Les femmes et la politique

En votant pour ce curieux sondage du Figaro, je cherchais surtout à connaître l’avis des participants lecteurs du site du quotidien de Sarkofrance: « Les femmes ont-elles une manière différente de faire de la politique ?« .

Il y avait 2726 votants avant moi. Le résultat fut partagé : 51,5% déclaraient OUI; 48,5% pensaient NON. Evidemment, on ne pouvait pas répondre « NE SAIT PAS ». Le vote blanc, jusque dans les sondages « online » du Figaro, n’est jamais comptabilisé.

J’ai voté NON. Comme ça. Ce n’est qu’un avis de mâle féministe qui n’a jamais vu de différence entre homme et femme, à part l’oppression compréhensible et insupportable des dernières par les premiers.

Et vous ?

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Où sont passés les films politiques ?

Il y a longtemps déjà, j’avais rencontré Yves Boisset. Le cinéaste, amateur des films dits « politiques », n’en pouvait plus. Récemment interrogé par Rue89, il récidive. En (Sarko)France, il paraît qu’on ne peut plus financer de films politiques. Je ne sais pas s’il dit vrai : « En quatre ou cinq coups de téléphones, aux responsables des chaînes de télé et aux distributeurs, vous stoppez net un projet. » Plutôt, le cinéma français, à la différence du cinéma américain, a rarement été politique. On trouve bien ici ou là quelques exemples, quelques références du genre. Mais ce n’est pas son style. Les réalisateurs français, depuis un bon demi-siècle, préfèrent triturer les âmes ou divertir les esprits.

Le cinéma américain a toujours suivi une autre voix. Art majeur d’un pays sans passé, le cinéma américain construit des mythes auxquels des générations se sont identifiées. le cinéma américain est, par construction et par nature, politique. Westerns, films noirs, films de guerre, thrillers politiques, comédies romantiques, etc, tous les genres ont été inventés là-bas. Nombre de ces films questionnent la morale individuelle ou collective, le comportement des élites, le rapport aux différences. C’est encore aux Etats-Unis que l’on trouve des thrillers économiques, un genre totalement délaissé en France. Pourquoi la France s’est rarement saisi de ces sujets ?

Fantasmer sur la censure est chose facile. Il y a bien d’autres blocages avant qu’un projet se trouve jeté à la poubelle par un suppôt du pouvoir.

Qui en France fera un film comme Il Divo ? Ce portrait détonnant d’un ancien premier ministre italien, une centaine de fois attaqué, une dizaine de fois jugé, mais jamais condamné, semblait impensable à réaliser et produire dans l’Italie de Berlusconi. Et pourtant…

Gaza, un an après

Lundi, la bande de Gaza fêtait tristement le premier anniversaire de son bombardement par l’armée israélienne. L’opération sobrement intitulée « Plomb durci » par Tsahal avait causé 1 400 morts, essentiellement civils, en l’espace de 22 jours. Depuis, quelques 30 000 personnes restent hébergés dans des logements de fortune, frapé par un blocus qui empêche l’importation de matériaux de construction. Le 28 décembre, un nouveau convoi de médicaments est resté bloqué sur un parking à Aqaba, en Jordanie.

A quoi bon ?

Du côté israélien, on argue que ce territoire était truffé de tunnels clandestins permettant l’acheminement de matériel de combat pour le Hamas; qu’il fallait réduire à néant ces « lanceurs » de roquettes.A quoi à servi cette boucherie ? Ses dirigeants n’osent plus venir au Royaume Uni où une plainte, déposée par un pro-palestinien, les menace d’incarcération. Dimanche dernier, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, s’est inquiété du « sentiment de désespérance » qui prévaut sur place:

« Il y a un sentiment de désespérance à Gaza aujourd’hui pour 1,5 million de Palestiniens, dont la moitié a moins de 18 ans. Leur sort et le bien-être des Israéliens sont étroitement liés »

La guerre à Gaza n’a servi politiquement à rien.

Le problème Tsahal

Israël a été accusée de crimes de guerre. 54 soldats israéliens se sont confiés anonymement à une ONG israélienne « Breaking the Silence« . Ils ont témoigné des instructions de « tirer à l’aveugle » qu’ils ont reçu de leur hiérarchie: « ces témoignages prouvent que la conduite immorale de cette guerre était le fait du système mis en place et non pas de soldats isolés. » a expliqué un porte-parole de l’ONG.

