Déstabiliser pour gagner


L’idée m’est venue en lisant l’Express. Pas vraiment un magazine gauchiste. Son numéro de la semaine traite des manipulations sarkozyenne. Je regrette d’avoir traité un jour Christophe Barbier de « laquais de Sarkofrance« . Il vient de me rendre un fier service.

Harceler, moquer, critiquer, voici trois angles d’attaque contre Nicolas Sarkozy. En lisant l’Express (j’y reviendrais sur Sarkofrance), j’ai eu cette mise en abîme. Mais oui, bien sûr ! Un estimé confrère venait de jeter l’éponge. « 2012, c’est rapé« . Il pense à 2017. Il n’a pas tort. Il n’a pas raison. En moins de deux ans, nous avons connu un effondrement boursier, et une crise économique séculaire.

La gauche radicale, ou qui croit l’être a perdu d’avance pour 2012. L’écologie politique sera rattrapée par ses vieux démons (pas de leader, que du débat, la planète l vaut bien). Le Parti Socialiste est un cadavre qui s’ignore. Le Modem s’accroche aux bégaiements de François Bayrou.

Alors, tout est perdu ?

Bien sûr que non.

Il est temps de sortir la hache et le complot. Faucille et marteau sont à remiser au placard. La hache est une arme qui ne pardonne pas. Avec une hache, il faut mobiliser tous ses muscles pour trancher net. La hache en politique, c’est notre capacité à fusiller le début d’une complaisance. Ainsi Rocard, Lang, Besson, Bockel, et tous leurs confrères n’ont plus leur place. Avis aux amateurs, à ceux qui un jour ont loué une réforme, une décision, une remarque. Si vous n’accompagnez pas votre louange d’un jour d’une critique violente du Monarque de l’Elysée, changez de camp. Vous serez disqualifié, exclu, orphelin. Il n’y a pas de débat d’idées en Sarkofrance.

Le complot est une seconde évidence. L’UMP est une machine fragile, un Goliath aux pieds d’argile. Des députés godillots, des militants transformés en supporters, une programme réduit au culte du chef, tantôt gauchiste, tantôt libéral, toujours à droite. Il ne faut pas débattre, cesser de vouloir convaincre. Il faut casser, harceler, pousser à la faute. Comploter, déstabiliser, deviner.

La Sarkofrance supporte mal la critique, ses esprits s’échauffent facilement, les couacs viennent tous seuls. Il faut rester calme, froid, simple, direct. Cibler nos proies. Les représentants de Sarkofrance sont individuellement des gaffeurs en puissance. Il faut populariser leurs écrits et leurs paroles.

NOUS sommes nombreux. NOUS sommes anonymes ou connus, NOUS travaillons dans les médias ou pas. NOUS connaissons des journalistes, des prêtres de la parole médiatique. NOUS pouvons être influents. NOUS avons des relais.

Ce qui NOUS bloque est surmontable. Eviter de mettre en avant sa chapelle politique d’origine. Refuser d’entrer dans le jeu du débat. NOUS sommes de milieux sociaux différents et divers. NOUS sommes de générations différentes et diverses. NOUS sommes cadres, ouvriers, employés, chômeurs, femmes, hommes, jeunes, moins jeunes. NOUS sommes gaullistes, socialistes, écolos, communistes, trotskistes, sans parti voire sans papier. Qu’importe, je peux te rassurer cher lecteur, chère lectrice, désemparée que tu es par le spectacle désolant de certains jours d’opposition, ILS sont le passé. NOUS sommes si nombreux.

Certaines et certains sont des blogueuses et blogueurs estimé(es). Suivez mon conseil. A chaque conversation politique, surprenez votre adversaire par votre aplomb. Sarkozy n’est pas une possibilité, c’est un accident, une faute de parcours, une parenthèse comme la France en a connu quelques unes. Sarkozy est sans doute une honte, que l’on soit à droite ou à gauche ou ailleurs. Sarkozy n’est pas une issue mais l’impasse.

Qu’importe si l’alternative n’est pas là, pas mûre, pas prête. Quand une viande pourrit dans votre frigo, vous la jetez sans attendre de savoir ce que vous mangerez à la place.

Je sais, c’est cruel et apparemment peu démocratique. Rassurez-vous, c’est un jeu. C’est stimulant, c’est possible.

Ensemble, tout NOUS est possible.

Publicités

19 réflexions sur « Déstabiliser pour gagner »

    1. gauchedecombat, je pensais que tu aurais un peu mieux compris le message de Juan. tu te trompes d’ennemi. ce faisant, tu favorises l’ennemi.

  1. Évidemment !

    Une des victoires essentielles, sur laquelle reposent toutes les autres, de Sarkozy est d’avoir effectivement décomplexé la droite. Elle est désormais arrogante, sûre d’elle-même, prête à tout… et au pouvoir. Un pouvoir dont elle use pour elle-même, de manière clientèliste, dans le seul d’assurer de le conserver, ce pouvoir qui est un pouvoir contre le peuple.

    Harceler, moquer, critiquer pour complexer, pour la ramener à son complexe qui lui est consubstantiel, qui l’habite encore, même si Sarkozy a réussi à profondément l’enfouir.

    Au soir-même de l’élection Sarkozy, j’avais décidé de renoncer à toute tentative de mesure et d’objectivité dans mon combat contre la droite. Cela n’aurait pas de sens. En politique, Sarkozy c’est le mal, point barre – et donc tous ceux qui consentent à le soutenir, et aussi tous ceux qui s’essaient à une opposition en dentelle.

    Harceler et taper fort, pas de compromis, aucune faiblesse. Évidemment !

