Les vrais militants

La vraie militance n’est pas blogosphérique. A lire les témoignages de certains bénévoles qui, à Calais, aident des sans-papiers, le blogueur devrait s’interroger sur l’utilité de son action numérique.

1. Sur le terrain, l’action est dure. Il faut donner de son temps, et de sa persuasion. Sortir affronter le contradicteur, se frotter à la pauvreté, la solitude, la difficulté des situations individuelles. J’admire les désobéissants, qui mettent en risque leur propre position, sacrifient des heures familiales pour une cause ou une conviction. J’admire les parents d’élèves mobilisés par RESF, les activistes de Greenpeace, les militants politiques qui tractent le dimanche matin.

Elle regarde le pied bandé du jeune Afghan. «Eh ben alors ? Ouat’s appeun ?» Lui, penaud : «Football…» Sylvie Copyans se marre : «Ah non… Tu peux courir après les camions, mais no football !»

Dix heures, rue de Moscou, à Calais, près du port. L’heure du thé, à la louche dans les gobelets. Environ 300 migrants vivent sous les ponts, dans les squats, candidats à l’asile en Angleterre. L’association Salam et le Collectif de soutien d’urgence aux réfugiés (C’Sur) les nourrissent, les habillent, les aident à demander l’asile. C’est la drôle de vie de bénévole de Sylvie, Jean-Claude, Vincent, Pierrette, Monique et quelques autres.

Source: Libération

2. A la maison, le blogueur reste un observateur distant. Il peut être impliqué « dans la vraie vie« , son activité blogosphérique est au mieux militantisme solitaire, littéraire, et confortable. Je m’interroge pourquoi je peux écrire des heures durant sur les blogs Sarkofrance depuis bientôt trois ans, alors que le militantisme politique m’a toujours épuisé très rapidement. Il y a 15 ans, au Parti Socialiste, ma section « rocardienne » m’amusait. La débacle de mars 1993 a eu raison de mon engagement. Depuis 3 ans encarté chez les Verts, je me suis rarement montré, faute d’enthousiasme. Surtout, le blog a mangé tout l’espace.

Bravo aux vrais militants.

Joyeuses fêtes à tous.

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Quand Jack Bauer torture le Père Noël

Jack Bauer est le héros de l’une de mes séries préférées. La dernière saison, 7ème du nom, est cruelle et fascinante. Puisque c’est Noël, régalons nous !

Joyeux Noël 3.0

Tradition oblige, il faut se souhaiter mutuellement un joyeux Noël. Pour beaucoup, Noël est une période particulièrement difficile. Un jour comme les autres, mais où s’ajoute l’excitation consumériste et affective collective. Le 25 décembre, les SDF sont toujours là. Tout juste peuvent-ils récolter davantage de pièces que d’habitude, à la sortie des messes.

A Noël, la France chrétienne se retrouve, quand elle est encore pratiquante, dans des messes de minuit qui énervent les athés. Pour ce Noël 2009, nous auront quelques pensées pour nos voisins musulmans qui sortent ébahis de deux mois de débat sur leur insertion dans notre belle société aux « racines chrétiennes ».

Sait-on seulement pourquoi et pour qui nous fêtons Noël ? Celles et ceux qui ont encore une progéniture en âge de fantasmer sur les cadeaux ont cette satisfaction: Noël est une fête. Pour les autres, il faut se forcer à suivre. Noël est un « marqueur » de la tradition familiale.

Joyeux Noël à tous !

Le Monde est-il indépendant ?

Le 18 décembre dernier, le quotidien Le Monde fêtait ses 65 ans. Un supplément spécial posait la question qui fâche: « Aujourd’hui, Le Monde, indépendant politiquement et économiquement, est-il encore essentiel ? » Evidemment, le journal répond par l’affirmative, témoignages de prestigieux lecteurs à l’appui: Lilian Thuram, Edgard Morin, Elie Barnavi, Eva Joly, Hamé ou Adam Michnik se prêtent au jeu. J’aurai pu écrire que je lis Le Monde depuis l’âge de 15 ans. Cela fait donc bientôt 25 ans déjà.

Mais la question de l’indépendance est en fait à peine effleurer. Le Monde est un journal de pouvoir. Son lectorat est sans doute de centre-gauche, mais ses colonnes s’ouvrent régulièrement aux thèses du sarkozysme. On y lit régulièrement de très sérieux articles nous justifier la rigueur, l’inéquité fiscale, ou la défense des puissants.Il y a plusieurs raisons à cela.

1. Les journalistes du Monde, comme d’ailleurs, évoluent dans un certain milieu. Le biais culturel, chez les hommes et femmes de médias est chose connue. Au Monde, on ajoute le sérieux de l’analyse pour contrer l’émotion de la révolte. Toute rebellion est contenue. Il faut chercher ici où là ces articles qui font mal.

2. Le Monde a besoin d’annonceurs. Les entreprises, surtout les grandes, ne supportent pas l’attaque et la critique. Une enquête mal placée et la publicité s’arrête. C’est de bonne guerre.

3. A force de cotoyer leur sujet « de l’intérieur », les journalistes font corps avec ses thèses dominantes. Ceux qui couvrent l’actualité sociale, ou l’Education nationale, ne semblent pas avoir la même vision de la société que le service « Economie ».Certains ont même développé des rancunes, ou des obsessions.

4. Le Monde vit sur un mythe de l’information indépendante. La réalité prend parti chaque jour. Elle est rarement binaire. Elle exige de l’interprétation, un angle pour la comprendre. L’indépendance de l’information est un mythe. Le choix des « unes » et des titres, la tournure des articles sont autant de preuves des partis-pris d’un journal.

