Oui, Nicolas Sarkozy suscite la haine.

Je ne suis pas Sarkophobe mais antisarkozyste. L’Express s’interroge sur la haine que susciterait Nicolas Sarkozy dans l’opinion. Victimiser Nicolas Sarkozy est une bien mauvaise idée. L’homme a tous les pouvoirs, l’essentiel des médias, le soutien de son parti. Dans son traditionnel édito video, Christophe Barbier définit la Sarkophobie: « participer des excès de langage », « agresser verbalement ou par écrit le président de la République », « le comparer avec les pires dictateurs », « le traiter de noms d’oiseaux ».

Cette distinction est surtout sémantique, si l’on écarte quelques outrances vides de sens contre le Monarque, parfois xénophobes. Attaquer la personne (son agitation, son narcissisme, ses défauts de comportements, etc) fait partie du procès en compétence qu’on est en droit de lui faire. Cet homme-là, rappelons-le, dispose de pouvoirs personnels incroyables dans nos démocraties dites modernes. Quand Marianne a titré cet été sur « le voyou de la République », le discours de fond était clairement une attaque des pratiques du Monarque élyséen : Nicolas Sarkozy est prêt à tout, même le pire, pour sa survie politique. Qu’y-a-t-il de Sarkophobe à cela ?

Sarkozy suscite la honte. Il n’y a qu’à lire Newsweek ou the Economist, deux magazines anglo-saxons peu suspects de gauchisme viscéral. Sarkozy suscite l’inquiétude, à la fois par ce qu’il fait et par ce qu’il ne fait pas. La situation du pays, en 2012, s’annonce dramatique. Et je ne voudrai pas être le prochain président. Des comptes plombés, une nation plus clivée que jamais, etc… Il sera bien temps de dresser l’inventaire, non pas des promesses non tenues, mais des dégâts causés par l’inefficace et dangereux Nicolas.

Eric Besson n’est pas un bon Français.

Il est difficile de ne pas réagir aux provocations d’Eric Besson. Le ministre de l’identité nationale prend un malin plaisir à titiller ses contradicteurs. Il n’est jamais aussi heureux que dans la polémique. On a ici ou là largement commenté ce travers psychologique qui consiste à préférer l’outrance à l’action.

Le jour de la présentation de la « sa » loi à l’Assemblée nationale, il fallait s’attendre à ce qu’il frappe fort. Le pari était gagné d’avance. Le ministre s’afficha en une du Parisien avec cette maxime aussi déplaisante que stupide :

« Si mon ministère peut être une machine à fabriquer de bon Français, je serai très heureux »

Comme d’autres, je commenterai sa loi. Mais il faut recadrer le faux débat. D’abord cette loi Besson est la loi de Nicolas Sarkozy. Le ministre n’est qu’un exécutant zélé, quelqu’un qui fait où on lui dit de faire, et ce qu’on lui dit de faire. N’imaginez pas Eric Besson s’affranchir un jour de son mentor du moment. Ensuite, sa loi n’apporte rien d’autres qu’un petit surcroît de honte. Elle empile plus de 80 articles comme si, une fois de plus, il suffisait de coucher sur un texte fourre-tout des dispositions pour que la réalité change. La lecture des bilan de la politique migratoire française depuis 15 ans révèle son lot de surprises. Ainsi sur la rétention : c’est entre 1997 et 2001, sous Jospin, que le nombre de clandestins retenus en zones d’attente (celles-là mêmes qu’Eric Besson entend élargir) a bondi de 5000 à plus de 20 000. Sur l’immigration professionnelle ensuite. Les heureux titulaires de la carte Compétences et talents s’établissaient à 182 en 2008, plus d’un an après la mise oeuvre de ce dispositif. Un bel échec.