L’armée israélienne est-elle encore sous contrôle démocratique ? Le 26 décembre, l’armée israélienne a tué six Palestiniens. Trois à Naplouse, en Cisjordanie, auraient été exécutés sans sommation, selon B’Tselem, une organisation israélienne de défense des droits de l’homme. Trois autres, des ferrailleurs dans la bande de Gaza, ont été tirés alors qu’il ramassaient des morceaux de tôle, un « comportement suspect » a expliqué Tsahal.

En écrivant ce billet, j’entends déjà les commentaires acerbes de certains supporteurs d’Israël. Confondre le droit à la sécurité de l’Etat hébreu avec la justification de ses exactions militaires est une mauvaise posture.

Jean-François Kahn passe au blog

Jean-François Kahn va ouvrir un vrai blog.

Son billet annonciateur s’intitule sobrement, et curieusement, « Tourner la page« . Le fondateur de Marianne, puis candidat Modem aux dernières élections européennes, explique qu’il « convient de réagir de plus en plus vite à une actualité qui bouscule les permanences – ici et ailleurs –« . Il ajoute qu’il faut « pouvoir s’adapter à cette accélération » que représente la stratégie sarkozyste. Cette dernière incite chacun de nous à « Passer sans cesse à autre chose pour éviter qu’on s’arrête sur quoi que ce soit. » Le blog, pour JFK, serait l’une des bonnes parades.

Depuis ses premiers jours à l’Elysée, Nicolas Sarkozy s’est calmé. Son agenda s’est vidé à la fin de l’année 2007. Mais il continue, avec l’aide de ses conseillers, à alimenter les médias de discours, de messages, de communiqués en tous genres. Même quand il part quelques jours à l’ombre ou au soleil, il y a toujours quelqu’un pour servir les plats. Un sujet chasse l’autre. Depuis septembre dernier, cette boulimie médiatique a été servie par des polémiques involontaires. L’agenda politique a partiellement échappé au chef de l’Etat: la bourde de Brice Hortefeux, les affaires Polanski puis Mitterrand, la nomination avortée de Jean Sarkozy à l’EPAD, les ratés du discours agricole, les dérapages du débat sur l’identité nationale, etc. La liste est longue de ces « évènements » qui ont frappé l’espace médiatique en cascade. La presse a suivi, mais avec toujours deux ou trois jours de retard.

Dans son message, Kahn pointe du doigt l’un des rôles majeurs du Net dans le combat pour une information libre et contradictoire. Les « pure players » du Web, blogs et sites d’infos tels Marianne2, Bakchich, Mediapart ou Rue89, sont là pour ça. La presse papier, même quotidienne, est systématiquement dépassée. Elle doit apprendre -«  s’apprendre » – à porter du recul à une actualité secouée par l’agenda présidentiel.

Il est curieux de constater que l’irruption du Web trouble toujours à ce point les hiérarques de l’information. Seb Musset a décrypté un récent débat télévisé sur France 3. Laurent Joffrin s’y montrait, une fois de plus, très contempteur à l’encontre des « user-generated contents« . La complémentarité des supports apparaît pourtant évidente. Comme hier la radio, la « net-information » apporte à la sphère publique buzz et réactivité que la presse écrite ou télévisée ne peut structurellement lui fournir.

Il est aussi curieux de constater combien chaque vacance de Nicolas Sarkozy agit comme un carême dans les rédactions politiques. Sarkozy absent, et voici l’actualité se couvrir de titres sur la météo et des faits divers en tous genres, tout juste parsemés de quelques billets rétrospectifs des « puissants de l’info ». Les journaux seraient-ils à ce point dépendant de l’agenda élyséen ? Ne peuvent-ils pas fouiller un peu leurs sujets, profiter du repos sarkozyen pour creuser certaines décisions, revenir sur des bilans hâtifs ?

Sur le Net, les rétrospectives sont sans limite, ni d’espace, ni de sujet.

Bienvenue à Jean-François Kahn.

Bloguer peut coûter la vie

Au Vietnam, un blogueur risque la peine de mort, pour « subversion ». En France, les blogueuses et blogueurs (dont votre serviteur) s’inquiètent, s’indignent, protestent contre les menaces sécuritaires du moment. Ils ont raison. Mais ailleurs, l’expression d’une liberté d’opinion peut coûter cher. En Egypte, le blogueur Kareem Amer reste emprisonné, après le rejet, le 22 décembre dernier, de son dernier pourvoi en Cassation. Il a été condamné en 2006 à 4 ans de prison pour « insulte au Président et à l’islam« .

