Joyeux Noël ?

Il est difficile de souhaiter un joyeux Noël. Pas à ses proches, ses ami(e)s, ses soutiens, ses consoeurs/confrères blogueuses(rs). Mais à tous, en général et en particulier. Noël est d’abord une célébration gentillement chrétienne, habilement récupérer voici un siècle par Coca-Cola. Quel augure ! Noël est aussi une célébration consumériste, évidemment. Ce Noël 2010 ne sera pas plus rose que ceux des années précédentes. A minima, c’est l’occasion de se souhaiter plein de bonnes choses, de revoir des parents éloignés, de renouer l’espace de quelques jours ou de quelques lignes sur une carte de voeux un contact distendu.

Politiquement, je souhaite bien volontiers un joyeux Noël à Nicolas Sarkozy. J’espère qu’il profite bien de Marrakech. Je me prépare à son second mandat. Finalement, pourquoi ne serait-il pas la meilleure chance pour la France en 2012 ? Après 2012, Sarkozy au pouvoir devrai gérer son propre bilan des 5 années précédentes. A celles et ceux qui sont résigné(e)s, sa réélection pourrait l’occasion d’une formidable revanche, l’espoir que tout bascule, que la vie politique et sociale se radicalise enfin.  Je commence à croire à cet « appel au pire », car il me semble que les presque 4 années écoulées n’ont pas suffisamment servie d’électro-choc. Il faut parfois une décennie de boucherie sociale pour espérer que tout bascule enfin. C’est triste à dire, mais nous sommes tous tristes aussi.

Joyeux Noël.

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Sarkozy s’éloigne, et risque gros

Sarkozy s’éloigne, il prend de la hauteur, de présidentialiserait à vue d’oeil. Vraiment ? On pourrait craindre qu’il parvienne à faire oublier son (maigre) bilan. On pourrait s’agacer qu’il s’éloigne du combat, laisse planer le doute sur ses intentions, se laisse désirer jusqu’à la dernière minute…

On pourrait craindre que l’électorat soit si amnésique, volatile, et conciliant.

On pourrait.

Sarkozy n’est pas François Mitterrand. A force de s’envoler, il se marginalise dans son propre camp. La pagaille à l’UMp de ses derniers jours en est une illustration étonnante. Faute de polémiques clivantes, Sarkozy perd la main. On ne parle plus de lui. Ses propos n’intéressent plus. On s’amusera bientôt à le voir fleurir des cimetières et inaugurer des ponts.

Nicolas, envole-toi, envole-toi.

Il faudra s’intéresser au patrimoine de Christian Jacob

Le président du groupe UMP Christian Jacob, un proche de l’ancien avocat d’affaires Jean-François Copé, a semé le trouble jusque dans son camp en proposant, à la dernière minute des débats parlementaires, un amendement retirant la possibilité d’emprisonnement (et de sanction) à un député ayant sciemment menti dans sa déclaration de patrimoine en début de mandat. Cette proposition était scandaleuse.

« EXPOSÉ SOMMAIRE

Cet article prévoit que le fait d’omettre sciemment de déclarer une part substantielle de son patrimoine ou de ses revenus, ou d’en fournir une évaluation mensongère qui porte gravement atteinte à la sincérité de la déclaration et à la possibilité pour la commission d’exercer sa mission, est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende. Il est applicable aux déclarations devant être transmises par les élus locaux, les membres du Gouvernement et les dirigeants d’entreprises ou organismes publics.

Si l’on peut comprendre que l’on accorde des pouvoirs supplémentaires à la Commission, pour qu’elle dispose d’éléments de référence, il est inutile que la Commission devienne une sorte d’autorité judiciaire préalable, ou une juridiction de fait, dotée de pouvoirs de pouvoirs d’investigation.

Dans le droit actuel, s’il y a suspicion, la Commission pour la transparence peut d’ores et déjà transmettre le dossier au Parquet, qui est à même d’apprécier de la nécessité de poursuivre. Le juge dispose alors d’un arsenal de mesures de droit commun pour condamner l’assujetti à déclaration patrimoniale, s’il y a lieu : abus de biens sociaux, prise illégale d’intérêts…

C’est la raison pour laquelle cette nouvelle incrimination pénale n’a pas lieu d’être. »

On dit tout et n’importe quoi sur cette affaire. Il est légitime de veiller à ce que les députés subissent un minimum de règles de bon sens et d’éthique républicaine. Il a ainsi fallu force d’insistance et de polémique pour qu’ils renoncent à leur régime de retraite (qui leur permettait une double ration de trimestres de retraite s’ils cotisaient doublement). On regrettera en revanche que les propositions de l’opposition contre les conflits d’intérêt aient été refusées par la majorité UMP.

Mais, contrairement à la vulgate frontiste, les députés ne sont pas, et ne doivent pas être des justiciables comme les autres. Elus de la nation, théoriquement indépendants des pouvoirs éxecutif et judiciaire, ils doivent être protégés de toute pression. Le problème n’est pas tant qu’ils aient un régime particulier. La vraie question est de savoir si leur régime particulier (fiscal, pénal, etc) est cohérent avec cette exigence démocratique d’être redevable devant les citoyens et personne d’autres. Ainsi exige-t-on des députés qu’ils déclarent leur patrimoine en début et en fin de mandat, afin de détecter d’éventuelles prises illégales d’intérêt. C’est une exigence spécifique, et légitime, à ce statut d’élu.

