Au secours, Gollnisch revient !


Bruno Gollnisch était l’invité de la matinale de France Inter jeudi 26 août. Comme Philippe Cohen sur Marianne2, j’ai été surpris de l’écouter en difficulté.

Ironie du sort, cette interview d’un ténor du Front National succédait d’un jour à la célébration de la libération de Paris. Il y a des coïncidences de dates frappantes. Et après un mois d’août médiatiquement sécuritaire alimenté par Nicolas Sarkozy et ses sbires, entendre un vrai frontiste s’exprimer avait quelque chose de fascinant.

Gollnisch défend sa place. Il défie la fille du fondateur pour le leadership du FN et l’investiture présidentielle. Il a peu de chances, et l’on pouvait s’attendre à une défense d’une espèce de « Front National historique ». Evidemment, Gollnisch y est allé de ses positions classiques, la préférence nationale (qui ferait économiser, selon lui, autant que l’impôt sur le revenu, soit environ 50 milliards d’euros … ??), « la France charnelle, la France spirituelle, pas une France idéologique« ; ou encore :  « La France n’est pas seulement une réalité idéologique. »

A Sarkozy qui s’exclamait stupidement, le 30 juillet dernier à Grenoble, qu’être Français, ça se mérite, Gollnisch lui répondit qu' »être Français, ça s’hérite et ça se mérite.  » Cette surenchère nouvelle devient risible si le sujet n’était grave.

Gollnisch a voulu paraître « raisonnable« . Le protectionnisme qu’il défend doit être « raisonnable« ; la préférence nationale est « raisonnable« . Face à une Marine Le Pen qui surfe sur une attitude violente mais plus sociale qu’avant, Gollnisch tentait de faire valoir sa différence : raisonnable, pas trop libéral. Il faut réécouter sa défense de la retraite à 60 ans ou comment il évacue assez vite la libéralisation de l’économie qu’il promeut. Sur les retraites, justement, Bruno Duvic de France Inter l’a littéralement coincé : l’homme n’a aucune idée pour résoudre le problème de financement, coincé qu’il est par son refus – commun avec Sarkozy – d’augmenter les prélèvements sur les plus riches.

En fait, si l’on néglige la vacuité de leurs arguments socio-économiques, Gollnisch comme Marine Le Pen se retrouvent dans une situation inédite : le glissement vers l’extrême droite de Nicolas Sarkozy auraient pu les bousculer dans le discours. Il semble au contraire qu’ils accueillent à bras ouverts cette arrivée sur leurs plates-bandes. Elle leur offre une dédiabolisation à peu de frais inespérée.

En 2005-2007, Sarkozy avait alterné des allers-et-retours entre la gauche et l’extrême droite (ministère de l’identité nationale mais refus de la double peine, revendication droits-de-l’hommiste mais refus de la repentance, etc). Cette fois-ci, le roi se retrouve nu : le credo social qu’il cherche pour compenser son glissement opportuniste vers le Front n’est pas trouvé à ce jour.

Il lui reste 20 mois pour le trouver.

5 réflexions sur « Au secours, Gollnisch revient ! »

  1. Un scénario prévu dès 2007, et avant même l’élection présidentielle, par le Canard enchaîné… Soupir.

  2. bonjour, en ce qui me concerne, je l’ai également écouté sur inter, j’ai ressenti tout à fait l’inverse. Je l’ai trouvé tout à fait à l’aise dans ses propos qu’on ne peut que qualifier d’extremistes, cela m’a meme fait peur (c vrai!).
    je me place en citoyen lambda, que retient-on ? ses propos racistes, xénophobes, la retraite est pratiquement noyée (à mon humble avis).
    Ceci dit, je mee de plus en plus de questions concernant le presque silence de la gauche…le ps, par ex, (alors que les loups vont rentrer dans paris), le ps fait (pour pas changer) son combat de coq (candidature présidentielle 2012).
    je « traine » sur pas mal de blogs, de forums, c hallucinant!!! un certain nombre revendique le rétablissement de la peine de mort!!!!
    selon mon point de vue, la gauche est égale à elle-même, de plus en plus éloignée du peuple, donc de la vraie vie, de la réalité.
    le racisme, la xénophobie, l’individualisme, la délation, progressent tranquillement….. et j’oubliais les idées extrémistes qui elles, c à la vitesse grand V.

  3. Espérons qu’il ne trouve pas la solution. (qui se trouve en général sous le frigo, quand je la cherche)

  4. A tous, en en particulier à Corinne.
    Effectivement, c’est à se demander si les i média ne s’adressent pas qu’à ceux qui ne peuvent pas vérifier, ceux en fait qui n’ont pas écoutés l’émission.
    Pour ma part, je n’écoute jamais France Inter SAUF ce matin là.
    Et, point de gêne de la part de Bruno Gollnisch au contraire un gars posé, répondant avec une maîtrise totale aux harcèlement répétitif d’un hystéro qui se prétends journaliste. Faire passer pour un zozo Bruno Gollnisch est faire preuve d’immaturité. J’aimerai même un débat le + courtois possible entre BG et un Mélenchon par exemple. Et pourquoi pas sur la Télé de Gauche.

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