Le sexe des blogs

Ma consoeur Aliocha a (gentiment) mal pris que je catalogue son blog comme « blog de filles » dans une revue il y a quelques jours: « me voici donc cataloguée » écrit-elle, « ce qui en soi m’apparait déjà insupportable car je hais les étiquettes, et qui plus est embrigadée à l’insu de mon plein gré dans la catégorie des « blogs de fille », celle-là même que je fuis par-dessus tout. »

Loin de moi l’idée de catégoriser la gente féminine de la blogosphère dans un ghetto soigneusement étiqueté. Je n’ai jamais, ô grand jamais, perçu une quelconque différence de raisonnement entre hommes et femmes en matière politique (et dans plein d’autres matières d’ailleurs). La vraie différence est dans la stigmatisation, le procès en incompétence, la critique machiste. Ce sont des clichés, mais des clichés bien réel.

Il m’importe donc, régulièrement (mais insuffisamment), de rappeler les billets de certaines consoeurs, en explicitant clairement que ce sont des femmes, et de montrer qu’il n’y a pour ainsi dire pas grande différence avec ce qu’un M-A-L-E pourrait écrire sur les mêmes sujets. Aliocha explique son pseudo masculin, l’envie d’utiliser à plein les capacités du virtuel (je comprends, j’étais une femme sur Second Life il y a longtemps); mais aussi « l’idée qu’une pensée fémnine était moins facilement prise au sérieux. » Quelle drôle d’idée… Je lis Agnès, Mrs Clooney, Olympe, CeeCee (depuis les premières heures de mon blog, avec ses citations sarkozystes du jour qu’elle a depuis abandonné), Kamizole (toujours très active) et même Aliciabx (même si elle m’a étrillé quand j’ai critiqué le No Sarkozy Day).

Le bloguing politique n’a pas de sexe.

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Insécurité: ce que je crois

La posture – certes facile – de la critique quasi-systématique du gouvernement Sarkozy depuis mai 2007 ne m’exonère pas de nombreuses critiques : et vous, à sa place, vous feriez quoi ?

N’étant pas énarque, ni ministre, ni haut fonctionnaire, ni expert ès politique publique, j’hésite toujours à délivrer « ma » bonne parole. La maxime de Nicolas, l’autre Nicolas, le sympathique, celui du bistrot de la Comète, m’effraie toujours (« S’il fallait connaître quelque chose en politique pour en parler, ça limiterait l’intérêt de la démocratie et la recette des bistros« ).

J’hésite aussi à afficher certaines opinions par peur de décevoir certain(e)s lectrices/lecteurs de Sarkofrance. Quand un commentateur fidèle m’écrit sa déception (« ah non, pas ça, sans moi« ), la remarque porte.

Cet été, l’insécurité a été portée au nues par Nicolas Sarkozy comme nouvelle-priorité-nationale-qu’il-avait-oublié-que-c’était-grave-et-important. Je me souviens d’un échange avec Jacques Rosselin, fondateur de Courrier International, puis de l’éphémère Vendredi. Je ne me souviens plus du départ de la discussion, mais je lui avais lâché: « tu sais, je suis plutôt de la gauche sécuritaire« . « Mais ça veut dire quoi ? » avait-il répondu.

Cet été, les ténors de Sarkofrance m’ont donné l’occasion de ressasser quelques réflexions pour moi évidentes. Ségolène Royal a rappelé ses propositions de « l’ordre juste » de 2007, des idées qui en ont heurté certains à gauche (et encore hier, l’ami Nicolas).

1. En matière d’insécurité, il ne faut pas stigmatiser, crier, exhulter, éructer. Il faut agir, et agir passe sans doute par la parole et le discours, mais sans désigner certaines populations, certains groupes, certaines classes.

2. Mais il faut savoir dire les choses, verbaliser la réalité: parler des viols, des meurtres, des braquages, des tueurs en série. Il faut savoir publiquement exprimer et traduire la colère, l’indignation, la tristesse. Les gens, dont nous faisons tous partie, ont besoin de sentir qu’on comprend la même chose qu’eux.

