Ma retraite

Sur le coup, j’ai cru à une mauvaise blague. Mercredi 27 octobre, ma banque (LCL) m’appelle pour parler … de ma retraite. Le jour même, la réforme sarkozyenne était votée dans sa version définitive par les députés. Ayant commencé à travailler à 24 ans, j’en avais jusqu’à 65 ans avant la retraite. Ce mercredi, j’ai gagné … un an de boulot (ou de chômage) supplémentaire. Peu importe, je ne suis pas à plaindre.

Depuis quelques semaines, les agissements de l’assurance privée en matière de retraite ont fait irruption dans le débat. On sait que les compagnies privées veulent « capitaliser » sur l’anxiété de chacun pour ses pensions. Difficile de leur reprocher la démarche. C’est leur job. Le problème est ailleurs, au gouvernement ou chez ces élus, députés ou sénateurs, si perméables aux lobbies.

Mercredi, donc, en écoutant une demoiselle livrer son argumentaire mécanique sur les bénéfices personnels que je pourrais tirer à souscrire à son offre, j’ai surtout pensé que la coïncidence était incroyable… et prévisible.

Quand Ségolène Royal, il y a quelques semaines, dénonçait, publicité à l’appui, la stratégie gouvernementale de soutien à ces groupes privés d’assurance retraite, un journaliste, malheureusement de la radio publique France Inter, s’offusqua. L’ex-candidate avait raison, comme d’autres. Les affaiblissements de la solidarité publique (retraite, santé, électricité) bénéficient quasi-systématiquement au secteur privé. Cela fait propre dans les comptes publics. Les « prélèvements obligatoires » et les « dépenses de l’Etat » baissent. Mais la charge demeure, elle est simplement privatisée.

Ces constats sont évidents et connus de tous.

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L’antisarkozysme « réfléchi »

Il y a trois ans et demi, la quasi-totalité des médias célébraient l’élection de Nicolas Sarkozy. Assez rapidement, la quasi-totalité des médias s’est affichée anti-sarkozyste. Puis une nouvelle séquence s’est ouverte, avec des commentaires peu amènes contre l’antisarkozysme jugé primaire par certains. Comme souvent, les éditorialistes politiques professionnels ont eu quelques peines à comprendre que l’antisarkozysme est protéiforme et de plus en plus réfléchi.

La première critique contre Nicolas Sarkozy vise à dénoncer l’immobilisme agité du Monarque élyséen, la confusion fréquente des discours et des actes. Sarkozy parle souvent mais agit peu. Confondre réformes et incantations est un travers dans lequel tous les médias, ou presque, sont un jour tombés… Et souvent avec l’appui de l’opposition.Il faut du temps pour mesurer ce décalage permanent entre le discours et les actes.

La seconde critique concerne les promesses non tenues : il s’agit de s’adresser aux 53% de votants au second tour de l’élection présidentielle de 2007 qui ont donné leur suffrage au maire de Neuilly-sur-Seine. Sarkozy avait promis des lendemains qui chantent, comme d’autres candidats avant lui. Mais, souvent, il n’a pas appliqué son propre programme : aux électeurs indécis, anciennement plutôt portés à gauche, qui furent séduits par la revalorisation du travail, la primeur accordée aux droits de l’homme dans la diplomatie, l’équilibre des pouvoirs et la République irréprochable, il faut rappeler les statistiques truquées de Pôle emploi, les embrassades « commerciales » avec tous les dictateurs de la planète, les manipulations contre la justice.

La troisième critique porte sur la vraie rupture sarkozyenne : sur quelques sujets, rares, Sarkozy a véritablement agi : en matière de lutte contre la délinquance et d’immigration, il a fait passer des lois en cascade… et s’est planté. Nous avons la honte et la nausée, sans les résultats ni l’efficacité. Cette incompétence évidente alliée avec une rupture éthique et anti-républicaine est un autre aspect, le plus évident, de l’action présidentielle depuis 2007.

A ces trois facettes de la critique contre Sarkozy, s’ajoutent les attaques contre l’homme lui-même. La doctrine de ce blog est relativement simple : Sarkozy adore exposer sa vie privée, et depuis longtemps : épouse, goûts, sentiments, tout y passe. Cette exposition narcissique permanente a un corollaire qu’il doit assumer : la critique.

