par l’idéologie athée et elle est souvent fascinée par la mentalité moderne d’une consommation hédoniste, avec une dangereuse crise des valeurs humaines et religieuses et la dérive d’un relativisme éthique et culturel déferlant ».
Nul besoin de m’expliquer que Benoit le 16ème a raison de fustiger les dictatures communistes. L’expression qui fâche est ailleurs : « l’idéologie athée » aurait causé des blessures.

Benoit XVI fait une belle erreur d’appréciation historique. Pour celles et ceux qui, comme moi, ont fréquenté des Européens de l’Est, le bloc soviétique a fait souffrir non pas par sa pseudo-idéologie athée, mais par l’ampleur de sa dictature. La privation de libertés, l’espionnage intime et massif des vies et des consciences, l’absence d’informations libres et contradictoires ont généré des souffrances individuelles et collectives quotidiennes. La religion a pu servir, pour certain(e)s, de relais. L’absence de religion n’a jamais été le problème principal de ces régime.

Benoit XVI reprend une vieille antienne de la droite catholique, l’image fameuse du communiste, athé, le couteau entre les dents. Le matérialiste, hier marxiste, aujourd’hui consumériste, est désigné comme l’ennemi d’une conscience libre. Benoit XVI aurait été plus inspiré de revisiter les périodes sombres de son église, du silence pendant la seconde guerre mondiale aux compromissions institutionnelles au Chili de Pinochet. Quand on entend porter le fer, il faut nettoyer sa culotte.

« Maintenant que la liberté religieuse a été rétablie, je fais appel à tous les citoyens de la République pour qu’ils redécouvrent les traditions chrétiennes qui ont façonné leur culture et j’invite la communauté chrétienne à continuer à faire entendre sa voix tandis que la Nation affronte les défis du nouveau millénaire ».

Sans moi.

La victoire de Merkel, ou l’exemple allemand

En Allemagne, la CDU d’Angela Merkel a gagné les élections législatives, avec 33% des voix,, après 4 ans de coalition avec le SPD. Ce dernier s’est vautré,avec environ 23% des suffrages. Le parti libéral (FDP), Die Linke et les Verts ont gagné quelques galons, avec respectivement 14%, 12% et 10% des voix. Résultat: Angela Merkel va constituer, sauf surprise, un gouvernement de centre doit, en s’alliant avec le FDP.

La gauche européenne ne peut pas se réjouir de ces résultats. J’entends déjà les écolos et les gauchistes se réjouir. L’heure est plutôt à la tristesse. Le SPD, Die Linke et les Verts représentent environ 45% des voix. Ils auraient pu franchir la barre majoritaire. Le système allemand est tel qu’ils auraient dû s’unir dès le 1er tour, organiser leur primaire, jauger leur centre de gravité. Faute de quoi, c’est l’alliance CDU-CSU qui prend les rennes du pouvoir avec à peine un tiers des suffrages. Quelle victoire ! Le petit parti FDP, qui devient la troisième force du pays, est une survivance néo-libérale qui a joué la carte des libertés publiques, teintée d’un peu de social. Un Modem local ?

Le système électoral allemand favorise le bipartisme, mais les électeurs ont éclaté leur paysage politique. Les deux partis historiques représentent à peine la moitié des suffrages. Quelle leçon en tirer ? Elle est simple: se coaliser pour gagner et changer le système. L’élection est un choix et une élimination. Ce n’est pas un sondage.

L’avenir de la gauche de gouvernement n’est ni à l’extrême gauche ni au centre.  Die Linke pèse donc 12% des voix. Super. On est content pour eux. J’adorerai qu’ils culminent à 50% Mais ce n’est pas le cas. Ni en Allemagne, ni ailleurs. Donc il faut causer alliance. Qui est prêt ?

Pourquoi Dray doit se rebiffer

Je n’imaginais pas, il y a quelques années, pouvoir écrire en faveur de Julien Dray. Le personnage intrigue. Son passé trotskyste (sympathique), sa « tonton-mania » (sans moi), ses prises de position parfois en marge de son camp, telles sur l’insécurité dans les banlieues, sont quelques uns des éléments clés du personnage que je retiens. Quand son affaire fut lâchée en pâture à l’opinion publique, avec la complicité de quelques complaisants journalistes, mon sang n’a fait qu’un tour. Je n’y reviendrai pas, certains précédents billets explicitent ma position. Il m’ont valu quelques milliers de visites.

Grâce soit rendue à celles et ceux qui sont venues les lire ou les critiquer.

