Le PS a donc gagné, c’est ça ?

En ces temps de « Sarkonfiture », les socialistes ont achevé leur université d’été ce weekend transfigurés… à en croire les médias. Unitaires et combattifs, on avait peine à trouver un quelconque nuage dans les cieux socialistes.

Ces célébrations tous azimuts d’une victoire annoncée (en 2012) finissent par faire peur.

D’abord, 2012, c’est loin. On se le répète à chaque nouvelle prédiction sondagière, mais c’est vrai. Ensuite, le pire est à venir : les primaires, le ralliement au candidat désigné, les négociations d’accord de gouvernement entre partis d’opposition, etc. A gauche, on allie souvent refus du présidentialisme et manque de discipline collective.

On devine tous comment Sarkozy peut perdre. Mais personne ne voit comment la gauche peut gagner en 2012. Il faudrait un programme. sans doute. Commençons par détricoter les sales mesures les plus évidentes de Sarkofrance. Embrayons sur des réunions thématiques. Et surtout, progressivement, n’oublions pas qu’une élection est aussi une question d’agenda: à l’agitation sur les Roms ou l’insécurité, on devrait réagir sur la précarité, l’emploi, la fiscalité verte ou que sais-je.

La difficulté du temps présent est la répétition de cette séquence : (1) polémique sarkozyenne, (2) réaction outrée, (3) contre-propositions disparates ou absence de contre-propositions. Pour le plus grand bonheur de l’opposition, Sarkozy ne maîtrise plus que partiellement l’agenda politique depuis un an: en 2007, année d’élection, il définissait, par sa sur-communication tous azimuts et sondages manipulés à l’appui de quoi la France devait parler chaque semaine. Fin 2008, la crise est arrivée et a bousculer cette séquence. Fin 2009, un Sarkozy impopulaire a tenté de reprendre la main avec son débat sur l’identité nationale, en vain. Depuis l’échec des élections régionales, il est embourbée dans des affaires en tous genres, cigares, jet, Bettencourt, etc. Il maîtrise peu, et subit beaucoup.

La gauche devrait se méfier de considérer cette accalmie comme le signe d’une délivrance. Il lui faut occuper le terrain avec ses propositions, son agenda, ses priorités.

Etre Rom, ça se mérite.

« Etre Français, ça se mérite » disait Sarkozy le 30 juillet dernier. « Et ça s’hérite » compléta Bruno Gollnisch un mois plus tard. Sans blague ? L’ami Vogelsong publia entretemps un excellent billet sur l’absurdité de ces déclarations XENOPHOBES. Car xénophobes, ces propos le sont. Introduire une pseudo supériorité à la citoyenneté française est l’un des concepts fumeux de l’extrême droite depuis les bas-fonds du 19ème siècle.

Etre Rom, ça s’hérite (malheureusement) et ça se mérite. Car le mérite est grand d’avoir à vivre dans la précarité du nomadisme permanent et des persécutions séculaires.

Julien Dray a critiqué les parallèles faits entre la situation actuelle et les rafles de la seconde guerre mondiale. Pour lui préciser la comparaison, je dirai que les arrestations actuelles de Roms sont des rafles sans aucun doute; que les captures visent une communauté dans son ensemble; qu’évidemment, la police de l’Etat français qui s’en charge sait pertinemment qu’elle n’envoie pas les dits Roms expulsés vers des camps de la mort ou des camps de travail. Et, qu’enfin, il y a un immonde point commun avec cette funeste période de 1940 à 1944 :  hier comme aujourd’hui, le pouvoir veut se donner les moyens de balayer les étrangers qui le dérangent hors de ses frontières sans se soucier de leur sort.

Etre Rom, c’est une sinécure, et ça se mérite.

Ségo, la sécurité, la corruption

Le pouvoir sarkozyen est corrompu. Certains à gauche, heureusement peu nombreux, ont critiqué cette attaque de Ségolène Royal en juillet dernier. Hier à la Rochelle, puis sur France2, elle a réédité. Oui, le pouvoir en place est corrompu. Des cadeaux fiscaux, des postes pour ses proches, des cessions d’entreprises, des donations « politiques »; des petites récompenses par ci, de juteux contrats par là.

