Insécurité : de quoi parle-t-on ?

A lire régulièrement les bulletins de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, on peut être statistiquement frappé du hiatus entre les discours et la couverture médiatique de la délinquance, d’une part, et sa réalité, même appréhendée de façon parcellaire par ces bilans, d’autre part.

De quoi nous parle-t-on, dans les médias, souvent audiovisuels, et les discours ? D’affrontements entre bandes ? L’ONDRP en a recensé 341 de janvier à octobre. De prises d’otages ? Il y en a eu 42 à fin octobre, sur 12 mois. De règlements de comptes de truands ? 42 à nouveau ! D’homicides ? L’ONDRP en a recensé 49 (en 12 mois !) à l’occasion de vols, et 626 (dont 51 contre des enfants de moins de 15 ans) pour d’autres motifs.

Ces données sont à rapprocher des violences physiques : 462 000 actes sur un an, pour l’essentiel des vols violents, avec ou sans armes (119 000), des coups et blessures « divers » (192 000 en un an), des violences sexuelles (23 000), des menaces ou chantages (81 000).

Si l’on élargit l’analyse au « sentiment d’insécurité« , les résultats sont encore plus effroyables : il y aurait près de 4,7 millions de vols ou tentatives de vols par an en France, à rapprocher des 1,8 millions vols effectivement recensés par les forces de l’ordre. En 2007-2008, « plus de 310 000 femmes de 18 à 75 ans ont été victimes de violences sexuelles », dont 225 000 de la part d’une personne extérieure à leur ménage, note l’ONDRP… Alors que les statistiques officielles n’enregistrent « que » 23 000 violences sexuelles au global (tous sexes confondus)… Plus de 2 millions de personnes (âgées de 18 à 75 ans) se déclarent victimes de violences physiques sur deux ans…

Que comprendre ?

Une seule chose : on nous ballade avec des exemples anecdotiques.

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Le mal-logement, tout le monde s’en fout

Pas Cantonna.

Pas nous.

Borloo le capricieux.

Dans Dimanche+, le 21 novembre, Jean-Louis Borloo était filmé se félicitant d’avoir gardé le bureau de François Mitterrand, de ministère en ministère depuis 2002. « Je l’ai emmené partout ».

Cette confession, en soi, n’a pas grand intérêt autre que symbolique. Borloo veut, jusqu’au bout, tenter de faire croire que sa fibre sociale est réelle. On oublierait presque à quels gouvernements il a participé depuis 2002. L’homme traînera avec lui la honte d’avoir couvert, de s’être tu dans tous les moments les plus graves de la République depuis 15 ans.

Deuxième symbole, quelle est donc cette République monarchique qui cède aux caprices d’un ministre, fusse-t-il d’Etat, d’avoir auprès de lui un tel mobilier de travail. On me répondra que ce n’est pas le problème, que Borloo avait bien le droit d’avoir le bureau qu’il veut pour travailler. Pourtant, les ministres doivent être, plus que d’autres, exemplaires. Il y en a marre de ces petits caprices aristocratiques qui, additionnés, finissent par exaspérer et coûter à la République.

Qu’ils s’en aillent tous !

Karachigate : pourquoi sont-ils tous prudents ?

Honnêtement, il va être très difficile de savoir la vérité sur l’attentat de Karachi. C’est décourageant, mais c’est pour cela qu’il faut s’entêter et soutenir les familles des victimes.

1. Il y a fort à parier que les rétro-commissions dans le cadre de ventes d’armements (au-delà du simple cas pakistanais en 1994) pouvaient bénéficier à d’autres formations politiques que le simple camp balladurien.

2. Nombre d’intervenants politiques actuels étaient déjà actifs à l’époque : Juppé était ministre des affaires étrangères puis premier ministre ; Sarkozy était ministre du Budget puis directeur de campagne. Villepin était secrétaire général de l’Elysée. Hervé Morin était conseiller de François Léotard. Michèle Alliot-Marie était ministre de la Défense après 2002. Comment voulez vous que l’un de ces protagonistes ait envie de tout balancer, si tant est qu’il soit au courant ?

3. On imagine enfin bien que d’éventuelles rétro-commissions étaient bien cachées. Quelques témoins de cette affaire ont évoqué des menaces sur leur vie.

Rue89 cambriolé. A son tour.

C’est une épidémie. En ces temps de polémique sécuritaire, l’insécurité frappe … la presse. Après une poignée d’ordinateurs au Monde, au Point et chez Mediapart, voici Rue89 complètement dévastée.

Les photos publiées par le site témoignent de l’ampleur de l’intrusion. Evidemment, tout ke monde le répète, « il est trop pour tirer des conclusions. »

« Les locaux de Rue89, dans le XXe arrondissement de Paris, ont été victimes d’un cambriolage, dans la nuit de samedi à dimanche, qui se solde par le vol de plus d’une vingtaine d’ordinateurs et autre matériel, et la destruction d’autres équipements.

Le ou les cambrioleurs ont défoncé la porte en bois de la rédaction, située au premier étage d’un immeuble de bureaux en principe sécurisé, géré par la ville de Paris. On ignore encore comment les voleurs ont pu pénétrer dans l’immeuble, qui abrite surtout des start-up technologiques. »

On se gardera bien d’accuser le pouvoir. Il faudrait être stupide pour commanditer une telle attaque plus maladroite encore que le Watergate. Et l’on sait déjà que Nicolas Sarkozy n’a pas l’intention d’y porter plus d’attention que cela, à en croire ses déclarations passées.

Contre le régime présidentiel français

Laurent Pinsolle, un confrère blogueur, a publié un récent billet louant les avantages du système présidentiel français par comparaison avec le régime américain jugé faible. Je résume :

1. Le système français permet à un président impopulaire de conduire ses réformes.

2. Le régime français, qui privilégie un pouvoir central fort, qui « est sans doute celui qui facilite le plus possible de véritables alternances démocratiques. »

3. Le président est un « catalyseur démocratique », « un moyen de clarifier le débat public en personnifiant une vision et des idées que les systèmes parlementaires peuvent brouiller. »

Laurent Pinsolle est assurément gaulliste. Nous nous retrouvons souvent pour dénoncer l’incurie sarkozyenne actuelle. Mais sur ce sujet là, je ne suis pas d’accord. Le système américain m’importe peu. Quoique. Là-bas, Sarkozy aurait sans doute déjà été démissionné. Mais qu’importe, l’important est ailleurs. Primo, le système français est devenu irresponsable. Pénalement ET politiquement. Secundo, il ne faut pas confondre le présidentialisme (ie incarner une majorité à un instant T dans une seule personne évidemment faillible) et les modalités de scrutin. Le système américain privilégie la logique bipolaire, laissant aux deux partis le soin de régler le sort de leurs « minorités » de gauche ou de droite. Le système français ne laisse aucune place non plus à la variété des opinions. Il perpétue des baronnies, la place d’une caste consanguine à la tête de l’Etat, et ne comprend la réforme démocratique qu’à travers le mouvement social.

Tertio, la personnalisation du pouvoir n’est pas un catalyseur démocratique. C’est une lubie héritée de la monarchie. Aucun homme, aucune femme ne mérite d’être l’incarnation d’un pays.