Viols ailleurs, tournante ici.


Quiconque a lu cet article de Libération sur les « femmes d’Hassi-Messaoud », cette semaine, a dû en sortir marqué. Il y a neuf ans, des femmes étaient violées, menacées, lynchées, dépouillées, dans le village d’Hassi Messaoud, dans le grand Sud de l’Algérie. Les coupables étaient des hommes du coin, armés de gourdins, de coûteaux ou de haches.Le paradoxe est que ces exactions, ces crimes étaient commis dans une ville par ailleurs pétrolière et ultra-sécurisée.

Le 13 juillet 2001, en effet, plusieurs centaines d’hommes de Hassi Messaoud, fanatisés par un imam local, avaient mené une expédition punitive d’une terrible sauvagerie, un véritable lynchage durant lequel plusieurs dizaines de femmes isolées avaient été atrocement torturées et violées, certaines d’entre elles laissées pour mortes. Laissées pour mortes, c’est le titre d’un ouvrage paru récemment, dans lequel Rahmouna Salah et Fatiha Maamoura racontent leur vie avant, pendant et après les exactions de Hassi Messaoud, auxquelles elles avaient survécu par miracle.

Certaines des victimes s’étaient unies pour porter plainte.Neuf ans plus tard, neuf années de silence d’Etat plus tard, la même histoire recommence. Les mêmes silences, les mêmes crimes.

Ainsi, Souad, qui loge dans le quartier des «36 logements», a été attaquée avec sa sœur par «une bande de cinq à six enturbannés» au milieu de la nuit. Les visages masqués pour ne pas être reconnus, ses agresseurs la dépouillent de sa chaîne en or, ses bagues, ses boucles d’oreilles et son téléphone, sous la menace d’un tournevis. Il y en a pour 100 000 dinars algériens (1 000 euros), et il lui reste une large entaille sur le ventre. Lorsqu’elle va faire constater sa blessure et déclarer l’agression au commissariat le lendemain, l’officier lui répond : «Estimez-vous heureuse ! La femme qu’ils ont volée il y a quelques jours est à l’hôpital. Ils l’ont violée à cinq, la laissant dans un état de choc.» Pendant les jours suivants, ses agresseurs utilisent son téléphone, sans être inquiétés pour autant.

En lisant cela, on est évidemment choqué, et plus encore. Facile à dire, mais rien à faire.

Autre lieu, autre fait, autre dégoût. Nulle comparaison.

Le 2 avril, une jeune fille de 14 ans a été violée, aux Ulis en région parisienne. Elle a quitté son quartier, avec sa famille. On dit qu’elle a été intimidée, même si elle a porté plainte. Dans son ancien quartier, d’autres jeunes, garçons et filles, ont été entendus à la radio déclarer qu’elle l’avait bien cherché. On a pu même entendre une adolescente expliquer : « elle n’a pas été violée, elle a été ‘tournée’« .

Ne vomissez pas.

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2 réflexions sur “ Viols ailleurs, tournante ici. ”

  1. Et pour les 70% des crimes de sang qui sont commis dans la touffeur du cercle familial, quelle que soit sa couleur, son origine, son statut social, on dit quoi ?

    Silence ! On tourne ?

    La violence change de forme, on appelle ça la barbarie…

    C’est le fardeau de l’homme, c’est tout ce que nous sommes, c’est la nature humaine… Pas moyen d’y échapper (?).

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