2. Il ne faut surtout pas jouer au cow-boy de pacotille, au duel de cour d’école (« Tu m’cherches ? tu m’cherches ? »). Primo, parce qu’il faut de la modestie dans l’action pour rester crédible. La lutte contre la délinquance est souvent un travail de longue haleine. Secundo, parce qu’il faut prévoir, assumer et préparer la réhabilitation des délinquants à moins de penser qu’on doit tous les parquer dans un coin type « Banlieue 13 » et en exécuter certains d’une balle dans la nuque quand le camp débordera.

3. Sanctionner la délinquance de proximité suppose des forces de police de proximité, une justice expéditive, une sanction réelle, une rédemption possible. Que les trublions violents qui agressent ma fille dans son collège public terminent leur scolarité dans un établissement spécial ne me choque pas. Que je doive attendre 3 heures pour porter plainte contre le cambriolage de la boutique de ma femme m’exaspère.

4. Je ne fais aucune distinction entre l’évasion fiscale et le vol d’un sac à main. La première infraction me choque sans doute plus.

5. Il manque un bilan des mesures réellement efficaces contre la délinquance, et, de surcroît, circonstancié en fonction des crimes et délits et des territoires. Aucun bilan n’est jamais dressé.  En politique, nombre de sujets sont des questions de choix, pas de vérité. Par exemple, le bouclier fiscal n’est pas une erreur, c’est un choix. La lutte contre l’insécurité n’est pas une question de choix.

6. On ne répète pas suffisamment une évidence historique: il y a dans l’instrumentalisation de la lutte contre la délinquance des aspects de lutte de classes. L’insécurité violente, tant qu’elle ne déborde pas des quartiers populaires pour atteindre les zones touristiques et bourgeoises, est un élément de contrôle social. Grâce à elle, on justifie des restrictions de liberté, fussent-elles sans rapport; on fait du vacarme pour divertir l’opinion des vrais sujets; on pense à être dur plutôt qu’à être généreux.

Se faire arnarquer au nom de Pôle Emploi

Comme si la vie n’était pas assez difficile comme cela, des truands ont décidé d’utiliser le nom de Pôle Emploi pour récupérer quelques euros de certains chômeurs malheureusement crédules.

Comme d’autres, j’ai reçu cet email:

« Bonjour ,
Un employeur a contacté notre agence pour nous signaler que votre profil l’interessait.
Merci de prendre attache avec Julie du service recrutement au 0899 466 460 au code 2255.
Cordialement »
Ce numéro évidemment surtaxé doit piéger le chaland. Manque de chance, l’email m’a été adressé chez Sarkofrance. Pas malin. Comme si Pôle Emploi allait me proposer un job sous mon pseudo de blogueur anonyme. Le même numéro est utilisé pour d’autres arnaques, sans rapport avec Pôle Emploi.

Pourquoi les hommes craignent les femmes

L’explication était simple, simple comme un ratio. Les hommes la connaissaient intuitivement depuis des générations et des générations.

« Les hommes privés de femmes meurent plus tôt. »

C’est une étude publiée par The Lancet, réalisée en Inde et reprise sur Slate.fr qui nous la confirme. En Inde comme en Chine, le déséquilibre démographique homme/femme est patent. En Chine, il y aurait 40 millions d’hommes en trop. En Inde, ils seraient 10 millions.

« Dans certains pays très peuplés, comme l’Inde et la Chine, les démographes observent un déséquilibre croissant du sex-ratio, la proportion des hommes étant supérieure à celle des femmes. Ce phénomène est pour l’essentiel la conséquence des politiques visant à la réduction de la natalité associées aux techniques de détermination du sexe avant la naissance et à la pratique de l’avortement (ou de l’infanticide); le tout dans des pays où la naissance d’un enfant de sexe masculin est valorisée pour diverses raisons qui ne sont pas seulement de nature économique. »

Une étude publiée par la revue Demography traite de l’espérance de vie. Des chercheurs américains ont voulu tester si l’absence de présence féminine au moment de l’adolescence avait un impact sur la durée de vie. Et bien la réponse est oui ! des hommes privés de présence féminine meurent, dans l’échantillon étudié (plus de 4 000 Américains adolescents en 1957), 3 mois plus tôt que les autres.