5. Le Monde, comme d’autres, est bousculé par l’accélération de l’information, à cause de l’internet. Le journal, comme d’autres, réagit et surréagit à des scoops et des buzz en cascade qui se chassent les uns les autres. Il y a 20 ans, le quotidien du soir pouvait maîtriser l’agenda médiatique, au moins pendant quelques jours ou quelques heures. Désormais, il faut que le scoop soit fort, massif, incontournable. Le Monde dépend d’un écosystème médiatique qu’il maîtrise moins.

Elle est bien, cette Aurélie Filippetti

La députée socialiste de Moselle, menacée par la disparition de sa circonscription dans le prochain redécoupage électoral du gouvernement, a taclé « l’indignation bling bling »de Nicolas Sarkozy à propos des EUROSTAR. Elle a raison. Passer des enjeux planétaires de Copenhague à une fâcherie sur les retards de quelques trains sur la ligne Paris-Londres a quelque chose de cocasse et d’indécent.

La députée s’est également prononcée pour une loi interdisant la Burqa. Elle s’oppose à ce déguisement tristement folklorique. « Non seulement, ça me choque mais ça m’insulte » a-t-elle justifié. Cette tenue est une « atteinte à la dignité de la personne humaine ». « Ce n’est pas une prescription coranique ». La tribune, qu’elle a signé avec Manuel Valls, mardi 22 décembre dans les colonnes de Libération, est très claire :

« Même si les spécialistes religieux s’accordent à reconnaître que le port du voile intégral ne fait l’objet d’aucune recommandation coranique, il n’appartient pas au politique de piocher dans leur argumentaire pour justifier son positionnement. S’approprier ce référentiel serait une faute pure et simple de jugement. Puisque la France est une société laïque séparant l’Etat du religieux, c’est bien au cœur de la sphère publique qu’il nous faut façonner notre jugement.

Alors, que remet en cause la burqa dans l’espace public ?

La Convention européenne des droits de l’homme est limpide en la matière. Elle précise, dans son article 9, que la liberté de manifester sa religion ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent « des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l’ordre (…) ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

Or, qu’il soit volontaire ou non, le port du voile intégral nuit à la société et à l’ordre public dans la mesure où il soustrait au regard d’autrui les femmes qu’il recouvre. Elles sont exclues, de fait, de la société et du champ public puisque cachées intégralement derrière un vêtement indifférencié.

Mais la burqa est aussi une atteinte à la dignité humaine. Elle concerne tout individu dans la mesure où elle place la femme à un rang de subalterne. Car une femme dont on ne peut lire les expressions du visage perd de son humanité. Car une femme qui se voit interdire le port de certains vêtements perd, aussi, de sa liberté. L’homme n’étant pas concerné par le port de la burqa, celle qui la porte est reléguée d’emblée à son seul et unique statut de femme sans que l’on puisse lire sur son visage ou son corps, d’autres caractéristiques de son individualité. La République française, qui porte en son sein l’égalité homme- femme, ne peut l’accepter. »

Il est dommage de voir qu’Aurélie Filippetti reste logée dans une opposition, sans doute sincère mais parfois ironique, contre Segolène Royal. Elle s’est ainsi déclarée contre le souhait exprimé par Ségolène Royal à l’égard de la direction du PS ne pas instrumentaliser les élections régionales. Aurélie Filippetti a raillé gentiment la proposition. Depuis l’affaire de la taxe carbone, pour laquelle sa propre position était malaisée au sein du Parti Socialiste, la députée s’est éloignée de l’ex-candidate à la présidentielle. Dommage.

Europe Ecologie

Laure, une très estimée consoeur, est venue commenter le relais accordé sur ce blog à Voix Militante sur la désignation de Claude Taleb sur la liste Europe Ecologie (EE) de Haute Normandie. Loin de moi la quelconque envie de sabrer un mouvement que je soutiens. En fait, j’attendais une réaction, une défense, une explication pour celles et ceux qui voient ces disputes de loin. Laure l’a très bien fournie. Merci à elle (*).

« Un CapR (comité régional) est constitué en Haute-Normandie comme dans toutes les régions. Il est entièrement validé par le comité national. Comme dans toutes les régions, il est constitué de militants Verts et de non Verts. (…) Jamais je n’ai vécu un tel fonctionnement démocratique. c’est compliqué, il faut discuter, négocier, ça prend du temps, mais même imparfait, jamais je n’ai expérimenté une construction aussi collective. Nous avons réalisé quatre ateliers participatifs, que nous avons ensuite restitué lors d’une convention. Tous les Verts de Haute-Normandie, tous les membres d’Europe Ecologie et tous les signataires de l’appel étaient conviés aux ateliers comme à la convention. Nous travaillons actuellement dans des comités de rédaction (il y en a douze) sur la constitution du programme. Toutes les bonnes volontés étaient sollicitées. »

EE n’est pas un parti politique. Sans statut, on se désigne, on se coopte. Et les Verts, parti ultra-structuré, à la gouvernance ultra-démocratique, paritaire et compliquée, ont dû partout faire de la place, depuis les élections européennes, à des « non-Verts ». Cela génère des disputes, des fâcheries, des malentendus.

A considérer les listes EE présentées récemment, en Haute-Normandie ou Ile-de-France, on devrait être ravi. La parité est là, la diversité plus qu’ailleurs. Elles respirent l’ouverture.

Le 14 mars prochain, ne vous trompez pas.

(*) L’intégralité du commentaire est disponible ici.