L’avenir du Nouvel Obs et de Libération


Les équipes du Nouvel Observateur et de Libération se sont causées, paraît-il, pour avoir un patron commun de leur rédaction (Laurent Joffrin), et travailler quelques synergies.

Dans son éditorial du 8 décembre dernier, Jean Daniel se félicitait de ces convergences éventuelles, pour mieux critiquer l’indignation obsessionnelle de certains. « Je suis loin d’être contre le fait de crier son indignation« , écrivait-il, mais Jean Daniel s’inquiète de la contestation gauchiste (l’adjectif n’est pas péjoratif): « Les gauches de la gauche sont nombreuses, leurs visages multiples, et nous allons les voir proliférer au fur et à mesure que va se développer la campagne électorale. »

Pour critiquer l’indignation systématique, Jean Daniel développe trois arguments : primo, il dénonce l’effet de mode (« nous ne croyons pas qu’il suffise de dénoncer les gens friqués pour nous identifier aux humiliés« ); secundo, il invoque la complexité du monde (« le spectacle du monde tel qu’il est devenu doit nous contraindre à une certaine humilité, et c’est pourquoi il m’arrive de trouver le péremptoire insupportable. »); tertio, il rappelle les « insuffisances du cri« .

Si le propos général de Daniel est celui prudent et modéré d’un bourgeois (le qualificatif n’est pas péjoratif) inquiet, son dernier argument mérite qu’on s’y attarde. Jean Daniel a tort de critiquer l’effort d’indignation qui commence, à peine, à se développer dans le pays, mais il a raison de souligner que ces cris doivent être complets pour gagner en légitimité. La récente micro-polémique qui a opposé Jean-Luc Mélenchon au journaliste Jean Quatremer est une illustration. Quatremer a reproché à Mélenchon, entre autres, d’avoir refusé de participer à la remise du prix Sakharov pour la liberté de penser au Parlement européen.

« Le Prix Sakharov récompense des personnalités exceptionnelles qui luttent contre l’intolérance, le fanatisme et l’oppression. À l’instar d’Andreï Sakharov, les lauréats du Prix Sakharov témoignent combien il faut de courage pour défendre les droits de l’homme et la liberté d’expression. »

Mélenchon explique sur son blog qu’il en a marre de voir des dissidents cubains anti-castristes ainsi récompensés (c’était le cas cette année, pour la 3ème fois en 7 ans) au motif que (1) cela serait « une pure opération de propagande de nos adversaires de droite et sociaux démocrates latinos qui n’en sont qu’une variété comportant un nombre considérable de corrompus et d’assassins » (fichtre !), et (2) le Parlement européen aurait l’indignation sélective.

Quand je soutenais Pierre Juquin, il y a plus de 20 ans, j’écrivais également, avec d’autres, de dérisoires mais indispensables petits courriers aux dirigeants soviétiques pour leur demander de libérer des dissidents. Je suppose que Mélenchon nous aurait dit qu’on faisait le jeu de la CIA. Mélenchon est formidablement convainquant quand il pointe, vise et cible l’oppression économique et sociale actuelle. Il l’est beaucoup moins quand il tombe dans le piège de ces (petites) polémiques.

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9 réflexions sur « L’avenir du Nouvel Obs et de Libération »

  1. La presse ne se porte pas très bien ces temps ci avec des achats, des ventes, des restructurations un peu partout. L’essentiel est qu’elle puisse rester libre et indépendante des grands groupes amis de certains hommes politiques…

  2. à retenir principalement : l’oppression économique et sociale qui musèle tout le reste et bloque bien des initiatives (il faut parer au plus pressé). L’essentiel, ce sera pour plus tard, comme toujours. Eh bien, non !

  3. chapauté deux journeaux,cela voudrait-il dire licenciement d’une partie du personnel?restructuration diront-ils plus tard.

  4. Le Nouvel Observateur que je nomme pour ma part « Le Vieux voyeur » depuis qu’il fait dans ce genre: http://blog.plafonddeverre.fr/post/Rester-jeune2 et qu’il ne présente à part ca sur ces couvertures que des binettes de couillosaures, DSK en tête, n’a que ce qu’il mérite et sa disparition ne me chagrinera pas plus que celle du Figaro dont il ne se différencie guère.
    Vive le journalisme indépendant, inventif, gynophile et sans pub ! (Le Canard enchaîné a cité, il y a peu, le nom de ces journaux émergeants, soutenons-les !). Le reste peut disparaître.

