Incroyable mois de juillet sur Sarkofrance

Habituellement, l’été est une période peu propice à la fréquentation médiatique. Les audiences télé patinent, les journaux s’allègent, et … les blogs se désertent. Pour ce mois de juillet écoulé, les statistiques de fréquentation des blogs Sarkofrance furent assez incroyables. L’actualité Woerth a bien servi l’ensemble. On ne répétera jamais assez que les publications politiques ne sont jamais assez aussi efficaces que dans l’opposition.

Merci donc à toutes, et tous, aux commentaires ou aux mails directs, aux corrections volontaires de fautes d’orthographe (trois lectrices et un lecteur se sont succédés ces dernières semaines pour corriger mes erreurs et autres fautes de frappe). Bravo aux confrères et aux consoeurs qui participent.

1. Sarkofrance a été visité plus de 80 000 fois en juillet, pour 46 000 « visiteurs uniques absolus » (dans le jargon de Google Analytics). Les billets les plus consultés furent :

Sarkozy, 20 mensonges : 4 970
et
Eva, Banquière de Mme Bettencourt : 4 216

2. Depuis avril, Marianne2 m’héberge également. La fréquentation là-bas est hors normes. En juillet, le blog a accueilli 135 000 visiteurs différents, pour 216 000 visites et 630 000 pages vues. La chronique hebdo, publiée en « avant-première » le samedi sur Sarkofrance, puis le dimanche à l’aube sur Marianne2 est souvent la plus prisée.

3. Les Coulisses ont bondi, d’un régulier 400 visites quotidiennes à environ 750 ce mois-ci, soit 29 000 visites en juillet. Les plus gros billets furent les suivants:

Jean-François Kahn nous abandonne, trop 1 930
Pourquoi il faut parler de l’affaire Woe 1 334
Est-on vraiment encore en démocratie ? 1 244
Comment nommer Nicolas Sarkozy 1 137
Michel Rocard n’a rien compris 1 109
La corruption est l’affaire de chacun. 1 087

4. Mes Ptites Racailles, moins actives, mais toujours fidèles, ont attiré 3000 visites en juillet. Leurs vacances, loin de leur père blogueur scotché au travail, n’ont pas eu trop d’impact sur la fréquentation.

5. Côté apporteurs de traffic grâce à d’aimables liens, j’ai été surpris de constater que Marianne2 a peu d’impact sur Sarkofrance, comme si ces différents blogs vivaient dans des écosystèmes différents: Marianne2 n’a attiré « que » 4500 liens directs vers Sarkofrance (contre 30 000 via feedburner). En revanche, l’impact est plus net sur les Coulisses, qui figurent sur la page d’accueil du blog chez Marianne2. En découvrant cette liste des 25 premiers sites référents, je suis resté troublé. Il y a de tout, mais peu de blogueurs.

1. 4 471
2. 1 760
3. 1 344
4. 871
5. 766
6. 744
7. 692
8. 591
9. 330
10. 183
11. 176
12. 153
13. 132
14. 127
15. 117
16. 116
17. 109
18. 104
19. 92
20. 91
21. 89
22. 88
23. 86
24. 85
25. 84

Quelles conclusions ? Primo, les sources d’audience ont changé. Se mêlent des blogueurs, des sites medias, des agrégateurs. Deuxio, l’existence de plusieurs blogs ne nuit pas, ni ne favorise pas l’audience. Il m’est possible de tracer les visiteurs communs entre les différents blogs. Mais j’avais cru un instant que Marianne2 viderait Sarkofrance. Ce n’est pas le cas. Tertio, Facebook attire. Le cap des 1000 amis sera franchi cette semaine.

Au final, si l’on s’autorise un cumul mathématiquement improbable, les billets de Sarkofrance ont été lus par 181 000 visiteurs, pour 296 000 visites.

Ami(e)s lectrices/lecteurs, évidemment, merci.

La Corrida. Et Juan

La Catalogne espagnole vient d’interdire la pratique de la corrida. J’applaudis, des deux mains. Il est certaines traditions que la Tradition n’excuse pas. La liste est longue, même si elle se rétrécit. Les supporters de la corrida argumenteront que cette interdiction est la mise à mort d’un fondement culturel local. On aimerait répondre qu’ils peuvent bien pratiquer leur spectacle favori. Sauf que, le dit spectacle consiste à embrocher un taureau lors d’un tête-à-tête machiste et dangereux où l’animal, s’il ne parvient pas à embrocher lui-même le type en costumes à paillette qui le nargue avec son drapeau rouge, doit supporter une mise à mort qui dure des plombes.

Sans vouloir défendre des « droits de l’animal » identiques à ceux de l’Homme (sic !), on peut s’interroger sur le plaisir d’une telle pratique.

