Classes populaires : mythes et réalité


Les classes dites populaires sont redevenues l’objet de toute les attentions politiques. La montée du FN dans les sondages (et les scrutins intermédiaires), mais aussi l’incapacité supposées des partis traditionnels, à gauche comme à droite, à leur parler, y sont pour beaucoup dans cette évolution. Une récente tribune de deux chercheurs de la Fondation Res Publica, publiée par Libération, apporte quelques éclairages indispensables contre les arguments caricaturaux avancés ici ou là sur les classes populaires.

1. Les milieux populaires n’existent pas qu’en milieu urbain, banlieues compris : « La France populaire, celle des ateliers et des usines n’est plus celle des grandes métropoles mais une France périphérique, soit périurbaine, soit rurale. » Les deux chercheurs évoquent notamment l' »étalement urbain » et l’ »expulsion des ouvriers et des employés de ses villes centres. »

2. Ainsi, rappellent-ils que « 35% des actifs des mondes ruraux sont des ouvriers. » La France rurale ne correspond plus, loin s’en faut, à l’image d’Epinal largement véhiculée par Nicolas Sarkozy lors de ses déplacements de terrain en milieu agricole, d’agriculteurs cultivant la terre.

3. La France populaire ne se réduit pas non plus aux ouvriers précarisés par la crise de l’industrie. « Les employés sont ceux qui ont le plus perdu, d’un point de vue salarial, dans les deux dernières décennies. » A émergé un salariat dit « d’execution« , y compris dans les activités de services, « qui a élu domicile dans l’espace périurbain. »

4. La jeunesse populaire ne se résume pas à celles des « quartiers » de banlieue. « Plus d’un Français sur trois de 15 à 24 ans est un rural« .

5. La France populaire est d’abord au chômage : les auteurs de cette tribune rappelle un rapport de l’IGAS : «  les catégories les moins qualifiées sont sur-représentées parmi les actifs en emploi : 32% d’ouvriers et 27% d’employés, contre 7% de cadres et professions intellectuelles (7% d’agriculteurs). »

6. Cette France populaire est aussi celle qui souffre le plus de « désaffiliation » massive à cause de la globalisation financière et économique. Par ce terme quasi-barbare, on désigne le capital d’éléments de vie locale qui peuvent nourrir l’identité. « Le capital d’autochtonie – conceptualisé par Jean-Noël Retière – est définissable comme l’ensemble des ressources mobilisables par celui qui est né là où il vit et qui lui donnent un avantage social par rapport à celui qui vient d’ailleurs. »

7. Malheureusement, la France populaire se distingue par des discriminations souvent ignorées : les accidents routiers frappent ainsi davantage la jeunesse ouvrière rurale. Ces spécificités dramatiques contribuent à l’isolement.

Quand ont compare ces constats et analyses au débat politique nationale, on frémit. Le discours général sur la réduction des dépenses publiques (non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, privatisation des services de l’électricité ou du gaz, déremboursements de l’assurance maladie, réforme des retraites, etc) ne peut que provoquer une incompréhension légitime. Il est urgent de revisiter le concept même de solidarité nationale à l’aune de ces clivages devenus sociaux mais aussi géographiques.

A-t-on besoin de la Sécu quand on bénéficie du bouclier fiscal ?

 

Post Scriptum : Merci à Jean-Pierre Chevènement pour l’alerte, via Twitter.

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7 réflexions sur « Classes populaires : mythes et réalité »