Prenons un autre exemple : certains s’indignent que les députés perçoivent encore (partiellement) leur indemnité pendant quelques mois après la fin de leur mandat. C’est pourtant une formidable avancée démocratique qui permet à des gens de milieu modeste, hors fonction publique, de pouvoir prendre le risque de candidater à la députation. On se plaint, à juste titre, de la mauvaise représentativité de nos parlementaires : trop blancs, trop masculins, trop bourgeois ou trop fonctionnaires.

Quoiqu’il en soit, il faudra sérieusement examiner la déclaration de patrimoine de M. Christian Jacob à l’issue de son mandat.

Manger sa merde

Agnès du Monolecte a publié un billet rageur intitulé « A la louche. » Elle démarrait sur cette citation :

En ce moment, je fais comme tout le monde : je mange ma merde, a déclaré une amie qui s’exprime généralement avec bien plus de précautions langagières. »

Agnès s’agaçait contre cette résignation individuelle et collective. « Manger sa merde, en cette fin d’année, c’est rester dans un job pourri et fermer soigneusement sa gueule en espérant que la tempête passera au large. » Mais Agnès élargit le sujet à la résignation politique en général. Elle s’impatiente. Elle critique par avance les futurs appels au vote utile. « Je crois qu’il nous faudra lutter d’abord contre nous-mêmes, contre notre résignation imbécile pour retrouver le goût du combat et l’envie du progrès social. »

On peut être résigné et convaincu à se laisser aller au vote utile. Résigné car le « vote utile » est porteur d’une espérance minimale, d’un compromis imposé. Convaincu, car voter utile c’est aussi espérer faire échec au pire.

Verts de peur, ou Vert de rage

Nicolas Hulot et Eva Joly ont discuté en tête à tête vendredi soir. Il paraît que les militants et sympathisants écolos sont verts de peur à l’idée d’un choc des egos. Il paraît que les deux ne se connaissaient pas. Ils ont décidé de ne pas se présenter l’un contre l’autre. C’est tout. Il n’y avait que la presse pour considérer que l’existence de plusieurs candidats écolos équivalait à une grave crise du camp écologiste.

Eva Joly a expliqué qu’elle voulait rassembler « ceux qui ont peur des fins de mois et ceux qui ont peur de la fin du monde ». C’est une belle formule. Il faudrait simplement que l’on cesse, ici chez les écolos comme ailleurs chez les socialistes, de commenter ces multiples candidatures et le jeu politicien dans son ensemble. Je sais qu’il est difficile à un chroniqueur politique de s’affranchir de cette tentation. C’est un sujet si facile, qui ne demande que peu de travail, et permet des discours et billets sans fin.

Un journaliste moins paresseux aurait pu préférer relayer l’adoption le 15 décembre dernier par le Parlement européen, avec le soutien des écolos, de l’initiative citoyenne : avec un million de signatures, issues au minimum d’un quart des pays membres, les citoyens européens auront la possibilité de faire entendre leur voix et d’exprimer directement leurs préoccupations ou propositions législatives, rapporte EE. En France, le pseudo-droit au référendum d’initiative citoyenne promis par Nicolas Sarkozy lors de sa réforme constitutionnelle de juillet 2008 se révèle être une belle tartuferie. La demande de référendum doit être initiée par des parlementaires, sur un projet de loi. Pire, on attend toujours la traduction juridique de ce nouveau droit dans notre réglementation. Pour le moment, deux ans et demi après la réforme constitutionnelle, rien n’a été fait. Le gouvernement a laissé passer la réforme des retraites, pour promettre, enfin, que cette nouvelle disposition serait « prochainement » inscrite dans nos textes.

 

Neige : ces incompétents qui nous gouvernent

On commencera par une anecdote personnelle : ce vendredi 17 décembre, vers 16h, ma grand-mère de 86 ans arrivait du Sud de la France en train. Le même jour, mon beau-frère américain atterrissait à Paris. Le lendemain, nous devions nous retrouver. Nous nous sommes retrouvés. Mais 5 centimètres de neige en Ile-de-France, 5 ridicules centimètres, ont transformé une réunion familiale en un parcours du combattant.

Le train de vendredi eut un peu de retard, l’avion d’Amérique arriva presque sans encombre. Les difficultés commencèrent le lendemain. Nous étions en banlieue parisienne. Des saleuses et des véhicules de police étaient aux portes de Paris. Brice Hortefeux avait mis le paquet pour éviter la pagaille. On ne sait plus si la Mairie de Paris ou la Région Ile-de-France ont encore quelque chose à voir avec la gestion de la circulation. La neige est arrivée, samedi après-midi. On aurait cru que l’on devait affronter le blizzard du siècle. Les flashes d’information multipliaient les alertes, les voitures furent à nouveau bloquées, on roulait évidemment difficilement.

Expliquez nous : pourquoi quelques flocons tenaces d’une jolie neige de décembre sont-ils si problématiques ? Allez… réfléchissez… Quel journaliste ira trouver l’information qu’il faut ? Je vous donne une piste : il faut du sel, des camions, et du personnel. Le tout s’appelle le service public. Les mairies n’ont plus d’argent, la région fait gaffe aux accusations de gabegie, l’Etat a engagé sa « révision générale des politiques publiques. » L’impact de ces décisions d’austérité absurdes se juge à ces petits accidents. Cinq centimètres de neige, ce n’est rien, mais, dans la France de 2010, c’est comme si le ciel nous était tombé sur la tête.

Depuis janvier, 340 sdf sont décédés.