A droite et dans la presse, on se plait à répéter que la gauche n’a pas d’idées sur le sujet. Osons trois idées :

1. Y-a-t-il vraiment un problème de nombre d’immigrés ? Faire un bilan de l’immigration, non pas sur un terrain affectif ou culturel, mais son apport (ou pas) au pays vieillissant que nous sommes devrait être une priorité. La politique sarkozyenne en matière d’immigration n’a eu qu’un mérite : nous révéler à tous que la lutte contre les clandestins relevait plus du fantasme qu’autre chose. A entendre les Sarkozy, Hortefeux et Besson, on s’attendait à  voir  des centaines de milliers de clandestins être boutés hors de France. Ce n’est pas le cas.

2. Etre Français ne se mérite pas. Cette maxime frontiste est l’une des plus stupides que la France ait connue. On l’a dit et rabâché sur ce blog et ailleurs. Une politique de fermeté serait plus légitime si elle était débarrassée de ces oripeaux xénophobes.

3. La vraie question semble, comme en matière sociale, la ghettoïsation généralisée : mixité sociale en déclin, insuffisance des services publics, manques de moyens pour l’intégration, etc. Pourquoi n’en parle-t-on jamais ?

Pour conclure, voici une petite video, drôle et triste à la fois.

Hollande nous traite de paresseux

François Hollande croit à ses chances de présidentiable. Depuis des mois, il ne pense qu’à ça. Sur le fond, sa démarche est louable car il a choisi de réfléchir à des propositions. Sur la forme, Hollande est agaçant. Il la joue perso comme un aucun autre. Il donne des leçons quasiment systématiquement.

Ainsi dimanche dernier, invité du «Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI», le voici qui déclare sans gêne : «Je ne suis pas là pour commenter les propositions des autres mais pour parler des miennes.» Ou encore :  «Je veux commenter ce que je fais, et ce que je fais me semble être davantage pour l’après-2012».

Mieux, le voici qui tacle les antisarkozystes du moment : «L’anti-sarkozysme, c’est à la portée du premier venu : il suffit de sillonner le territoire comme je le fais. Il y a concurrence pour en être le porte-voix, de François Bayrou à Besancenot, sans oublier Dominique de Villepin, l’extrême droite et le Parti socialiste à son tour. Ce n’est pas une marque de fabrique, ce n’est pas un programme, ce peut être une facilité, peut-être même une paresse. Il faut passer à un autre niveau : il faut élever le niveau et accélérer le rythme.»

Depuis une petite année maintenant, tout le monde semble devenu antisarkozyste. Mais on pourrait répliquer à François Hollande que cette convergence somme toute assez banale et évidente n’a pas été toujours le cas en Sarkofrance. Souvenez-vous l’été 2007, quand nombre de socialistes étaient tentés, ici ou là, de participer tantôt au gouvernement, tantôt à de funestes commissions-alibis. Des proches de François Hollande, comme André Vallini, député et président du conseil général de l’Isère, rêvait de devenir de ministre de la justice.

Hollande a tort. Fustiger l’antisarkozysme ne sert à rien. Dénoncer jour après jour les dégâts, les injustices et l’agitation sarkozyenne est un prérequis. Cela ne signifie pas que l’antisarkozysme est une fin en soi. Mais l’ex-premier secrétaire connaît trop bien les moeurs politiques pour ne pas savoir que ce type de critiques porte.

Pour la grève, mais la vraie

Il est difficile de comprendre pourquoi certaines organisations syndicales n’appellent qu’à des mouvements sporadiques tous les 15 jours.

1. Face à une contre-réforme de grande ampleur, il faut un mouvement qui dure et perturbe.

2. Sarkozy répète depuis juin dernier que l’affaire est pliée. Il faut donc, encore une fois, un mouvement qui dure et perturbe.

3. La bataille de l’opinion est gagnée : cette réforme est impopulaire. Au sein du clan sarkozyen, on pense que les Français sont résignés. Il n’y a plus rien à perdre à provoquer un blocage des transports, des écoles, des lycées.

Alors pourquoi ? Pourquoi appeler à deux nouvelles journées isolées, les 2 et 12 octobre ?