En 2007, Sarkozy parlait de rupture. Sa droite décomplexée n’était qu’un habillage sémantique: gagner du fric, se partager les postes et les marchés, n’y voir aucun problème, voilà la rupture.

On regrette Mendès France ou de Gaulle. Curieuse époque. Il y a 5 ou 10 ans, on débattait de la gauche ou de la droite. On s’énervait de voir que les différences n’étaient pas si nombreuses, que la réalité du pouvoir, le poids des cercles économiques enfermait les volontés réformatrices. Avec Sarkozy, tout a changé. Il faut remercier le monarque. En quelques mois, il nous a donné une rupture, une vraie, celle de la nausée permanente. Hier, on savait que les pouvoirs n’étaient pas des anges. Sarkozy a poussé le bouchon plus loin. Décomplexé, il s’est essayé à nous convaincre que ses fricotages incessants avec l’argent, les copains et ses donateurs étaient normaux. Il a permis à nombre d’hommes de droite – auxquels nous nous opposons et nous opposerons sur d’autres combats, d’autres sujets – que la République a des limites éthiques et politiques à respecter.

Face à ce constat si évident, critiquer la corruption morale du gouvernement en place est un devoir. Celles et ceux qui se pincent le nez et jouent les effarouché(e)s n’ont rien à faire dans l’opposition.

Sarkozy battu en 2012 ?

Je ne saurais trop vous conseiller la lecture d’un excellent billet, pédagogique, démonstratif et engagé, du blogueur Superno : « Et si Sarkozy n’était pas au second tour en 2012 ? »

Evidemment, le titre de ce billet m’a agréablement supris. Pessimistes comme nous sommes tous, surtout dans le camp antisarkozyste, nous ne sommes pas très nombreux à rêver d’un succès présidentiel en 2012. Pour tout dire, vu l’état du pays, je ne suis pas sûr d’avoir envie de voir mes leaders politiques préférés se taper le sale boulot de 2012 à 2017 et subir une disqualification politique ensuite. Les parenthèses à la Jospin-gauche plurielle, ça suffit, non ?

Superno, dans son billet, fait un calcul assez simple, si évident qu’il est surprenant que d’autres ne l’aient pas fait avant lui : vu les prévisions de sondages (avec tous les inévitables bémols qu’il faut conserver en tête sur ce type d’exercice à deux ans de l’échéance), si l’on additionne les scores potentiels des candidat(e)s potentiel(le)s, il ne reste pas grand chose à Nicolas Sarkozy pour le premier tour : 14%, comme son score aux élections européennes de 1994.

L’hypothèse Superno repose cependant sur l’idée d’une nouvelle candidature alternative à droite, pour l’instant incarnée par Dominique de Villepin. Une perspective loin d’être acquise… financièrement. Car Sarkozy sait une chose, comme d’autres : il faut conserver le contrôle du parti, de ses moyens, notamment financier.

Au secours, Gollnisch revient !

Bruno Gollnisch était l’invité de la matinale de France Inter jeudi 26 août. Comme Philippe Cohen sur Marianne2, j’ai été surpris de l’écouter en difficulté.

Ironie du sort, cette interview d’un ténor du Front National succédait d’un jour à la célébration de la libération de Paris. Il y a des coïncidences de dates frappantes. Et après un mois d’août médiatiquement sécuritaire alimenté par Nicolas Sarkozy et ses sbires, entendre un vrai frontiste s’exprimer avait quelque chose de fascinant.

Gollnisch défend sa place. Il défie la fille du fondateur pour le leadership du FN et l’investiture présidentielle. Il a peu de chances, et l’on pouvait s’attendre à une défense d’une espèce de « Front National historique ». Evidemment, Gollnisch y est allé de ses positions classiques, la préférence nationale (qui ferait économiser, selon lui, autant que l’impôt sur le revenu, soit environ 50 milliards d’euros … ??), « la France charnelle, la France spirituelle, pas une France idéologique« ; ou encore :  « La France n’est pas seulement une réalité idéologique. »

A Sarkozy qui s’exclamait stupidement, le 30 juillet dernier à Grenoble, qu’être Français, ça se mérite, Gollnisch lui répondit qu' »être Français, ça s’hérite et ça se mérite.  » Cette surenchère nouvelle devient risible si le sujet n’était grave.

