Faillites des Etats : est-ce seulement la faute des banques ?


L’Europe tremble, menacée de défaut de paiement ici, de plans d’ultra-rigueur là-bas. Qu’il s’agisse de la Grèce, de l’Irlande ou du Portugal, on entend les mêmes arguments : à gauche, « c’est la faute des banques ! »; à droite, « c’est la faute aux Etats trop dépensiers ! »

Sans être expert de la chose financière, on peut quand même dresser quelques constats :

1. les Etats européens se sont tous dotés, plus ou moins richement, de systèmes sociaux qui coûtent.

2. Ils ont tous également dégrader la solidarité fiscale. En France, mais ailleurs également, l’ampleur des défiscalisations au bénéfice des hauts revenus, du patrimoine, de la rente voire des entreprises. On s’étonne après que les budgets publics soient déficitaires…

3. A cause de ces déficits, les Etats empruntent beaucoup. Ils sont devenus, à des degrés divers en Europe, otages des marchés qui les financent. Ils ont préférer financer leurs régimes sociaux et services publics par l’endettement plutôt que l’impôt.

4. L’envolée de l’endettement privé est plus grave au Royaume Uni, en Irlande, en Espagne qu’en France.

5. Certaines banques ont vendu n’importe quoi;

Au final, la conjonction de ces évolutions – des Etats emprunteurs et donc otages des marchés, des banques parfois irresponsables – créé une situation explosive. Mais rares sont ceux, pour le moment, à expliquer que le redressement, si douloureux soit-il, ne doit pas s’affranchir de l’exigence de justice sociale. Crier contre les banques ne suffit pas. Il faut aussi, et peut-être surtout, fustiger les défiscalisations. Cet argument est encore insuffisamment présent à gauche. Et s’il venait à disparaître complètement, l’argumentaire serait alors dramatiquement fragilisé et peu crédible.

Publicités

6 réflexions sur « Faillites des Etats : est-ce seulement la faute des banques ? »

  1. Vaste débat qui mériterait au minimum une journée de boulot !
    Car quand on parle d’état on parle de toutes ses infrastructures , de toutes ses composantes ( régions , départements , communes , communautés de communes , etc.. ) mais aussi de son fonctionnement ( gouvernement , assemblée , sénat ) et de tous ses services ( armée , police , enseignement , etc..)
    Et c’est nous qui payons TOUT , non seulement ce qu’on utilise tous les jours , ce qui semble normal , mais aussi ce à quoi seulement quelques privilégiés ont accès .
    Les sevices s’entassent les uns sur les autres . On fait des rapports à tours de bras , des études qui ne servent à rien et qui coûtent la peau des fesses . Mais plus le travail est inutile et plus il est rémunéré …à des sociétés ou des cabinets privés .
    Car le pouvoir est peu exigeant avec certains architectes , certains cabinets « d’experts » , etc…
    Tous ceux qui ont été un jour élu(e) dans un conseil municipal , ont souvent été ahuris par le coût des études de chantiers , qui quelquefois se chiffrent au même niveau que les travaux eux-mêmes !! Sans compter bien sûr les gâchis , les malfaçons , j’en passe et des meilleures . On est très généreux avaec l’argent des contribuables !
    Mais il parait que c’est la loi du marché . En un mot , on confie de plus en plus des services à des sociétés qui vont les transformer en bénéfices faramineux pour leurs actionnaires .
    J’appelle celà du détournement de bien public . Et je ne cite là qu’une infime partie de ce problème immense !

  2. Jusqu’au 3 janvier 1973, l’Etat empruntait des milliards de francs à la Banque de France.

    Problème : les banques privées voyaient ces emprunts leur échapper.

    Après le départ de Charles de Gaulle, les banques privées ont fait ce qu’elles n’auraient jamais osé lui demander. Elles ont demandé aux hommes politiques français de leur accorder un privilège :

    les banques privées ont demandé le privilège de financer l’Etat.

    Pendant les années 1970, 1971, 1972, elles ont exercé des pressions sur les hommes politiques français.

    Le 3 janvier 1973, les banques privées ont réussi à obtenir ce privilège. Les hommes politiques français ont cédé à leur demande.

    Le président Georges Pompidou (déjà très malade) et surtout son ministre des Finances Valéry Giscard d’Estaing font voter la loi du 3 janvier 1973, et notamment l’article 25 :

    « Le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France. »

    http://www.legifrance.gouv.fr/jopdf/common/jo_pdf.jsp?numJO=0&dateJO=19730104&pageDebut=00165&pageFin=&pageCourante=00166

    En clair : l’Etat n’a plus le droit de demander un prêt à la Banque de France.

    Conséquence : l’Etat doit emprunter sur les marchés internationaux.

    L’Etat doit emprunter à des banques privées, à des prêteurs privés, à des investisseurs privés.

    Aujourd’hui, avec le recul, nous pouvons constater que cette décision du couple Pompidou-Valéry Giscard d’Estaing était un suicide.

    Cette décision a eu pour conséquence de livrer l’Etat aux bons vouloirs des marchés internationaux.

  3. Moi je dis que la faute revient en premier lieu aux politiques qui ont démissionné et laissé le pouvoir aux banques, à la finance, aux multinationales et bien sur au sacro-saint système libéral qui devait soi disant réguler et régler de lui même les problèmes de toutes natures.
    Le plus dramatique est que, même en ayant démontré par des faits (dont les crises qui se succèdent) l’absurdité et le danger de ce système tel qu’il est il continue à avoir la confiance du microcosme ( politiques et élites) qui gravitent autour de cette pensée unique complétement folle ..

  4. Je suis bien d’accord que certes il y faut des limites bien définies mais c’est bien aux financiers d’obeir à l’état et non l’inverse. Sans vouloir faire la révolution on voit bien effectivement que la plupart des politiques se mouillent bien trop peu sur ce plan, ils veulent faire comme avant ou comme tel voisin qui serait meneur avec comme seul plan de flotter habilement à court terme dans la Mondialisation.
    Tout sauf un manque de personnalité pour la France
    dans l’Europe et l’Europe !

Les commentaires sont fermés.