Le casseur n’était pas un flic. Ah bon ?

L’un des casseurs présumés, vu dans une video qui tourne en boucle depuis 10 jours, ne serait pas un policier.

« D’après la BRI  (Brigade de recherche et d’intervention), il s’agirait non pas d’un policier infiltré comme l’ont affirmé Jean-Luc Mélenchon, patron du Parti de gauche, et plus récemment Bernard Thibaut, leader CGT, mais bien d’un individu appartenant à une mouvance autonome anarchiste.

Agé d’une trentaine d’années, celui que l’on voit asséner un violent coup de pied dans le dos d’un passant à la manière d’un ninja, a été interpellé jeudi dans un squat du XXe arrondissement de Paris et placé en garde à vue. L’homme était depuis plusieurs mois dans le collimateur de la BRI et de la BAC (Brigade anti-criminalité) pour des dégradations de boutiques. Il a pu être identifié grâce aux images extraites de la vidéo et aux photos prises par des policiers en civil. »

Source: Le Parisien

Cette interpellation, et l’interprétation qui en est donnée, soulèvent plusieurs questions:

Un témoin a affirmé au Monde avoir suivi ledit casseur après l’altercation, et l’avoir vu mettre un brassard de la police. Qu’en est-il ?

Comment la police est-elle parvenue à identifier formellement ce présumé casseur ?

 

Fallait-il faire grève le 28 octobre ?

J’avoue avoir été surpris qu’un mot d’ordre d’action ce jeudi 28 octobre ait été maintenu malgré les vacances de la Toussaint. Evidemment, une minorité de Français partent en congés à ces dates, le potentiel de mobilisation est théoriquement inchangé. Mais la jeunesse sera sans doute absente, comme en témoigne la faible participation hier mercredi aux différents rassemblements étudiants organisés par l’UNEF.

Le pays est amer, à en croire les sondages, les manifestations récentes, les mouvements sociaux disparates. Mais le pays est fatigué. faire grève coûte à celles et ceux qui participent. La précarité n’a pas reculé. Le chômage, partiel ou total, concerne toujours un nombre croissant de familles : 4,6 millions de personnes étaient inscrites à Pôle emploi fin septembre, et moins de la moitié d’entre elles étaient indemnisées.

La précarisation de la société est un outil formidable de répression sociale, ne l’oublions pas. D’autres formes de contestations auraient pu être évaluées, proposées, soumises au débat. On en a déjà parlé sur ce blog.

En particulier, on aurait pu imaginer des actions de guérilla politico-sociale : des actions ciblées sur (1) des membres du gouvernement, et (2) des élus UMP emblématiques. Les premiers communiquent régulièrement leur agenda de déplacements et d’intervention publics. Imaginez qu’ils soient suivis à la trace, accueilli à chaque tribune, chaque visite de terrain par un comité contestataire bruyant mais joyeux. Imaginez que des piquets aux équipes tournantes s’installent devant leur ministère, les suivent casseroles en main, les traquent partout en France. Imaginez qu’un ministre ne puisse plus se déplacer sans une escorte hors normes. Il faudrait sans doute cibler celles et ceux du gouvernement les moins bien protégées.

Les seconds, ces sénateurs et députés UMP qui ont porté haut et fort la réformette des retraites devraient être pris un par un en exemple de critique politique : une centaine de sénateurs jouent leur réélection l’an prochain. Rappelez-vous d’eux.

Encouragements de lectrices/lecteurs

Les encouragements de lectrices/lecteurs, pour un blogueur, sont la chose la plus importante de la journée, de la semaine, du mois. Plus importantes que les statistiques de fréquentation ou les sollicitations diverses et variées.

Voici donc quelques exemples. Merci à elles, à eux, et à tous les autres.