Gollnisch a voulu paraître « raisonnable« . Le protectionnisme qu’il défend doit être « raisonnable« ; la préférence nationale est « raisonnable« . Face à une Marine Le Pen qui surfe sur une attitude violente mais plus sociale qu’avant, Gollnisch tentait de faire valoir sa différence : raisonnable, pas trop libéral. Il faut réécouter sa défense de la retraite à 60 ans ou comment il évacue assez vite la libéralisation de l’économie qu’il promeut. Sur les retraites, justement, Bruno Duvic de France Inter l’a littéralement coincé : l’homme n’a aucune idée pour résoudre le problème de financement, coincé qu’il est par son refus – commun avec Sarkozy – d’augmenter les prélèvements sur les plus riches.

En fait, si l’on néglige la vacuité de leurs arguments socio-économiques, Gollnisch comme Marine Le Pen se retrouvent dans une situation inédite : le glissement vers l’extrême droite de Nicolas Sarkozy auraient pu les bousculer dans le discours. Il semble au contraire qu’ils accueillent à bras ouverts cette arrivée sur leurs plates-bandes. Elle leur offre une dédiabolisation à peu de frais inespérée.

En 2005-2007, Sarkozy avait alterné des allers-et-retours entre la gauche et l’extrême droite (ministère de l’identité nationale mais refus de la double peine, revendication droits-de-l’hommiste mais refus de la repentance, etc). Cette fois-ci, le roi se retrouve nu : le credo social qu’il cherche pour compenser son glissement opportuniste vers le Front n’est pas trouvé à ce jour.

Il lui reste 20 mois pour le trouver.

Immigration: ce que je crois

C’est la suite, logique, puisque le Monarque nous y invite, de réflexions sommaires mais personnelles.

1. Des racailles franco-françaises-de-souche-de-longue-date, il y en a beaucoup. Des racailles pas françaises ou françaises depuis peu aussi. Le dernier gamin qui a rayé ma voiture dans la rue était blond. Haro sur les blonds ?

2. Etre Français ne se mérite pas: point de parcours du combattant pour celle ou celui qui est né(e) avec la cuillère tricolore dans la bouche.

2. Il n’y a pas trop d’immigrés en France. La vieille Europe souffre d’une natalité insuffisante (la France est à peine une exception). On nous bassine qu’on manque de jeunes.

3. L‘Islam, radical ou pas, peut être un souci pour la laïcité, comme n’importe quelle religion. Ecouter le catholique Christian Vanneste attaquer l’Islamn au nom de la laïcité me révulse autant qu’une burqa croisée dans la rue. L’Islam ajoute un a-priori machiste détestable qu’il doit contester s’il ne veut pas être contesté. Mais les radicaux religieux cherchent surtout à être visibles, avec leur barbichette et leur burqa, visibles pour exister. Leur faire de la pub à longueur d’affiches, de débats et autres est contre-productif. Inutile de transformer des fondamentalistes arriérés en Che Guevarra.

4. Expulser des clandestins: sur le fond, je ne sais pas ce que cela veut dire. Il y a plein de gens qu’on devrait expulser et qui ont des papiers. Le sans-papier, au moins, il est clairement motivé à rester chez nous. Expulser des clandestins, c’est visiblement plus facile que de déchoir un évadé fiscal de sa nationalité. Des gens du voyage, ça circule en caravane. Des fraudeurs internationaux, ça se cache dans des alcoves bancaires. La nounou que j’embauche en CDI déclaré à temps partiel, en France depuis 7 ans, se voit refuser sa régularisation à long terme pour des faux prétextes. Elle navigue depuis deux ans avec des titres valables 3 mois.

5. Eric Besson et avant lui Brice Hortefeux ont réussi un truc : malgré tous les efforts et leurs bavures, ils n’ont trouvé que 30 000 sans-papiers à expulser chaque année, dont nombre de Roumains, Bulgares et autres Comoriens. Quelle tartufferie !