Journalistes otages: tout a un prix en Sarkofrance


Reporters Sans Frontières s’est dit consterné par les propos du général Gergolin à propos du coût des opérations militaires pour retrouver les 2 journalistes français otages des Talibans en Afghanistan. Le chef d’état-major des armées françaises, nommé à ce poste par Nicolas Sarkozy, avait évalué ces dernières à 10 millions d’euros. « C’est la troisième fois depuis l’enlèvement de ces deux journalistes que les autorités françaises relancent la polémique, alors même qu’elles ont demandé de faire preuve de discrétion et de retenue. Rappeler encore une fois que les recherches coûtent cher est irrespectueux vis-à-vis des familles et inutile » a commenté RSF. RSF a raison de souligner l’irrespect manifeste du général vis-à-vis de la situation des journalistes et de leurs familles.

Tout a un prix en Sarkofrance, surtout quand cela concerne le respect de quelques fondamentaux de la démocratie sociale ou politique du pays. L’assurance maladie est « trop chère« , les retraites par répartition sont « trop chères« . Le journalisme libre est « trop cher« . L’état major français, soutenu par son pouvoir politique, préfère, comme aux Etats Unis, des journalistes discrets et dociles, « embarqués » par les forces armées, nourris aux communiqués de presse officiels. Les reporters indépendants sont une espèce désagréable pour la parole officielle. Il est plus facile d’attaquer la presse indépendante sur le prix de son indépendance que sur autre chose.

Thierry Saussez, le publiciste de l’Elysée, va dépenser environ 200 millions d’euros cette année en propagande publicitaire pour défendre la politique du gouvernement dans tous les médias. La récente campagne indécente figurant une Marianne enceinte pour promouvoir le Grand Emprunt ne coûte pas beaucoup moins cher que quelques jours d’opérations militaires françaises en Afghanistan pour rechercher nos otages. Mais cette dépense est jugée « normale« , l’autre pas.

La Sarkofrance multiplie les dépenses inutiles. Quand Nicolas Sarkozy se fait épinglé par la Cour des Comptes pour le coût faramineux de son sommet pour l’union de la Méditerranée (16 millions d’euros pour 5 heures de réunion à Paris le 13 juillet 2008), ses proches expliquent que la diplomatie française vaut bien cet effort. Vraiment ?

On aurait également pu rappeler au général Georgelin le coût des avions Rafale, ces spécimens de l’industrie aéronautique française que seule notre armée nationale a dû se goinfrer, trop chers pour la totalité des armées du monde. On nous rétorquerait, peut être avec un semblant de lucidité, que l’indépendance militaire de la France est à ce prix. Et l’indépendance de l’information ? Ne vaut-elle pas quelques jours de déplacement présidentiel ou quelques heures de vol en Rafale ?