Serait-ce une explication scientifique du machisme séculaire ?

Trop drôle.

Europe Ecologie… au centre ?

Les journées d’été écologistes sont terminées. Et on a évidemment commenté tactiques, positionnement, rapprochement et présidentielle. Sur la question des alliances, le centre, pourtant électoralement moribond, s’est invité dans les débats.

Des jeunes cadres du Modem ont claqué la porte du parti centriste pour rejoindre les écolos. On trouve parmi eux la blogueuse Virginie Votier.

A la radio vendredi, on pouvait entendre Corinne Lepage insister pour un rassemblement large, un arc-en-ciel républicain. Noël Mamère lui a répondu qu’il fallait d’abord correctement constituer l’arc écologiste. Et que François Bayrou n’était de toute façon pas homme d’alliance, trop préoccupé par son sort personnel.

Si le camp écolo dérive à droite, cela serait dommage. La révolution écolo a plus d’ampleur et d’ambition que cela. Elle serait surtout bridée. Mais prendre cette question des alliances par le biais des personnalités (Bayrou, ou pas Bayrou ?) est de toutes façons réducteur et stupide.

Schématiquement, les clivages qui existeraient entre une partie de la gauche et les écolos seraient a priori (1) le nucléaire, (2) l’Europe, (3) la primauté de la protection sociale contre la protection environnementale.

Bizarrement, à l’exception du sujet nucléaire, ces clivages ne me semblent pas insurmontables.

« La France mérite mieux que Sarkozy»

Je m’inquiétais. Ségolène Royal paraissait aussi absente, cet été, que Martine Aubry. N’y voyez aucune ironie de ma part. Je conserve un souvenir positivement ému de la campagne de 2007. Mais l’absence de la Dame du Poitou, alors que ces trois semaines écoulées étaient riches en surenchères et absurdités sarkozyennes, m’avait surpris.

Vendredi, elle s’est exprimée sur Europe1. L’avantage de Royal est qu’elle parle simple, vise juste, et avec des cas concrets. Elle n’est sans doute pas la seule, mais cela fait du bien.

En matières économique et sociale, Royal a asséné trois conseils : soutenir le pouvoir d’achat, soutenir les PME et accélérer la « mutation écologique » de l’économie. Un slogan au passage : « un pays qui doit être fort économiquement doit être soudé socialement. » Comme d’autres, elle suggère ainsi que le redressement du financement des retraites soit financé à égalité par le capital et le travail (rappelons que le rapport est plutôt de 20/80 dans l’actuel réforme des retraites, aux détriments du Travail).

Sarkozy est « arc-bouté sur ses promesses aux plus fortunés« . Quand le journaliste lui répète un grossier mensonge officiel (pas d’augmentation des impôts), Royal lui rétorque que c’est faux, avec deux exemples concrets : l’augmentation programmée de la taxe d’habitation (l’une des conséquences de la refonte de la fiscalité locale après la suppression de la taxe professionnelle), et la suppression du cumul de l’APL avec la demi-part fiscale pour les familles avec étudiants. Deux exemples concrets, parmi d’autres.

A propos de la surenchère sécuritaire, elle a dénoncé le stratagème sarkozyen: « on sait ce que veut Nicolas Sarkozy, diviser la France en deux camps. Ceux qui sont avec lui et donc pour la sécurité; et ceux qui sont contre lui et donc pour les délinquants. » Et pour éviter de tomber dans ce « piège« , elle choisit de rappeler des faits « extrêmement précis« . Le journaliste l’interrompt: il fallait un signal sécuritaire. « On n’a pas besoin de signal, on a besoin d’une politique juste, d’une politique efficace, d’une politique durable. » répond-t-telle. Pour ajouter ensuite :

« Cette agitation frénétique de Nicolas Sarkozy vise à masquer son échec cuisant et les reculs en matière de sécurité (…) Il a supprimé 9.000 postes de policiers et de gendarmes, 3.500 nouvelles suppressions sont annoncées pour les trois ans qui viennent, il a réduit les moyens de fonctionnement, il n’a pas construit les centres éducatifs fermés pour les mineurs délinquants« 

A bon entendeur…