La relève politique fait-elle peur ?

Le Monde Magazine s’est attardé sur la jeune garde politique. La photo, incomplète, est frappante. Elle ne reflète en rien la diversité sociologique et culturelle du pays. Ils sont blancs (sauf une), ils appartiennent principalement aux « classes socio-professionnelles supérieures », comme on dit à l’INSEE.

Par ailleurs, cette habitude de cantonner les « jeunes » dans des mouvements « à part », en marge des partis principaux, est une curiosité que je ne m’explique pas.  Y-a-t-il des mouvements de vieux ? Non, c’est inutile, la politique française se décide déjà par des vieux. Martin Hirsch (encore lui) avait suggéré que le vote jeune soit assorti d’une pondération favorable. En résumé, qu’un vote jeune vaille plus qu’un vote vieux. Cette proposition iconoclaste a le mérite de poser les termes du débat : pourquoi la jeune génération n’a-t-elle pas plus de poids dans le destin du pays ?

Dans le Monde Magazine, on peut lire, sur cette jeune garde : « Ils sont militants. Ils ne font pas ça pour l’argent. » Pour certains d’entre eux, c’est faux. Il est assez évident qu’un Benjamin Lancar trépigne à l’idée d’entrer dans le cercle d’intérêts de cette Présidence des Riches.

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Vichy, Sarko, et les excès

Il paraît qu’il ne faut pas invoquer Vichy, la collaboration et la déportation des Juifs avant 1944 à tout bout de champs quand on commente l’actualité insécuritaire de Sarkofrance. Même Eric Conan, de Marianne2, s’énerve contre la vichymania.

1. Dresser des parallèles historiques est un exercice périlleux. Les contextes, les actions, les référents diffèrent évidemment au cours des siècles.

2. Comparer Sarkozy à Pétain, Besson à Laval les aident effectivement. Le Monarque adore jouer à la victime. La Sarkophobie ambiante n’est pourtant que le reflet de l’antisarkophobie systématique. Sarkozy adore cliver la France ; il se surprend ensuite à constater que le camp adverse le déteste. Fallait pas commencer mon garçon !

3. Eric Besson, comme Nicolas Sarkozy, utilisent des références historiques dans leurs discours ou leurs actes qui évoquent Laval et Pétain. Par exemple, les rafles collectives évoquent de mauvais souvenirs. J’ai écrit : « évoquent ». Quand on va chercher des clandestins à la sortie des écoles – comme ce fut le cas en 2007 et 2008 – pour choper des parents sans-papiers, quand on piège des sans-papiers en les convoquant en préfecture ou à Pôle emploi pour mieux les expulser ; quand on procède à des coups de filets ciblés sur l’appartenance ethnique, il ne faut pas s’étonner à voir surgir des comparaisons vichyssoises.

4. Sarkozy n’est pas Pétain. Eric Besson … comment dire… a témoigné d’une faculté inédite depuis des décennies à changer de camp vers l’autre extrême qui … comment dire … surprend, inquiète, et provoque nausée et consternation. Qu’il s’indigne d’être de tempts à autre comparé à Pierre Laval est légitime. Il ne veut la mort de personne, encore moins la déportation collective. Mais quand il essaye de rationaliser sa saillie verbale sur les « bons Français », il ne faut qu’il s’étonne qu’on ait reconnu son propre clin d’oeil à la France pourrissante de l’entre-deux guerres.

Bertrand Cantat revient sur scène

C’est un rêve et un cauchemar. Plus jeune, Noir Désir a bercé mes années adolescentes. Il y a 7 ans, un jour de juillet, quand Bertrand Cantat a tué Marie Trintignant, j’ai cru qu’un certain monde s’écroulait. Le pire des gestes du meilleur des chanteurs français du moment. Une violence conjugale qui dérape, pléonasme néfaste. Sa condamnation, puis son emprisonnement l’ont éloigné.

La réalité est grise, comme toujours. Il faut croire que Cantat a réalisé la gravité de son geste. Il n’a pas cherché à nier, ni à fuir. Quand sa précédente compagne s’est suicidée l’an dernier, je me suis dit que la vie privée de Bertrand Cantat me dépassait et ne nous concernait plus.

Voici que sa maison de disque confirme son prochain retour sur scène, dans quelques jours. Apprécier une oeuvre ne signifie pas accepter tous les détours tortueux de la vie de son auteur.

Je me souviens d’un témoignage, émouvant et troublant, de Mrs Clooney, pas sans rapport avec le sujet.

Bertrand Cantat est sorti de prison, et il va chanter en public.

Je ne sais pas si je dois me réjouir ou pleurer.

Mise à jour 12h48 : Yann rebondit sur son blog. Pas d’accord avec le coup de pub fait au chanteur-batteur.

J’aurai 42 ans quand Sarko ne sera plus président

Enfin j’espère.

Quarante bougies, et je me souviens de mes propres parents, 1981, leurs quarante ans ou presque (37 pour l’une, 39 pour l’autre). A l’époque, j’entendais que la gauche avait attendu depuis 23 ans pour ce moment. A l’époque, je croyais que 23 ans était une durée incroyable qui nous ramenait à la préhistoire de l’histoire.

Voici que les quarante bougies me sont soufflées à mon tour. Et la période d’opposition me semble aussi longue que ces 23 ans de l’époque. J’imagine 2012 comme un feu d’artifice politique et personnel. Politique, car les tensions seront telles qu’une éventuelle victoire de Nicolas 1er ne se fera pas sans heurts. L’homme, à force de cliver, récoltera autre chose que quelques voitures brûlées par des adversaires déçus. Personnelle, car le blog Sarkofrance s’arrêtera très certainement.

Amitiés à toutes et tous.

PS : pour les amis, les soutiens, les sympathisants, et les autres : le cap des 40 ans, contrairement à d’autres, ne m’a fait ni chaud, ni froid. « A 40 ans, on est enfin soi-même. » Enfin, soi-même.

Un peu d’antiparlementarisme secondaire

J’en ai marre de voir un hémicycle quasi-vide à l’Assemblée. Des centaines de députés cumulards qui filent bosser dans leurs villes ou villages au lieu de plancher sur les textes de loi, ou s’afficher dans les couloirs de l’Assemblée, ou sur des plateaux de télévision.

Hier, un amendement sarkozyste étendant la déchéance de nationalité aux auteurs de crimes contre des dépositaires de l’autorité publique a été adopté avec avec 75 voix pour, et 57 contre, sur un total de 133 votants.

Internet va tuer notre foi : à force de retransmettre en direct, sur son site, les débats parlementaires, l’Assemblée nationale va dégouter des citoyens pourtant motivés.

J’aimerai qu’un journaliste daigne demander à un député, lorsqu’un débat a lieu dans l’hémicycle, pourquoi il n’y est pas pour faire son boulot.