La patronne du mois: Sophie de Menthon

Sophie de Menthon voulait présider le MEDEF, et, a minima, se déclarer candidate contre Laurence Parisot. Elle dirige (agite ?) une sous-organisation patronale qui s’intitule sobrement ETHIC. La profession de foi est claire:

« Depuis sa création, ETHIC a pour mission de promouvoir l’éthique auprès de tous les acteurs économiques.

En effet, investir dans le capital éthique de l’entreprise permet d’accroître la qualité des relations sociales, véritable clef du succès de la performance économique.

L’éthique est dorénavant indispensable, incontournable à l’aube d’un capitalisme nouveau à visage humain. L’éthique ne doit plus être aujourd’hui un effort consenti, mais doit guider les comportements.

Les valeurs des membres ETHIC

  • Intégration de l’homme au cœur du système économique
  • Management éthique et transparence envers les salariés, clients, fournisseurs et actionnaires
  • Responsabilité personnelle et individuelle à tous les niveaux
  • Défense de la liberté d’entreprendre et de la libre concurrence »

Sophie de Menthon n’a pu se présenter à la tête du MEDEF. Sa boîte avait oublié de cotiser… C’est béta.

Il y a longtemps déjà, la dite présidente s’exprimait chez Serge Moati, dans l’émission Ripostes, depuis supprimée. L’échange est lunaire. On lui demandait de réagir aux discriminations contre les malades.

« Est-ce que je dois être politiquement correct » ? »

Non, vous devez être libre, réponds Moatti, flairant le bon coup.

Et bien oui, c’est normal de ne pas recruter un salarié malade, pour la dite Sophie de Menthon. Il faut comprendre les patrons qui n’ont pas envie de recruter des salariés séropositifs. Il faut comprendre. La productivité pourrait s’en ressentir.

Il faut comprendre.

Je ne comprend pas que cette future ex-candidate puisse limiter son raisonnement à une telle bêtise a-morale.

ETHIC, le patronat à visage humain ?

Le discours de droite

François Hollande s’exprimait mercredi matin sur France Inter. Un auditeur, récemment retraité, lui demanda pourquoi le Parti Socialiste s’évertuait à défendre la durée courte de la période de référence pour le calcul des pensions des fonctionnaires.

On pourrait simplifier la société française en trois groupes pour mieux comprendre l’argumentaire libéral traditionnel: un vaste ensemble de salariés, artisans et petits entrepreneurs du secteur privé ; les fonctionnaires ; et une minorité ultra-privilégiée. En matière économique, la droite libérale défend les troisièmes, avec l’aide des premiers. Elle joue souvent les premiers contre les seconds pour mieux protéger les troisièmes. La crise aidant, ces artifices finissent par devenir trop voyants. Prenons deux exemples récents.

L’impôt sur les sociétés, sujet caché
A droite, on critique bien volontiers le niveau jugé trop élevé des prélèvements, notamment sur les entreprises. Le MEDEF n’a de cesse de dénoncer notamment l’impôt sur les sociétés, une charge qui nuirait à la compétitivité des entreprises françaises. On omet bien sûr de préciser que les grandes entreprises délocalisent plus facilement leurs revenus, qu’elles ne payent ainsi jamais 33% d’impôt sur leurs bénéfices. Pour les entreprises du CAC40, le taux effectif est plus proche de 8%. Seules les PME et les TPE supportent le taux plein. Mais faire croire que la lutte contre la fiscalité est un combat commun est une démarche politique plus facile à défendre que l’égalité fiscale.

La protection de l’emploi, sujet bâclé
La protection de l’emploi dont bénéficient les fonctionnaires est régulièrement dénoncée. Pourtant, ce serait oublié bien vite les facilités nombreuses que la classe supérieure réserve aux siens : consanguinité des conseils d’administration des grandes entreprises, rémunérations désindexées des performances économiques et sociales, favoritisme relationnel, etc… Les motifs d’indignation sont nombreux.