  1. Oui , c’est en milieu rural que ce sont implantées par exemple les grandes industries agro-alimentaires , à qui toutes les communes font la lèche . La main-d’oeuvre , volontairement sous qualifiée , y travaille dans des conditions dignes du film de Charlie Chaplin « les temps modernes ».
    C’est la valse des contrats à durée déterminée . Si vous faites la moindre remarque vous êtes viré(e) . Il faut demander pour aller aux toilettes . La cadence augmente au fil de la journée , passée bien souvent dans le froid , à la lumière scintillante des néons tout aussi froids ! (c’est du vécu) .
    Et pourtant on leur déroule le tapis rouge , on leur file presque gracieusement des terrains , on leur paie des aménégements , on les exonère de charges , on leur fait des prêts relais . Bien souvent ces bâtiments se retrouvent vides quelques années plus tard car on apprend qu’ils sont allés s’implanter dans des communes encore plus généreuses !
    Mais ce qui caractérise effectivement cette catégorie sociale c’est bien sûr le chômage , la précarité . Des salariés ballotés de CDD en CDD , travaillant pour beaucoup dans des boites intérim qui servent de fusibles quand le travail des entreprises baisse.
    Je vis en région Pays de Loire , une des plus peuplées ( la 4ème je crois) , mais dépendante des grosses industries ( pétrole , chimie , métallurgie , construction navale) et je vois à quel point les situations se dégradent , les petites villes n’étant plus que des cités dortoirs , les ouvriers repoussés dans les banlieues , les petits villages ,les riches directeurs de supermarchés s’appropriant l’ensemble des espaces ( hôtels , culture , ..) .Avec d’un côté des villes inaccessibles ( La Baule) aux loyers et aux m2 exorbitants et de l’autre des campagnes presque désertes ( beaucoup d’agriculteurs arrêtent , épuisés et ruinés) laissant des terrains innocupés où les riches du coin vont y faire leur marché .
    Le nombre de bagnoles est aussi en hausse exponentielle , il faut souvent faire une heure de route pour aller bosser une journée payée au SMIC .
    Avec son lot de pauvreté ,la criminalité s’est déplacée , les dealers font leur apparition en pleine campagne ( sur notre petite ville de 10000 habitants , 7 réseaux ont été démantelés en quelques années) .
    Le racisme est galoppant , les actes de violence de plus en plus nombreux .
    Mais le FN ne fait pas de scores faramineux pour autant , les élus étant sans doute , pour l’instant , plus proches de leurs concitoyens . Au moins une presque satisfaction !

  2. Bravo Coup de Grisou !!!
    Bien parlé… sans compter tout les non-dits… et tout ce qui se passe dont on ne sait rien !!!! Coté pauvreté et tracasserie, je suis en plein dedans, mais tout le monde (social) s’en fou !!! Je suis handicapée depuis 15 ans, je viens d’apprendre que je ne percevrais que 421€ de retraite quand je vais la prendre (hé oui les années d’AAH ne donnent droit a aucun trimestre)…Mon fils cherche un emploi depuis presque deux ans (bac+2 comptable) aucun employeur ne veut le prendre parce qu’il n’a pas d’expérience… la je rêve…comment peut il acquérir de l’expérience si aucun patron lui donne un job ??? le pole emploi lui dit d’envoyer 3 cv par jour, relancer les patrons par téléphone…. il est non indemnisé par les assédics…. je paie les timbres, le papier, les enveloppes, les photocopies et le téléphone pour lui…. mais si je n’étais pas la ????? voila pleins de petites tracasseries insignifiantes pour le gouvernement et énormes pour nous !!!!! c’est une honte ce gouvernement qui cumule, lui mandat, retraite, etc… je préfère m’arrêter la !!!!

  3. Tiens ! Je suis d’accord avec le commentaire ci-dessus. A Loudéac c’est pareil (10000 habitants et un taux de smicards très bas).

    Un des problèmes de la gauche est qu’elle ne sait pas parler à ces classes populaires rurales alors qu’elle croit savoir le faire… Nicolas Sarkozy avait bien compris, avec le « travailler plus gagner plus ».

    Il faut que la gauche réussisse à remettre les revenus du travail (les salaires, quoi) sur le devant de la scène par rapport à tout le reste.