J’ai toujours détesté la corrida.

Sarkozy n’est pas mon président

Un confrère, l’Hérétique, a rebondi sur un précédent billet de ces Coulisses où je m’interrogeai sur l’appellation adéquate pour désigner Nicolas Sarkozy.  « Eh si, Sarkozy est mon président » s’exclame-t-il, rappelant que cela ne l’empêche pas d’être un opposant à la politique sarkozyenne.Mon billet commençait par: « Je suis républicain, mais Nicolas Sarkozy n’est pas mon président. » Sur son blog, l’ami Unhuman abondait, s’inquiétant de la régression démocratique du moment. Ce à quoi, l’Hérétique nous répondit :

« Je m’étonne d’un tel déni de démocratie. Je ne me reconnais en quasiment rien dans l’action de Nicolas Sarkozy, mais pour moi, il va de soi qu’il représente la France et qu’il est bien le Président de la République française, mon président. »

L’ami Nicolas a renchéri en répliquant que si Sarkozy était bien le Président de la République, il n’était pas « son » président. Ce ping-pong mérite une précision : Sarkozy a été élu. Son élection a-t-elle été démocratique ? Au vu des standards du moment, oui. Mais ces standards sont fragiles et largement perfectibles. Le débat démocratique est pollué et trahi en de nombreux endroits. Mais, comme dirait l’autre, on n’a pas mieux sous la main.

Sarkozy, donc, a été élu. Mais, sans faire de procès en légitimité, on peut constater que Sarkozy ne se comporte comme le Président de LA République. Il a poussé l’avantage d’un camp contre les autres, et clivé la société comme rarement avant lui. Il a tenté de casser toutes sortes de compromis républicains historiques, tentative freinée par les effets de la crise. Je me souviens d’un billet, ma 23ème chronique hebdomadaire (j’entame la 169ème dans quelques heures…), intitulée « les digues ont sauté ».

Dans le cours de son argumentation que je vous invite à lire, l’Hérétique glisse que trop de critiques antisarkozystes, « sur les forums, dans les commentaires de quelques gros sites, » dérapent vers un antisémitisme qui cache mal son nom. Je suis assez désolé et effaré de voir cette association (involontaire) d’idées. Que l’antisarkozysme  – comme l’antiségolisme, l’antisocialisme, l’anticommunisme, etc – puisse déraper, c’est une évidence. J’ai déjà écrit à plusieurs reprises sur le sujet. Ma critique, comme celle d’autres confrères d’opposition, est double : elle vise le comportement de l’homme – puisque cette Vème République s’efforce de nous vendre du charisme présidentiel en permanence – et son action. Que mon obstination en agace certains, j’en suis désolé: j’édite Sarkofrance depuis le 7 mai 2007 au matin sur ce seul objet. D’autres blogs traitent du nombril de leur auteur, de passions culinaires, de débats d’idées, des coulisses de la Défense nationale, ou que sais-je. Le mien est sur Sarko, et uniquement Sarkozy, à tel point que je me suis senti obligé d’ouvrir cette annexe pour évoquer d’autres sujets.

Un contrat sur des flics ?

L’information choque, évidemment. Un SMS circulerait sur les téléphones portables des policiers de France, rapporte le Point :

« Les effectifs BAC-Grenoble ont été mis en repos de force par le préfet et obligés de quitter la région avec femmes et enfants. La BAC étant impliquée dans la mort du braqueur, les bruits courent que ses amis ne vengeront sa mort que par la mort d’un BACman au lance-roquettes si nécessaire. »

On se croirait dans un très mauvais polar. Même dans les films, le policier reste une figure souvent inviolable par les truands.On ne peut que se sentir solidaires des policiers victimes d’une telle opération, si cette dernière est confirmée. On est aussi surpris de la voir publiée. Voudrait-on instrumentaliser l’affaire qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Habituellement, les policiers de la Bac logent le plus loin possible de leurs zones d’intervention. On sait que les représailles sont possibles.

On imagine que certains s’amuseront à déclarer la guerre à la violence, ou, au contraire, à parler du désinvestissement social de l’Etat dans les « quartiers« . Il ne s’agit ici que d’un fait divers hors normes et gravissime qui a peu à voir avec la délinquance habituelle. Le retour d’une police de proximité est urgent.

