Sego, candidate à la candidature

C’est donc fait. Ségolène Royal a attendu lundi 29 novembre pour dévoiler ses intentions. Honnêtement, j’ai l’impression de me retrouver en 2006, mais avec 18 mois d’avance, et 4 ans d’expérience de plus.

A l’époque, déjà, Ségolène Royal attirait au-delà de son camp. Cela dérangeait quelques militants « pur jus » qui ne comprenaient pas qu’on puisse leur « voler » leur candidature puisque, parti auto-proclamé élu pour conduire la grande famille de la gauche au second tour de l’élection présidentielle, ces militants n’estimaient pas légitimes de s’adresser à d’autres qu’eux pour cette désignation. N’étant pas socialiste, ni à l’époque, ni aujourd’hui, j’avais observé les primaires de 2006 avec un intérêt croissant, jusqu’à croire dans les chances de Ségo.

Je remercie Ségolène Royal de s’annoncer tôt: « Je sais d’expérience qu’il faut plus que quelques mois pour se préparer et pour rassembler. Qui ne voit que la droite est déjà en campagne, d’ailleurs elle ne s’en cache pas. » a-t-elle expliqué. Au moins, on est fixé. Si l’on me demandait de choisir un candidat socialiste, je pencherai toujours pour elle.

Mais voilà. L’opposition me semble encore un paysage désolé, partagé entre des ambitions individuelles et des calculs inconscients. A ce stade, je ne sais que penser. Ségolène a au moins un double mérite, qu’on l’apprécie ou pas : primo, elle clarifie le débat interne au parti socialiste sur le sens à donner à ses primaires, après le cafouillage des jours passés. Deuxio, elle donnera du sens à la confrontation d’idées.

Pour le reste, qui vivra verra.

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2012 : la mort des blogs de gauche ?

J’emprunte à mon confrère Yann Savidan ce titre prémonitoire. Dans 18 mois, nombre de blogs de gauche se saborderont. DSK aura gagné. Inutile de continuer à bloguer, à quoi bon la vigilance ? Rimbus, Dagrouik, le Coucou, Romain Blachier, Elmone, Melclalex, Gaël, Nicolas, Disparitus, Seb ou Menilmuche, Gabale, Ruminances et moi-même devront raccrocher ou trouver d’autres sujets de divagations blogosphériques. Olympe aura toujours matière à dire, Eric aussi. Mrs Clooney s’est déjà reconvertie.

Agnès poursuivra son Monolecte puisque DSK sera trop à droite.

Authueil deviendra véritablement influent. A moins que Reversus ne lui grille la place.

Pour ma part, la mission sera remplie. L’élection de DSK m’effraye moins que d’autres. Non pas que je trouve moultes grâces au bonhomme sans doute bien trop à droite. Mais le seul mérite d’avoir refermé cette triste parenthèse sarkozyenne lui vaudra déjà tous mes remerciements. Qui sait…

Et si Sarkozy est réélu, il y a fort à parier que Sarkofrance s’arrêtera quand même. Difficile de savoir si l’expérience quotidienne durera jusque là.

Pour l’heure, ni DSK ni personne d’autres n’est en mesure de gagner contre Nicolas Sarkozy. N’en déplaise aux sondages, la machine à perdre socialiste est toujours là.

Et que dire de la gauche…

La France est-elle finie ?

Le prochain livre de Jean-Pierre Chevènement sortira le 5 janvier 2011, et voici qu’on livre sa jaquette en avant-première sur le Net.

Je me souviens de 1990, et d’un autre ouvrage. Chevènement venait de quitter le gouvernement avec fracas, par opposition à la première guerre du Golfe. Pendant quelques mois, je fus chevènementiste. En 2002, j’en ai beaucoup voulu à Chevènement qui s’était cru un destin national et providentiel. Je lui en ai voulu au moins autant qu’à l’austère social-démocrate Jospin qui se fracassa le 21 avril. Mais Chevènement incarne une voix, à gauche, qui n’oublie pas la force de l’Etat, le respect de la loi, l’exigence républicaine contre les mains libres du marché et de la rente. Son souverainisme national m’agace, son absence de souci écolo également.

J’attends ce livre, donc, avec impatience. Le titre est accrocheur. Oui, la France est sans doute finie, en tant qu’Etat, pas en tant que nation. Et ce n’est pas grave.