« Bravo juan, par contre je n’aime pas trop voyou de la république; en effet, Sarkozy n’est pas un voyou (trop bête) il n’est que le serf du Medef , de la parisotte’et des banquiers; même le mot république ne doit plus être utilisé car sarkosy et ses sponsors en ont fait un pays ou le droit, la justice, la police ne sont plus que des images d’épinal . » (Robert18, sur Marianne2)

« Le président français se tenait rigide, les traits serrés, sur-jouant le sang froid » Je pense qu’il prend des calmants. Trop mou pour être honnête. Merci Juan pour ces rappels incessants et, oh combien nécessaires, de l’incompétence de ce gouvernement et surtout de ce président de pacotille.
Amicalement. (Verbatim, sur Marianne2)

« cher Juan,
Toujours clair, et, pédagogue. Encore et encore merci de nous maintenir en éveil. Toujours, le même refrain. Pauvre Sarko 1°, il est pitoyable. J’en aurai presque de la peine pour lui. »
(Charles, sur Marianne2).

« Encore merci Juan pour ce résumé complet. Cette contre-réforme est un déni de démocratie. On ne peut pas longtemps gouverner contre un peuple et Sarkozy le petit est et deviendra de plus en plus inaudible à chaque intervention ,comme d’ailleurs tous les Woerth, Hortefeux ou Fillon .Borloo a dit qu’il fallait renouer le dialogue social ,là il nous prend vraiment pour des blaireaux. Quand un agresseur vous frappe ,j’ai plutôt tendance à le mettre hors d’état de nuire avant d’entamer une discussion. Il faut entamer une guérilla sociale longue et pacifique (si possible). » (L’arsène, sur Marianne2)

« Merci pour ce fabuleux travail d’analyse, de critique, de mémoire. Je suis soulagée… oui, réellement soulagée qu’il y en ait encore pour dénoncer haut et fort, non pas avec rage, mais avec intelligence. Ce blog est un trésor. Je me permet de le mettre en lien chez moi.«  pakita, sur Sarkofrance)

« @Juan
Encore un beau tableau de chasse, une belle semaine !!! Notre Calife à la
place du Calife n’en finit pas de ne pas nous étonner. Je salue une fois de plus la fabuleuse semaine en Sarkofrance. Je souhaite vraiment que ce courage journalistique devienne… contagieux !
Lorsque je vois et entends ce lamentable ministre (Wooooeeeerth !) qui nous
ânonne sa litanie accompagné du choeur de ses casseroles, casseroles dont
notre Sarkozyznogod est allé surveiller la fabrication… j’ai des nausées…
wooooeeeerrrrth !!! Il ne faut surtout pas perdre de vue les « affaires » !
 »
(Aldus, sur Marianne2)

« Juan, aujourd’hui ce n’est pas une analyse mais carrément une synthèse que je partage totalement. Les Français ne veulent plus de Sarkozy, et contrairement aux précédents président depuis Pompidou, il ne conçoit ni la cohabitation, ni le référendum, ni la dissolution de l’Assemblée, alors comment l’y obliger ?
Tant que nous n’aurons pas repensé la démocratie, la constitution, le rôle des représentants, qui décide… on ne fera rien de bon pour gérer avec lucidité et cohésion les défis à venir. » (Suricate, sur Marianne2)

Evidemment, nombre de commentaires sont aussi excessivement ou légitimement critiques. Grâce leur soit rendu. Ils motivent tout autant.

Chroniques des années 70

Un ouvrage étonnant pour celles et ceux qui ont vécu l’époque est récemment paru sur les années 70 : « Chroniques des années 70 » d’André Perlstein (photos) et Denis Jeambart (textes). On y voit des photos, incroyables, sur une période qui paraît comme celle d’un siècle depuis longtemps révolu. Des clopes dans un studio de radio, des figures syndicales comme Henri Krasucki (CGT) et Georges Séguy (CGT également), Roland Barthes et Georges Marchais, le dessinateur Reiser dans les bureaux d’Hara Kiri, Jean-François Kahn à l’Express, une Catherine Nay ultra-jeune et pas liftée interrogeant Georges Pompidou, André Malraux quelques semaines avant de quitter le gouvernement.

Cet ouvrage chronique partiellement une période avec quelques clichés très bien fait. On a l’impression qu’il s’agissait d’une autre France, un pays qui ne savait pas encore que les Trente Glorieuses se terminaient et que les Quarante Maudites débutaient.