Justement, le premier ministre semble n’avoir rien compris. Mardi, sur Europe 1, voici ce qu’il a déclaré: « Cela montre la violence d’un banditisme qui doit être combattu de la façon la plus extrême. Cela montre d’ailleurs le caractère très vain des polémiques sur les affaires de police de proximité« . Comment comprendre ces propos, alors que la désertion de certains quartiers révèle chaque jour sa dangerosité…

Les trouillards de la droite populaire

Le député des Alpes-Maritimes est l’un des animateurs, avec le sinistre Christian Vanneste ,du « collectif de la droite populaire ». Ce dernier veut rassembler la droite décomplexée, celle qui « en a », qui soi-disant assume son non-politiquement correct. Vanneste en donne les fondamentaux sur son blog. Pourtant, où sont les clivages ? Ils se devinent entre les lignes, car les mots d’ordre restent flous. Cette droite qui s’assume cache -t-elle le fond de sa pensée ? On attendait plus de vérité sur l’engagement, surtout de la part de grandes gueules qui crient sur tous les toits leur ras-le-bol du politiquement correct. Leur profession de fois est tout sauf courageuse. Elle dissimule, masque, n’ose pas afficher les convictions de ses auteurs.

A peine créée, déjà trouillarde ? Bienvenue à la droite populaire !

L’essentiel de cette profession de foi est lénifiante: laïcité, république, solidarité nationale, mérite, effort, »dignité sociale », « solidarité avec les plus faibles« , rien ne manque à cet inventaire à la Prévert. On y parle même d’écologie : « Nous soutenons la solidarité entre les territoires, entre les villes et le monde rural, et une écologie pour l’homme, dénuée d’idéologie et fondée sur l’incitation plutôt que sur la sanction. » La droite populaire veut des finances publiques équilibrée, des dépenses utiles: « Un euro dépensé doit être un euro utile« . Rien sur la fonte des glaces, la défense des ours polaires ou la malnutrition en Afrique ?

Sur la nation, on trouve un premier clivage, qui dépasse d’ailleurs celui entre la gauche et la droite. « Le collectif de la droite populaire croit en la Nation, seul cercle d’appartenance à la fois à l’échelle de l’homme et à l’échelle du monde. » Rien que ça… « à l’échelle du monde« … Il faut donc lire entre les lignes : « Contre les tabous du « politiquement correct », nous sommes attachés au patriotisme pour redonner fierté, espoir et ambition aux Français. » Vraiment ? Mais ça veut dire quoi ? Qu’on peut se lâcher contre les homo comme le fait régulièrement l’outrancier Vanneste ? Sur la sécurité, on peut lire : « nous soutenons les forces de l’ordre qui représentent l’Etat de droit et la justice qui applique, au nom du peuple français, avec fermeté et justesse, des sanctions indispensables. » Sortez les trompettes, faites tonner vos tambours !

Et lisez donc cette phrase de conclusion: « Forts de nos collectivités d’outre-mer qui font flotter le drapeau tricolore sur toutes les mers et sous tous les cieux, nous souhaitons promouvoir la francophonie, le co-développement avec les pays du sud et la régulation de la mondialisation. »

Ces auteurs sont des poètes. En d’autres temps, ils auraient pu écrire les discours de certains de nos Monarques.

Sécurité : André Vallini n’a rien compris

Après les violences de Grenoble, le député et président du conseil général de l’Isère, socialiste, André Vallini a estimé dimanche 25 juillet que la « gauche et la droite devaient déposer les armes » dans le domaine de la sécurité. Selon lui, il faudrait que « chacun (fasse) un pas vers l’autre« . Le député a donné une mauvaise interview au JDD.

André Vallini reste lucide à l’égard de Sarkozy et de sa soi-disante lutte contre l’insécurité: « Sa fameuse « guerre » contre la délinquance dure depuis son arrivée au ministère de l’Intérieur, il y a huit ans, et les problèmes sont toujours là. » S’il critique l’option sécuritaire et inefficace suivie par Nicolas Sarkozy depuis 2002, il termine son interview par une curieuse remarque:

« Il faut cesser de faire de la sécurité un enjeu électoral, car personne n’a la solution miracle. La gauche et la droite doivent « déposer les armes ». Chacun devrait faire preuve d’humilité, et faire un pas vers l’autre: la gauche doit accepter sous condition la vidéosurveillance et la droite doit relancer la police de proximité. »

Pourquoi donc la gauche et la droite devraient-elles et pourraient-elles s’entendre sur un tel sujet ?

La sécurité est l’un des rares épouvantails que la droite et l’extrême droite peuvent brandir pour se faire bien voir des classes populaires, premières victimes de la délinquance. A quel titre pourrait-on envisager un tel rapprochement ?

Tactiquement, il serait détestable. Politiquement, il serait contestable. Vallini cite la videosurveillance. La gauche a peu à craindre de la videosurveillance. Là n’est pas le problème. La videosurveillance ne règle pas le problème des violences aux personnes. Il faut des moyens, humains et techniques. Il faut de la repression et de la prévention. Il faut de la réhabilitation sociale. Il n’y a pas besoin d’aller coucher avec une droite sarkozyenne inefficace pour comprendre cela.