La réforme des retraites, sujet brûlant.
A droite, on explique qu’il n’y aucune raison que les fonctionnaires bénéficient encore d’un système plus avantageux que leurs collègues du privé, alors que le régime par répartition est menacé. Hier, on critiquait ainsi les écarts de leur durée de cotisation, plus courte pour les fonctionnaires que pour les salariés du privé. Aujourd’hui, on critique toujours les écarts de période de référence pour le calcul des pensions, plus courte pour les uns que pour les autres (6 mois contre 25 ans). Ces arguments peuvent sonner juste à l’oreille des précaires du privé. Le débat sur les retraites-chapeaux de quelques-uns n’est jamais posé. On omet également bien volontiers de se demander s’il est équitable que les retraites, calculées sur les salaires, reproduisent chez nos seniors les mêmes écarts de revenus que parmi les actifs. Dans un récent rapport, l’INSEE soulignait que les écarts de revenus se sont envolés depuis dix ans. Dans quarante ans, constatera-t-on la même évolution sur le niveau des retraite.

Attaquer les acquis des uns, pour mieux protéger les avantages des autres est une constante qu’il faut constamment dénoncer.

Ségolène Royal, et l’insécurité

J’ai écouté, comme d’autres, Ségolène Royal le 20 avril dernier sur France Info. La journaliste lui demandait de réagir aux déclarations sécuritaires de la veille de Nicolas Sarkozy. J’ai pensé, quelques minutes, à oublier mon empathie naturelle pour l’ex-candidate socialiste à l’élection présidentielle. Depuis des mois, je ne suis que rarement son actualité. J’observe sans commenter les débats picrocoliens au sein du Parti Socialiste, les égos qui se développent, se déploient en vue des prochaines primaires. Hollande, Valls, Moscovici, etc… Chacun y va de son commentaire avec une posture qui se veut présidentielle.

Ségo Royal, donc, parlait sécurité. Si Valls avait parlé, il aurait dit qu’il faut être ferme contre les jeunes délinquants et que l’absentéisme scolaire en banlieue est un vrai problème. Si Hollande avait parlé, il aurait dit que Nicolas Sarkozy agite la sécurité comme un vacarme (je m’avance peut être). Si Mosco avait parlé, il aurait pointé vers le projet socialiste et ses grandes valeurs.

Sur France Info, la journaliste demandait à Ségo quelle serait sa politique en matière de sécurité. En quelques secondes, quelques minutes tout au plus, Ségolène Royal a parfaitement résumé ce qu’il faut faire, sans grande et belle déclaration. Du concret, que du concret. Et à gauche : « on a besoin, non pas d’un vocabulaire de combat, mais d’une action de combat » commença-t-elle par rappeler. Puis elle distingue trois insécurités, qui supposent trois types de réponses, alliant prévention, répression et réinsertion. Une démarche à l’inverse de Nicolas Sarkozy qui semble ne faire aucune différence entre un gamin absent des cours et un trafic de stupéfiants.

  • les actes d’insécurité: elle désigne les incivilités diverses et variées, « souvent de très jeunes enfants, de plus en plus jeunes« . Elle prône une réponse immédiate des adultes du quartier, des adultes de l’école et les parents.
  • la délinquance : « ni la police, ni la justice n’ont les moyens d’agir. » Et elle ajoute: « il faut aider les parents, et et notamment les mères seules« . Elle rappelle aussi qu’il faut lutter contre l’une des causes majeures de la délinquance des jeunes : le chômage. « La prison n’est pas la solution. »
  • la grande criminalité : la police n’a pas les moyens. Et Sego cite les 9000 suppressions d’emploi de 2008 à 2010.

Elle n’a le monopole de ces idées, bien au contraire. Mais ce matin-là, elle tapait juste.

Sur la suspension des allocations familiales, Ségolène Royal rétorque : « Aller affamer les petits frères et les petites soeurs des jeunes délinquants, est-ce la bonne solution ? »

Téléchargez-la (légalement)


Agnès Bihl s’est donnée en concert à Paris. Samedi 24 avril, elle était au Trois Baudets, entre Pigalle et le Moulin Rouge. Un spectacle réjouissant, car la chanteuse sait y faire. Elle peut vous faire pleurer avec son titre sur une ado tétraplégique après un accident de voiture, vous scotcher avec un autre sur l’inceste (« Touche pas à mon corps »), et surtout vous faire rire avec ses jongleries verbales jamais gratuites, toujours efficaces. Agnès Bihl parle de tout, et s’éloigne un peu plus chaque jour avec une certaine nouvelle scène française qui n’en finit plus de tourner en rond dans son salon.

Il y avait Anne Sylvestre (l’idole de mes 5 ans), Grand Corps Malade, un certain Yves Jamait.