J’ai rencontré Julien Dray avec quelques confrères blogueurs, avant l’été. En nous quittant, il partait découvrir les 4000 pages de rapports d’instruction. La presse s’est à nouveau chargée de publier complaisamment les extraits « qui vont bien ». J’aimerai le même acharnement pour les affaires immobilières de Nicolas Sarkozy.

Le député socialiste a rendu ses remarques sur l’enquête préliminaire dont il a fait l’objet. La justice est un combat, surtout en Sarkofrance.

« Le parquet de Paris, qui dirige l’enquête pour « abus de confiance« , avait donné en juillet la possibilité à Julien Dray et à d’autres personnes mises en cause dans cette procédure de formuler avant le 25 septembre des observations et de demander des actes complémentaires, a indiqué l’avocat du député de l’Essonne, Léon-Lef Forster. « Julien Dray demande dans ces observations à être entendu personnellement par le procureur de la République, Jean-Claude Marin, qui prendra au final la décision » de le renvoyer ou pas devant un tribunal correctionnel, a expliqué son avocat. (…)

Les policiers de la Brigade financière, chargés de l’enquête, estiment que le député de l’Essonne a bénéficié de mouvements de fonds, via deux de ses proches collaborateurs, provenant de la Fidl (lycéens) et des Parrains de SOS-Racisme. Dans ses « observations » communiquées au parquet de Paris, Julien Dray réclame de nouvelles « vérifications sur la réalité des prestations » fournies auprès de ces associations par des proches qui lui auraient prêté de l’argent, ainsi que sur la connaissance réelle qu’avait le député de l’origine des fonds. Dans son édition du samedi 26 septembre, Le Figaro révèle que le rapport final de la brigade financière évalue un « trou de 400.000 » euros dans la comptabilité personnelle de Julien Dray.
Le député, qui conteste ce montant, a communiqué une étude réalisée par un cabinet d’expertise-comptable. Selon Le Figaro, ce document réfute le « trou de 400.000 euros » et avance au contraire un solde positif de 38.000 euros. L’attestation d’un horloger, ainsi qu’un rapport sur les activités de deux collaborateurs soupçonnés d’avoir servi de « comptes taxi » complètent le dossier. Néanmoins, le député reconnaît avoir connu des difficultés de trésorerie à compter de janvier 2006 pour justifier les prêts personnels dont il a bénéficié. »

(source)

Où sont partis les 48 000 militants inactifs du PS ?

La direction du Parti Socialiste a décidé de nettoyer ses fichiers. On se doutait bien que le nombre de cartes était surestimés. L’UMP de son côté a cessé de publier ses propres statistiques de recrutement. A part quelques cafetiers séduits par la réduction de la TVA sur la restauration, le parti présidentiel subit les mêmes désertions que les autres. Le temps des mobilisations est passé. Libération croyait savoir, samedi dernier, que le PS avait retiré leurs cartes de militants socialistes à quelques 48 000 militants « inactifs« . Il paraît que nombre d’adhérents à 20 euros sont concernés, tous soupçonnés depuis 2006 d’avoir aider à la désignation de Ségolène Royal à la candidature présidentielle de 2007.

Où sont ils partis ? Peut être au Modem, qui s’auto-crédite d’une cinquantaine de milliers d’adhérents depuis l’été 2007. Marginalement au NPA, qui n’a récupéré qu’une dizaine de milliers d’adhésions. Le PCF se revendique toujours comme le second parti de France, avec 130 000 adhérents, un score soviétique pour un parti qui dépasse rarement les 5% des suffrages à toutes les élections nationales depuis 20 ans.

Parmi les Left_Blogueurs, deux estimés confrères n’ont pas attendus ce ménage d’automne. Marc et Donatien rendent leur carte. ce dernier ferme même son blog. Pour ma part, je ne sais pas si je resterai Vert encore longtemps.

La couche institutionnelle de notre vie politique, les partis, ne remplit plus sa mission. l’a-telle jamais correctement remplie ? Ils fédèrent moins les énergies qu’ils ne servent de tremplin à quelques-uns. Après Sarkozy, la politique ne sera plus comme avant. Faut-il se replier ou s’engager dans des écuries inefficaces ? Cruel dilemne.

Où sont partis les 48 000 militants inactifs du PS ?

Pourraient-ils dédier une partie de leur temps redevenu disponible à créer leur propre blog politique, exprimer leur désarroi, pétitionner à tout va, oublier la course de 2012 et labourer le terrain ?