Il est peu probable qu’une grève générale parvienne à s’imposer. Faire grève coûte de l’argent. Et mobiliser jusqu’à 3 millions de personnes les 7 et 23 septembre, deux ans après le déclenchement de la pire récession économique des 70 dernières années était déjà une belle réussite. Mais on peut imaginer des grèves tournantes : l’ile-de-France d’abord, la région PACA ensuite, etc; ou bien les transports publics, puis l’éducation, etc… Plus drôle, il faudrait trouver comment bloquer le centre de Paris, près de l’Elysée : une manifestation par jour, rue du Faubourg Saint-Honoré; qu’importe si elle n’est pas fournie; l’idée est d’encombrer.

Face à un gouvernement autiste, il faut de la guérilla moderne.

Couple : la différence d’âge est-elle subversive ?

Marianne2 a publié un billet de l’un de ses blogueurs associés, Jean-Paul Brighelli intitulé « Bélard et Loïse, la différence d’âge est-elle obscène ? ».

L’auteur s’indigne du boycott quasi-général de la critique littéraire à l’encontre d’un livre (que je n’ai pas lu) de Jean Guerreschi, « Bélard et Eloïse« , qui relate, dixit Brighelli, « les amours violentes d’un vieux prof de fac et d’une jeune étudiante. Quasi vieillard, vraiment jeunette. » Il s’étonne : « Le plus étrange, c’est qu’un tel roman fasse aujourd’hui scandale. »

Malheureusement, il se trompe. Les couples avec quelques dizaines d’années d’écart pullulent. Le Nouvel Obs en a fait un « dossier » de l’été, dans l’un de ses marronniers estivaux censés nous reposer l’esprit. ARTE a diffusé un doc sur le « démon de midi » qui frapperaient nombre de quinqua. Il y a 1000 ans, 500 ans ou 200 ans, les couples ainsi décalés étaient même quasiment la norme dans les belles familles qui procédaient à ses mariages improbables pour protéger leurs fortunes ou satisfaire la libido de quelques vieux aristos. J’inciterai Brighelli à relire la Princesse de Montpensier ou, à défaut, d’aller voir le film éponyme de Bertrand Tavernier qui sort en salles dans quelques semaines.

Je me souviens avoir expliqué à ma fille, encore très jeune, que si elle ramenait un amant de plus de 10 ans son aîné, il y avait fort à parier que je défenestre ce dernier, ou que je l’enterre dans le jardin.

Le bouquin de Guerreschi, qui est peut-être un bel ouvrage littéraire, n’a rien de choquant, bien au contraire. Il est triste comme une tare qui se reproduit de siècle en siècle, de générations en générations.

Carl Meeus, journaliste au Fig Mag, ment… ou bien.

Je me suis dit qu’il fallait peut être commencer à nommer un à un ces journalistes qui ne prennent aucune précaution sémantique quand ils commentent des sondages.

Sur Sarkofrance, je fais souvent référence aux sondages. Mais je veille à spécifier systématiquement que leurs résultats ne sont que des réponses des Français sondés par l’enquête. j’évite d’utiliser, quitte à plomber un style déjà besogneux, les formules du style « les Français pensent que », comme si l’ensemble du pays avait été interrogé.

C’est basique, mais visiblement, certains journalistes et blogueurs n’ont toujours pas compris.

Ainsi Carl Meeus, journaliste au Fiagro Magazine. L’un de ses récents billets fut exemplaire. Son titre, d’abord : « Le gouvernement que veulent les Français« . L’introduction, ensuite : « Le Figaro Magazine a demandé aux Français quel serait leur gouvernement idéal. » Ben voyons, prends-tu, cher Carl, pour des abrutis. Sondage Opinion Way en main, Carl Meeus s’obstine : « Les Français veulent majoritairement un gouvernement resserré. »

Le dit sondage ne concernait que 1071 personnes, comme d’habitude.

1071 sur 65 millions.

Même Carl Meeus n’était pas parmi les sondés.

C’est dire…