Nous écoutions Agnès Bihl avec les Ptites Racailles, des chansons sur la sortie de l’enfance, le féminisme naturel, le choc de l’actu, l’incompréhension du monde. En introduction, Agnès a simplement expliqué le titre de son dernier album (Rêve Général(e)), un hommage à un certain esprit de mai 68 où l’utopie n’était pas chose indigne, « parce qu’il n’y a pas de raison qu’on soit complexé à gauche, non ? »

Son concert fut à son image, réjouissant.

Son dernier titre, Téléchargez-moi, est un clin d’oeil érotisant et drôle au Déshabillez-moi de Juliette Gréco.

Téléchargez-là… légalement.

Burqa, le grand n’importe quoi, à gauche

La gauche s’est mal positionnée contre la dernière polémique sarkozyenne, l’interdiction prochaine et généralisée du port du voile intégral. C’est le Figaro qui le dit, mais il n’a pas totalement tort. Au Parti Socialiste, certains sont favorables à une loi contre la Burqa (Manuel Valls, Aurélie Filipeti), d’autres pas. Harlem Désir (de retour d’Inde après un séjour prolongé pour cause de volcan islandais) a dénoncé le vacarme : « aucune burqa n’est assez grande pour cacher l’échec économique du gouvernement« . Plus à gauche, le NPA nage en pleine schizophrénie:

« L’interdiction faite à une femme portant le voile intégral de conduire est le signe avant coureur des conséquences qu’aura inévitablement la loi, voulue par Sarkozy, interdisant le port de la burqa dans l’espace public : elle interdira de fait à ces femmes de circuler librement et les assignera à domicile, ce qui renforcera encore l’oppression qu’elles subissent. Tout en s’opposant à ce projet de loi liberticide, le NPA réaffirme sa solidarité avec les femmes qui luttent contre toutes les formes d’oppression, dont le voile intégral, mais c’est d’abord en luttanttoutes ensembles pour le droit à disposer de leur corps que les femmes s’émancipent. La loi de Sarkozy ne les aidera en rien, bien au contraire. »

Les Verts s’étaient déjà prononcés contre la loi, en décembre dernier, usant d’arguments similaires quand Jean-François Copé exigeait une loi pour janvier.

Sur le fonds, ce débat est pourtant simple :

1. La Burqa n’a rien à voir avec l’Islam.

2. La Burqa doit être interdite.

3. Sarkozy instrumentalise le sujet. Une loi est inutile.

4. Personne à gauche ne devrait sortir l’argument selon lequel l’interdiction de la Burqa va « assigner à domicile » des femmes voilées.

Autre chose ?

L’Arizona … sur les traces de Sarkofrance

En Arizona, l’un des Etats américains  frontaliers avec le Mexique, la gouverneure a signé une législation parmi les plus dures contre l’immigration clandestine. Sur place, elle choque. Aux Etats-Unis, la police ne peut pas contrôler les papiers d’identité sans infraction constatée. La nouvelle loi, qui vise l’immigration clandestine, autorise la police locale à interroger toute personne qu’elle soupçonne, pour quelque raison que ce soit, d’être un immigré clandestin.

On s’imagine souvent l’Amérique beaucoup plus répressive que la France. Elle l’est par bien des égards. Mais cette affaire révèle la subtilité de nos situations respectives.

En France, les contrôles d’identité inopinés sont légaux et légions. La règlementation autorise tout : « Le contrôle d’identité peut être fait par un policier, un gendarme et dans certains cas un douanier. » Les motifs sont très larges : « Ces contrôles ont pour but de vérifier le respect de l’obligation de détention, port et présentation des titres et documents prévus par la loi. »  Mais ils peuvent servir aussi à prévenir ou enquêter sur des infractions:

Le contrôle d’identité de police judiciaire a lieu dans le cadre de recherches ou de poursuites d’infractions.

Des contrôles d’identité peuvent être pratiqués à l’égard des personnes dont un indice laisse penser qu’elles :

  • ont commis ou tenté de commettre une infraction,
  • se préparent à commettre un crime ou un délit,
  • sont susceptibles de fournir des renseignements sur un crime ou un délit,
  • font l’objet de recherches ordonnées par une autorité judiciaire.

Le contrôle d’identité peut être administratif : « Le contrôle d’identité de police administrative a pour but de prévenir une atteinte à l’ordre public et peut avoir lieu dans une rue, dans une gare par exemple. »

Amis américains, bienvenue en France !

PS: je me suis fait contrôlé la semaine dernière.