  5. Perso, je trouve que Mélenchon a raison de ne pas pariciper à ce genre de mascarades qui visent surtout à mettre en lumière celui qui organise le pince-fesses et sa clique, le sélectionné ne servant que de caution à ce prétexte politique se voulant hautement humain ou démocratique. Grattons d’abord le vernis, après on verra. Comme s’il y avait le bloc de la liberté mené par les si Freedom américains (et leur dollar diktat) d’un côté et celui des vilains dictateurs communisant de l’autre mené par ces arriérés de Corée du Nord ou castristes, comme au « bon » vieux temps du rideau de fer. Si çà n’enlève rien aux dictateurs se cachant derrière un communisme que ne reconnaîtraient pas les communards de 1871, çà n’enlève rien non plus aux hypocrites de tous poils qui se congratulent entre eux, tout en spoliant les peuples des richesses de leur territoire, en faisnat des « affaires ». On peut aimer les pâtisseries crèmeuses, mais au delà d’un certains nombre c’est à gerber. Je préfère les faux méchants aux faux gentils, c’est moins risqué. ARAMIS

  6. Daniel fait justement partie de ces « friqués » qu’on aurait tort de dénoncer.

    Jusqu’au diluer le « péremptoire » pour ne pas tirer sur un type qui avoue lui-même, ou un de ses collaborateurs, il n’a pas démenti, faire « un Gala de gauche », avec le Nouvel Obs ?
    En l’occurence, le rejet par Daniel de la critique des gens friqués n’est pas un effet « de mode », mais de caste.

    Je comprends que le « péremptoire », naturellement, quand il dénonce la fortune de Daniel, sa lente tranformation d’un mag de gauche en pipole et son soutien aux décisions politiques les plus à droite, comme le « oui » en 2005, puisse lui paraître

    Ce sont les insectes ou les animaux qui « prolifèrent ».

    Alors, le dernier argument du grand bourgeois Daniel serait la marque d’un prudent et modéré bourgeois, ce qui n’est pas péjoratif. Evidemment. N’est-ce pas en creux le portrait de nos amis socialistes les plus sur l’écran ? Ces notables départementaux, régionaux et nationaux, tellement prudents et modérés que même quand ils se font piquer la main dans le pot de confiture, ils trouvent des adversaires pour se montrer leurs meilleurs défenseur. Et ce n’est pas Huchon qui me contredira.

    Le spectacle du monde contraindraint ce personnage  » à une certaine humilité ». Je suis mort de rire. Ca fait des années qu’on le voit poser, menton levé, dans son journal ou faire de régulières apparitions à la télé toujours bardé de la distante politesse, de la condescendance souriante du grand bourgeois pour nous asséner de tout son pedigree et son fric ses certitudes feutrées de salonnard, type Julliard, Minc et autres Cohen qui ont la presse à leur pied, le portefeuille plein, l’oreille de leurs voisins politiques et s’imaginent qu’on doit forcément penser comme eux notre vie, ou plutôt imprégner notre cervelle de leur vision du monde. Sans cri surtout, ce n’est pas convenable.

    Quant à Quatremer, nous avons quelques mails. C’est un anti-communiste primaire, qui s’est montré volontiers agressif et haineux quand il m’a répondu, par mail privé. Insistant après que je l’ai envoyé bouler alors qu’il me demandait qui j’étais en réalité, supposant semblait-il que j’étais un collègue journaliste venu lui savonner la planche. Ambiance.
    Bref la vieille histoire du tombeau. Bien blanc au dehors…

    Ses chroniques type Duhamel sont toujours dans le paradigme libéral, de marché, elles confortent l’UE en donnant l’impression qu’il y a débat, qu’il y ades gens au pouvoir là-bas qui font autre chose d’essentiel que servir leurs carrières, les lobbies et ramener l’UE dans le giron US. Exactement comme Daniel et son canard. Ca à l’odeur du journalisme et l’apparence du journalisme, mais ça n’en est pas. Pas d’indignation, écriture « blanche ». Et le sujet et maître de ce dont parle Quatremer comme Daniel, c’est le pouvoir, son agenda et ses décisions. C’est lui qui fixe les limites de la discussion comme la façon dont ils en parlent. C’est une sorte de publi-rédactionnel, tout ça.

    La comparaison de José – Sakharrov et les courriers à l’URSS – n’est pas terme à terme, mais intéressante par l’ implicite relation qu’elle fait émerger entre les deux éléments : la lutte contre le communisme.

  7. Après avoir dit du mal de Joffrin et de Libération, j’ai lu ses éditoriaux ces derniers temps et je révise mon jugement, il a exprimé avec son style que j’aime assez des choses justes et a, il me semble du moins, clairement pris position, avec des remarques critiques mais constructives, en faveur du mouvement social.
    Qu’il redonne une ligne claire au Nouvel Obs après Olivennes n’est pas un luxe.
    Quand on me dit que l’Obs est un hebdomadaire de gauche, je ressens une gène… ou ça commence la gauche et ou ça finit une fois pour toute ,j’en ai marre des faux amis ? L’Obs, ami des élites ou ami du peuple ?

  8. A kokominutman : mais ouais, y en tellement marre de cette bande de narcissiques dont on connaît beaucoup trop et les noms et les tronches.
    Au lieu de pouvoir juger des actes, on doit contempler des gueules et écouter marteler des noms. Ils sont devenus des champions du discours vide qui sonne creux mais qui sonne (parce que creux).
    On en peut plus de les voir, de les entendre et même de se souvenir d’eux.

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