    Il y a un peu plus d’un an, j’avais écrit un petit billet qui rejoint tout à fait celui-ci :

    http://sarkononmerci.fr/files/droite-honteuse-versac-embruns.html

    Oui, nous sommes d’accord.

  2. Les exemples récents (visite de Faurecia, dérapage d’Hortefeux, visite de l’hôpital Paul Brousse, lancement de désirs d’avenir – pardon Juan ! – ) nous montrent que la mobilisation sur internet (blogs et réseaux sociaux) peut avoir un impact sur les médias traditionnels.

    Il est encourageant de voir des journalistes bridés par leur rédacteur en chef balancer leurs rushs à des concurrents pour éviter la « censure »… Les médias sociaux et les blogs font le reste pour relayer et diffuser l’information…

    Avec tout le succès que l’on a vu 😉

    Continuons donc à critiquer, analyser, commenter, diffuser… la partie n’est pas perdue !

  3. @sarkofrance

    Ah!! c’est revigorant de lire çà un lundi matin avant de se mettre à bosser. Merci d’essayer de nous remonter le moral, de galvaniser tout ceux qui sont affligés par la direction prise par cette société…

    L’un des plus grands remparts à la prise de conscience générale reste tout de même la force d’inertie des grands médias (presse nationale et local, radio généraliste, et télé nationales), qui offre une résistance à la contestation et un soutien implicite/explicite au pouvoir en place. Néanmoins, ceux-ci ayant l’habitude de hurler avec les loups et de suivre le mouvement plutôt que de le créer, il convient aux aux organisations sociales (partis, syndicats, associations, collectifs, etc..) et aux citoyens impliqués d’initier la dynamique.

    Donc, d’accord avec toi, chacun à son avis doit agir dans ce sens et se mobiliser comme il peut.

    Merci.

  4. Gauche de combat a raison : l’ennemi est le porteur d’eau de l’idéologie néo-libérale… où qu’il se trouve !

    On a trop fait confiance au PS qui a lentement dérivé au centre, s’est converti au capitalisme et au néo-libéralisme, s’est lové dans les institutions de la Vème République, s’attachant uniquement à des choses relevant du sociétal. Le sociétal à la place du social… Le discours de l’égalité des chances à la place de la lutte contre les inégalités sociales…

    Il faut une gauche avec un discours et un programme de gauche… L’exemple de Die Linke est à suivre… Construire une autre gauche qui empêche la dérive du PS

    1. @des pas perdus – le PS c’est surtout et avant tout 200 000 militants et quelques millions d’électeurs sympathisants qui ne sont pas moins de gauche que toi.

      tu te fais plaisir à jouer de ta propre pureté en clamant que « le PS s’est converti au capitalisme et au néo-libéralisme, s’est lové dans les institutions de la Vème, etc… »

      mais voilà, d’une part cela ne correspond pas à la réalité socialiste, d’autre part c’est aller dans le mur de la droite que de prétendre construire la gauche contre une bonne partie de ce qu’est la gauche.

      tu devrais un jour prendre le temps d’être moins complaisant avec toi-même et de discuter avec des militants et des électeurs socialistes. prendre le temps de comprendre ce que cela signifie d’être de gauche, cette chose qui nous dépasse chacun et qui nous rassemble tous – au-delà des postures simplificatrices.

      la thématique du social-traître, c’est tout de même un peu éculé, camarade.

  5. Dedalus : je n’ai jamais prétendu être plus à gauche que quiconque, ni traité les militants de traitres. Ce sont des thématiques qui ne me sont pas familières. je n’ostracise pas. J’essaie d’étudier un processus, une dérive… et certaines vérités ne font pas plaisir…

    Pourquoi nies-tu la conversion du PS ? Ce dernier ne détonne pas avec les autres partis membres du PSE… C’est juste une constatation : loi Quilès, privatisations de France Télécom, vote de directives européennes néo-libérales, Lamy à la banque mondiale, DSK au FMI… Tout cela n’est pas anodin ni ne relève du hasard.

    Dois-je te évoquer l’abstention honteuse des députés socialistes au Parlement européen qui a permis la réélection de Barroso ? Je pense que certains militants socialistes se rappellent encore du slogan du PS lors des dernières élections…

    Il ne s’agit pas construire la gauche contre une autre partie de la gauche, mais je constate que la thématique du vote utile dès le 1er tour est terminée pour bon nombre d’électeurs socialistes. Qu’il est temps que l’autre gauche fasse contre-poids et pas simplement électoralement…

    1. des pas perdus – je vais pour te répondre de me contenter par quelques questions :

      le FMI, c’est mal, par définition ?

      le capitalisme, c’est mal, par définition ? – et n’oublie pas qu’il y a une définition marxiste du capitalisme.

      l’économie de marché, c’est mal, par définition ?

      la concurrence, c’est mal, par définition ?

      ou bien est-il possible de cesser de s’abriter derrière des mots épouvantails dont on se garde bien de donner des définitions claires et précises sur la base desquelles il devient alors possible de réfléchir et de construire ?

      quel est l’ennemi qui fonde la pensée de gauche, le capitalisme, l’économie de marché, la concurrence, ou bien la vision libérale d’une organisation économique et sociale qui conduit à une allocation fondamentalement injuste des ressources, une vision libérale qui proclame la nécessité d’une privatisation de l’organisation économique et sociale, c’est-à-dire la suprématie de l’économique sur le social, c’est–dire la négation de la puissance publique, de sa faculté à fixer les règles… ?

  6. Avec un tel bataillon de gauchistes écervelés, vous n’arriverez à rien, pas plus que des poules s’effrayant dans un poulailler à la vue de la belette. La viande pourrie dans le frigo, ce n’est pas Sarkozy, c’est ce qu’est devenu la France.

Les commentaires sont fermés.