  4. Rien à ajouter à ces deux commentaires ,qui hélas reflètent la stricte vérité.Il est grand temps si la gauche veut être crédible,qu’elle se ressaisisse au plus vite et se rapproche de tout ce monde en désarroi.
    Mais je me pose parfois la question si cette gauche à majorité dite socialiste a envie de reprendre les rênes pour gouverner pour changer cet état de fait. .J’ai comme l’impression parfois que nos élus sont tellement bien dans leur poste privilégiés ,que bousculer leur univers les indispose.Le retour du bâton risque d’être douloureux pour certains.Notre sarko en diminuant les budget vers les collectivités,les territoires,se fera un plaisir de faire porter le chapeau de l’augmentation des charges communales,territoriales,taxes en tous genre,sur le dos des élus communaux,régionaux et territoriaux.(il a déjà parler de dépenses excessives des élus de gauche).Avec une bonne propagande dans les médias(les siennes,puisque il les a toutes visuelles,audio,écrites)Le bon peuple on sait à quel point on peut le manipuler,l’orienter vers un vote contraire à ses intérêts .(l’exemple de deux mille sept n’est pas très loin). Le dernier qui parle ,surtout s’il est fort en gue…… a raison! et c’est reparti pour cinq ans.Triste perspective si vous voyez!

    1. Bien d’accord Hiairassary ,
      Sarkozy sait très bien comment ruiner les collectivités locales et leur fera porter le chapeau le moment venu .
      Car l’état n’a pas transféré l’argent avec les compétences .
      Ce sont toutes ces structures empilées les unes sur les autres qui lèvent l’impôt . On se retrouve alors avec des sommes faramineuses à sortir avec des salaires qui stagnent ( pour les statistiques) , mais qui en réalité baissent , les emplois à temps partiel ayant tendance à se généraliser ? Les CDD aussi !
      Ce sont déjà les conseils généraux et les communes qui assurent la plus grande partie des aides sociales . L’état se retire peu à peu . Pôle Emploi est en train de devenir une agence de répression pour chômeurs indélicats ! Triste vocation !
      Alors on rend les chômeurs coupables du manque de boulot , on les raye des listes pour arranger les statistiques , euréka le chômage baisse ! On leur fait croire que s’ils sont encore au chômage c’est qu’ils n’ont pas su bien se vendre . Il y en a même qui passent des annonces pour offrir leurs services à n’importe quel prix .
      Le problème c’est que pendant qu’un chômeur retrouve du boulot c’est un autre qui le remplace , car ce ne sont pas eux qui décident de leur embauche que je sache , mais les entreprises qui pour l’instant font le dos rond .
      Et pendant ce temps Fillon , « super 1er ministre » comme le dénomment les médias ..accuse la gauche de ne pas avoir d’idées . Je ne sait même pas s’il s’est rendu compte qu’il était censé gouverner !

      Sarkozy avait fait de la deuxième partie de son quinquénat une soi-disant priorité à l’emploi , en 2012 il pourra aller à son enterrement , il aime ça (les enterrements , il y va quelquefois pour blaguer ) !

      Mais ce n’est pas parce que Sarkozy nous enfume qu’il ne faut pas réfléchir au bien-fondé de cet empilage de strates administratives dévoreuses de budgets colossaux .
      On n’est pas obligés de se payer des locaux luxueux pour aller faire de temps à autre quelque séminaire sur le sexe des mouches .
      La démocratie dans les communautés de communes est-elle bien réelle ? Qui décide , qui lève l’impôt ? Uniquement des représentants d’élus des majorités , les minorités n’étant mathématiquement pas représentées ! Même pas élus au suffrage direct pour gérer des budgets plus gros que ceux des communes concernées !!
      A-t-on besoin d’aéroports ( gros problème en Loire Atlantique ) , de plus en plus de routes , de trottoirs en granit …etc ? Autant de questions qu’on doit se poser quand la moitié de la population racle les fonds de tiroir pour pouvoir manger . Je pense au témoignage de Faure plus haut .
      Le constat est sévère , mais je préfère quand même être seul dans ma campagne que mal accompagné en ville .

  5. J’avais moi aussi bien aimé cette tribune. La question centrale à mon sens est « qu’es ce que les classes populaires »? sachant que contrairement à une idée reçue, celles-ci sont loin d’être homogènes idéologiquement

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