Et nos démarches me semblent alors si dérisoires. Simples blogueurs occidentaux cachés au chaud dans nos foyers, à bloguer par connexion triple play, iPhone ou clé 3G. Nous n’expérimentons pas le danger.

Les critiques du pouvoir contre les secousses d’internet semblent tout aussi dérisoires, voire grotesques et dangereuses. Entendre Frédéric Lefebvre ou Nadine Morano s’énerver contre les « ravages » du Net a quelque chose de cocasse. Qu’ils aillent au Vietnam, en Egypte ou en Thailande. Là-bas au moins, ils pourront envoyer les blogueurs trop critiques en prison.

« Le parquet vietnamien aurait retenu de nouvelles charges contre l’avocat défenseur des droits de l’homme Le Cong Dinh, selon le journal vietnamien Thanh Nien. Initialement accusé de « propagande contre l’Etat », il est désormais poursuivi pour « subversion » de l’Etat et risque la peine de mort, tout comme le blogueur et militant démocrate Nguyen Tien Trung. Ce dernier avait été arrêté le 7 juillet dernier, tandis que l’avocat avait été arrêté le 13 juin. Tous deux seraient accusés de liens avec le Parti démocratique du Vietnam, interdit par les autorités, de rédaction de documents de propagande contre le régime, et d’incitation à la subversion sur Internet. La date de leur procès n’a pas encore été annoncée, mais il pourrait se tenir en début d’année prochaine.

Reporters sans frontières dénonce les accusations retenues contre Le Cong Dinh et Nguyen Tien Trung pour nourrir l’existence d’une véritable conspiration internationale contre le gouvernement d’Hanoï alors que ces deux hommes n’ont fait qu’exprimer leurs opinions. « Nous demandons leur libération immédiate et inconditionnelle » a déclaré l’organisation.

Signez la pétition pour la libération de Nguyen Tien Trung, militant des droits de l’homme qui a effectué ses études en France : http://freetrung.tk »

Le Monde en aurait-il trop fait contre Ségolène Royal ?

On sait pour qui Le Monde n’appellera pas à voter en 2012, si Ségolène Royal se retrouve une nouvelle fois en situation de concurrence présidentielle. Coup sur coup, le « Quotidien du Soir » s’est fendu de deux articles aux titres prémonitoires:

« Comment Segolene Royal ensorcelle ses alliés en ses terres de Poitou Charentes« 

Le procès en sorcellerie de l’ex-candidate est une donnée fondamentale de l’anti-royalisme. Sego abuserait de références religieuses dans ses discours. Elle préfèrerait la forme au fonds; ses tenues seraient « christiques », etc etc. Et blablablabla. Notre consoeur Olympe s’est justement interrogée sur le sexisme d’un tel titre: Ségolène Royal ensorcelle. Elle userait d’armes déloyales dans ses « terres ». Ce clin d’oeil au Moyen Age est stupéfiant de la part d’un grand journal. Les femmes sont donc des sorcières potentielles ou avérées. Les hommes seraient à l’inverse francs et directs. Je me demande si Le Monde aurait osé titrer « Comment Sarkozy brutalise ses alliés ». Que reste-t-il au Monde pour dégrader un peu plus ses analyses politiques ?

Quelques jours plus tard, le Monde récidivait avec un « Radiozapping » dédiée à Segolène Royal: « Des excuses à l’Afrique puis à Jose Luis Zapatero, les photos dans Paris Match, la rupture avec Vincent Peillon, Ségolène Royal a défrayé la chronique politique en 2009. »

« En 2009, Ségolène Royal en a-t-elle trop fait ?« 

Je ne sais pas comment reprocher à un(e) opposant(e) d’en faire trop en période d’opposition. J’ai plutôt tendance à reprocher l’inverse à nombre de figures de gauche ou du centre. Celles et ceux qui n’économisent pas leurs efforts, peu importe leur camp, méritent nos encouragements : Ségo, Mélenchon, Hamon, Bayrou, Villepin, Cohn-Bendit, pour n’en citer que certains.

Qu’arrive donc t-il au Monde ?