L’avenir de la France s’appelle l’Europe.

On en a rien à foutre de Bernard Tapie

Ces derniers temps, Bernard Tapie est régulièrement invité dans mes médias parce qu’il a touché quelques 200 millions d’arbitrage qui l’a sorti favorablement de son conflit décennal contre le Crédit Lyonnais. Vendredi soir sur France 2, Bernard Tapie était donc invité par Franz Olivier Giesberg.

A chaque fois, Tapie répète la même chose:  il ne veut pas répondre. Il tacle même celles et ceux qui le questionnent sur le sujet. Vendredi soir sur France 2, Bernard Tapie était même invité avec Fadela Amara. L’émission fut désastreuse. Amara ou Tapie purent enfoncer des portes ouvertes. Ce soir-là, il était question de servir la soupe. « Nanard » excella à multiplier les anecdotes, les exemples inventés sur mesure.

Mais à quoi bon ?

En regardant cette émission, on pouvait être tétanisé. Les propos tenus, par Amara, Tapie et quelques autres étaient si loin de la réalité. L’un des journalistes présents, alors qu’Amara justifiait sa présence au gouvernement pendant 3 ans et demi jusqu’à qu’on la vire, lui jeta : « mais vous êtes resté, vous avez avalé, avalé, avalé. »

Oui, ils ont avalé, et ils avalent encore.

Faillites des Etats : est-ce seulement la faute des banques ?

L’Europe tremble, menacée de défaut de paiement ici, de plans d’ultra-rigueur là-bas. Qu’il s’agisse de la Grèce, de l’Irlande ou du Portugal, on entend les mêmes arguments : à gauche, « c’est la faute des banques ! »; à droite, « c’est la faute aux Etats trop dépensiers ! »

Sans être expert de la chose financière, on peut quand même dresser quelques constats :

1. les Etats européens se sont tous dotés, plus ou moins richement, de systèmes sociaux qui coûtent.

2. Ils ont tous également dégrader la solidarité fiscale. En France, mais ailleurs également, l’ampleur des défiscalisations au bénéfice des hauts revenus, du patrimoine, de la rente voire des entreprises. On s’étonne après que les budgets publics soient déficitaires…

3. A cause de ces déficits, les Etats empruntent beaucoup. Ils sont devenus, à des degrés divers en Europe, otages des marchés qui les financent. Ils ont préférer financer leurs régimes sociaux et services publics par l’endettement plutôt que l’impôt.

4. L’envolée de l’endettement privé est plus grave au Royaume Uni, en Irlande, en Espagne qu’en France.

5. Certaines banques ont vendu n’importe quoi;

Au final, la conjonction de ces évolutions – des Etats emprunteurs et donc otages des marchés, des banques parfois irresponsables – créé une situation explosive. Mais rares sont ceux, pour le moment, à expliquer que le redressement, si douloureux soit-il, ne doit pas s’affranchir de l’exigence de justice sociale. Crier contre les banques ne suffit pas. Il faut aussi, et peut-être surtout, fustiger les défiscalisations. Cet argument est encore insuffisamment présent à gauche. Et s’il venait à disparaître complètement, l’argumentaire serait alors dramatiquement fragilisé et peu crédible.

Insécurité : les violences faites aux femmes

On sous-estime, dans le discours public, les violences faites aux femmes. C’est l’un des constats évidents à retenir du rapprochement entre les bilans mensuels ou annuels de l’ONDRP sur la délinquance et les « enquêtes de victimation » que l’ONDRP consent à publier depuis 2007, mais qui sont rarement commentées par les autorités.

Ces enquêtes reposent sur l’interrogation directe des « vrais gens », sur les actes de violence ou les vols subis ou ressenties, sur la base d’un sondage de quelques 165 000 personnes. J’en ai brièvement parlé dans un précédent billet. Elles sont publiées tous les deux ans.

Dans sa dernière édition, qui couvre la période 2008-2009, on peut relever que le taux de plainte des violences sexuelles n’est que de 9 %, contre 26% pour les violences physiques; que les violences au sein du ménage (415 000 victimes) « représentent plus d’un tiers des violences physiques ou sexuelles (1,2 million de victimes)« ; et … que 654.000 femmes ont déclaré avoir subi des violences, physiques ou sexuelles l’an dernier.

1800 femmes sont violentées chaque jour.

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